Abonné

Jean Paulic, p.-d.g. fondateur de Paulic Meunerie

- - 7 min

Le producteur breton de farines Paulic Meunerie est entré sur Euronext Growth le 18 février avec l’émission de plus d’un million d’actions nouvelles, lui permettant de lever 7,5 M€, dont 700 k€ par surallocation. Après cette introduction, le capital de l'entreprise reste détenu très majoritairement par le p.-d.g. fondateur Jean Paulic (73,9 %) et sa famille (1,24 %), le flottant représentant 24,8 %. Jean Paulic fait le point sur cette introduction qui doit permettre d'accompagner les futurs développements de la PME. L'essentiel de cette interview a été réalisée avant les mesures de confinement et completée début avril.

Pour quelles raisons avez-vous décidé d’introduire Paulic Meunerie en Bourse et pourquoi maintenant ?

Nous souhaitions d’abord accroître notre notoriété au moment où nous finalisons un programme d’investissement de 9,3 M€ lancé en 2016 à la fois pour moderniser et étendre nos capacités industrielles en intégrant des outils automatisés qui nous permettront de tripler notre production d’ici à l’été prochain sur notre site principal du Gouret à Saint-Gérand. À cette date, il assurera la totalité de la production de farine de sarrasin, suite au transfert de la partie qui était jusqu’alors réalisée au moulin de Pavillon à Seglien (Morbihan) dont le bail de location arrive à échéance cette année. Par ailleurs, nous cherchions à lever des fonds propres pour accélérer notre diversification dans l’alimentation pour les élevages d’insectes grâce à notre procédé Oxygreen (1) dont nous sommes pleinement propriétaires depuis l’acquisition de Green Technologies en octobre dernier et son intégration dans le groupe. L’introduction en Bourse se concrétise au moment le plus opportun, avec de fortes ambitions à la fois dans la production de farines pour l’alimentation humaine et sur le marché de l’entomoculture dont les estimations d’expansion tablent sur un doublement d’ici à 2024 pour une valeur de 1,369 Mrd$ (2) dans le monde dont presque 30 % en Europe. Enfin, cette introduction me permet de conserver les trois quarts du capital et d’envisager sereinement l’avenir.

Comment l’introduction s’est-elle passée? On a constaté un engouement des investisseurs les premiers jours qui ont toutefois revendu leurs actions peu de temps après.

Nous sommes très satisfaits de l’introduction auprès des investisseurs particuliers et institutionnels avec une valorisation de l’action à l’introduction de 6,32€, et un taux de sursouscription total de 1,3 fois. Un très large public d’investisseurs a témoigné son intérêt pour nos projets. Au final, cette introduction a permis de lever 7,5 M€ qui sont désormais dans les caisses de l’entreprise.

Je n’ai malheureusement aucune information sur les mouvements d’actions qui ont eu lieu depuis (le cours se situait à 4,49€ vendredi 6 mars, NDLR), je le regrette pour les actionnaires, mais je reste confiant en l’avenir.

Comment ces fonds seront-ils utilisés et selon quel calendrier ?

5,4 M€ vont être consacrés à la mise en service, au quatrième trimestre 2020, d’un prototype du réacteur Oxygreen de deuxième génération qui permettra une production supplémentaire de 10 800 tonnes par an de produits exploitant ce procédé, contre 4 500 tonnes actuellement. L’installation d’un exemplaire industriel de ce réacteur de deuxième génération d’une capacité de plus de 33 000 tonnes est prévue dès 2022. L’année suivante aura lieu la mise en service d’un second réacteur pour porter la production à 76 800 tonnes par an. On poursuit également nos investissements en R&D et ceux dédiés (3 M€) à l’installation de nouveaux silos (blé et son) sur notre site de Saint-Gérand prévus en 2021 et 2022.

Jusqu’à présent, comment aviez-vous financé votre R&D ? Paulic Meunerie a déposé cinq brevets internationaux pour la technologie Oxygreen, quelle en est la durée ? Où en est la collaboration avec l’Institut UniLaSalle ?

Ces quinze dernières années, nous avons toujours réalisé nos investissements en R&D par autofinancement pour un montant cumulé de 7 M€. La durée des cinq brevets déposés est spécifique à chacun d’entre eux et se renouvelle à chaque échéance, en sachant que d’autres brevets seront déposés prochainement car nous voulons consolider notre avance technologique et scientifique. Une convention de partenariat exclusif nous lie avec l’Institut UniLaSalle depuis dix ans qui a abouti à cette formidable innovation Oxygreen. Nous maintenons et enrichissons ce partenariat dans la durée à travers de nouvelles missions de recherche que je ne souhaite pas détailler pour l’instant.

Pour quels clients travaillez-vous dans l’entomoculture ?

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Pour l’instant, nous travaillons pour des entreprises européennes telles que BioBest en Belgique et Agrobio en Espagne. Pour l’instant, cette activité ne représente qu’un million d’euros, soit 11 % de notre activité globale, mais le potentiel de l’entomoculture est très important, c’est pourquoi nous allons faire passer notre capacité de production en son de blé Nourrifibre de 4 500 tonnes à plus de 76 000 tonnes par an d’ici à 2023.

Quels sont vos objectifs de chiffre d’affaires pour l’exercice en cours et à moyen terme ?

Le dernier chiffre d’affaires communiqué est celui de 2018 pour 8,2 M€ et des résultats d’exploitation de 233k€. Celui de 2019 est en cours d’audition et je ne peux donc pas encore le communiquer. Nos ambitions sont très fortes à moyen terme, puisque nous visons les 50 M€ d’ici à 2023, une croissance portée à parité par notre activité d’origine de meunerie et notre diversification dans l’entomoculture. À cette échéance, nous voulons devenir le premier producteur mondial d’alimentation pour insectes d’élevage, le leader français des farines de sarrasin et le premier producteur breton de farine de froment.

Comment vous êtes vous organisé pour faire face au Covid-19 ?

La plupart de nos 34 salariés sont en télétravail. Au niveau de la production, on a séparé des postes avec une personne par poste et nous avons mis en place le décalage horaire. Les transports de livraison fonctionnent comme d’habitude sans qu’il n'y ait de contacts entre les personnes. La production dans les moulins est maintenue quotidiennement grâce à la diversification de notre clientèle. Les industriels commandent plus en cette période.

Pour l'instant quelle est la baisse d'activité enregistrée ? Avez vous demandé l'aide des pouvoirs publics ?

Je ne souhaite pas donner d'informations concernant le volume d'activité, mais aucune aide des pouvoirs publics n’a été demandée.

(1) Le procédé innovant Oxygreen permet d’éliminer par ozonation, tout produit chimique et de purifier les grains de blé destinés à la production de farines pour l’alimentation humaine et de son pour l’alimentation animale, notamment des insectes. Grâce à cette innovation, les taux de pesticides sont divisés par 20 et les taux de mycotoxines réduits de 30 à 50 %.

 

(2) 1,369 milliards de dollars en 2024 : c’est la valeur estimée du marché de l’alimentation animale à base d’insectes, selon l’étude de Mordor Intelligence « Global Insect Feed Market, 2018 ». Ce chiffre ne représente pas le marché de l’entomoculture dans sa globalité (mais seulement la partie destinée à l’alimentation animale).