Fraichement élu pour un nouveau mandat de trois ans à la tête de l'Ania, Jean-Philippe Girard veut faire de « la qualité pour tous au prix juste » l'unique credo de la filière agroalimentaire et mettre « le consommateur au cœur de notre attention ». Tout en dressant le bilan de ces trois années écoulées, il a surtout insisté lors d'un point presse le 24 mai sur les principaux défis qui seront les siens jusqu'en 2019 à la tête de la fédération.
« Nos industries font du bon travail, mais la compression des marges inquiète, nous, mais aussi les agriculteurs ainsi que les distributeurs », indique Jean-Philippe Girard, élu pour un second mandat à la tête de l'Ania. Les relations au sein de la filière restent au cœur des enjeux de cette derner. Si certaines mesures, comme le sur-amortissement, dont Bercy a annoncé le prolongement d'un an à compter d'avril 2016, et le CICE, « commencent à prendre leur place » et apportent de l'oxygène aux IAA, il n'en demeure pas moins que leur taux de marge a encore baissé en 2015, contrairement au reste de l'industrie, rappelle l'Ania. « Les trésoreries des entreprises restent tendues et le CICE compense à peine la perte de marges avec la distribution », poursuit encore Jean-Philippe Girard.
Pour sortir de l'impasse dans laquelle se trouvent les fournisseurs et les distributeurs, l'Ania a mis en place un groupe de travail et s'est adjoint les conseils d'un cabinet extérieur pour « réouvrir le champ des négociations », et repartir sur d'autres bases. « Il faut bouger les lignes, bouger les comportements. Si on ne bouge pas avant septembre, on est mort », pronostique même Jean-Philippe Girard. Mais ce dernier n'est pas favorable à la loi Sapin 2 : « C'est une loi précipitée qui ne solutionnera pas la crise agricole », ajoute-t-il. Et ce d'autant plus qu'un audit sur l'évaluation de la loi LME demandé par Emmanuel Macron est en cours.
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De fait, le groupe de travail de l'Ania préfère travailler sur la loi LME, sur une meilleure application des sanctions et des contrôles, mais aussi sur un renforcement de l'observatoire des négociations, alors qu'encore maintenant « des demandes illicites » se poursuivent de la part de certains distributeurs et enfin une évolution des comportements des relations entre fournisseurs et distributeurs. « La guerre des prix est en train de bousiller la filière », a insisté Jean-Philippe Girard, qui a décidé de ne plus proposer de rendez-vous de concertation avec les trois filières, agriculteurs, fournisseurs et distributeurs. Des rendez-vous qui n'ont mené à rien jusqu'à présent. De même, ce dernier n'est pas favorable aux accords tripartites, estimant que « la contractualisation se fait déjà et qu'on ne va rien régler avec une loi ». Dans l'idéal, le patron de l'Ania aimerait que son groupe de travail ait terminé ses travaux pour septembre et n'exclut pas d'obtenir de Bercy les premiers résultats de l'audit sur la loi LME en octobre, de manière à avancer des solutions qui satisfassent autant l'aval que l'amont avant le démarrage des négociations commerciales à l'automne. Autre rendez-vous important en septembre, l'Ania prévoit d'annoncer une version 2 « plus ambitieuse » des contrats de filière sur lesquels elle travaille avec Coop de France et la chambre des métiers de l'artisanat. Concernant l'emploi, Jean-Philippe Girard ne constate pas de réelle amélioration. « Ça ne va pas mieux dans les IAA, 4 000 emplois créés en 2015 ça n'est pas suffisant », a-t-il regretté.
Les vice-présidents qui auront « en charge la réflexion stratégique de l'un des neuf enjeux clés du secteur agroalimentaire » à l'Ania seront élus au prochain conseil d'administration du 21 juillet. En plus des huit déjà existants (1), un neuvième viendra compléter la liste. Il ou elle sera chargé(e) de l'alimentation-santé-information consommateur, un poste important qui n'est pas sans rapport avec la dernière grande consultation sur l'alimentation auprès des consommateurs. Par ailleurs, Catherine Petitjean, directrice générale de la Maison Mulot et nouvellement élue à la tête d'Alliance 7, devrait prendre la présidence d'un nouveau Club, celui des PME-ETI. *Relations industrie-commerce-distribution ; Image-réputation-communication ; Emploi-formation-attractivité ; Environnement-développement durable-RSE ; Matières premières agricoles et 1ère transformation ; Europe-international-import/export ; Dialogue avec les pouvoirs publics et les administrations et Evolution de nos Organisations
Enfin, comme il l'avait annoncé lors des Assises de l'Alimentaire, Jean-Philippe Girard prévoit d'aller à la rencontre des candidats à la présidence de la République en 2017, à qui il présentera son nouveau Pacte Alimentaire (Agra Alimentation du 12 mai 2016). Le patron de l'Ania devrait aussi à cette occasion leur rappeler combien la profession manque d'un interlocuteur. « Sté-phane Le Foll manque de temps pour les IAA », a-t-il une nouvelle fois déploré.