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UE/Alimentation et santé La boulangerie industrielle renâcle à réduire la teneur en sel

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« Une restriction obligatoire de la teneur en sel dans les aliments n’est pas une option viable ». C’est la conclusion qu’ont tirée une trentaine d’industriels de la boulangerie et d’experts agroalimentaires réunis le 25 novembre au sein de l’UEAPME (1) pour débattre de la stratégie de la Commission européenne visant à réduire l’utilisation du sel dans les aliments pour des raisons de santé. Robert Madelin, le Directeur de la DG Sanco, a quant à lui, présenté les arguments scientifiques qui prouvent le lien entre l’excès de sel et la hausse de la tension artérielle et des maladies cardio-vasculaires et a justifié la nécessité d’une réduction du sel dans les aliments, une réduction qu’il souhaiterait « volontaire et concertée » avec le secteur agroalimentaire.

Réunis en forum par l’UEAPME pour débattre avec Robert Madelin, directeur général de la Sanco, sur la stratégie européenne pour les problèmes de santé liés à l’utilisation excessive de sel dans les aliments, les industriels de la boulangerie et les producteurs de sel ont une nouvelle fois critiqué, voire rejeté les arguments avancés par la Commission européenne en faveur d’une réduction des teneurs en sel dans les aliments. Leurs principaux arguments: les données scientifiques établissant un lien entre consommation excessive de sel et hausse de tensions artérielles et maladies cardiovasculaires seraient encore sujettes à controverse. Pire : lorsque l’Etat ou les institutions européennes tentent d’influer sur les habitudes individuelles les résultats peuvent à terme s’avérer contre-productifs. Ainsi pour le directeur de la Confédération allemande des boulangers, Matthias Wiemers, contraindre l’industrie à réduire le taux de sel dans le pain reviendrait à « s’immiscer dans les choix et les goûts des consommateurs ». Pour lui, l’UE n’a aucune compétence dans les questions nationales relatives aux campagnes de lutte contre les maladies de carence et d’ailleurs, « personne ne peut interdire le sel pour les consommateurs car de toutes les façons dans les pays où l’on a réduit les teneurs en sel dans le pain, les consommateurs se sont mis à consommer du beurre salé »...
Idem pour Jean-Pierre Crouset, président de la Confédération nationale de la boulangerie : « Il faut laisser la liberté aux producteurs de pain et respecter les spécialités traditionnelles comme le brezel en Alsace ». Celui-ci a aussi souligné que « faire du pain avec moins de 1,8 % de sel serait impossible ». Quant à Yannis Balatsuras, de la Fédération héllénique des producteurs de confiseries, il estime que « la nourriture n’est pas de la médecine » et que « réduire les taux de sel dans le pain aura des conséquences commerciales négatives et en particulier pour les PME ».

Bruxelles a bien des compétences en la matière
Pour sa part, Robert Madelin a fait comprendre aux participants que l’UE dispose de toute une série de compétences et de politiques pour aider les Etats membres à lutter contre différentes maladies liées aux modes de vie, telles que l’obésité, les maladies cardiovasculaires ou le cancer. La Plate-forme d’action européenne sur l’alimentation, l’activité physique et la santé par exemple coordonne des actions transnationales pour reformuler les produits alimentaires, limiter la mise sur le marché d’aliments mauvais pour la santé, améliorer l’étiquetage et éduquer les populations à risque. Tout en reconnaissant que le pain a une bonne image en Europe, il a souligné que le consommateur doit être éduqué et être mis en garde contre ce qui peut nuire à sa santé: fumer, boire, rester inactif avec pour conséquence des maladies cardiaques. Se défendant de vouloir légiférer en la matière, il a indiqué que « les suggestions et les contributions volontaires de l’industrie sont les bienvenues ». Il a rappelé que plusieurs Etats membres (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Italie) ont déjà fait des recommandations visant à fixer un taux maximum de sel dans les produits de la boulangerie. A ceux qui doutent sur la possibilité de réduire les teneurs en sel dans le pain, le directeur de la Sanco s’est plu à rappeler l’expérience de réduction des taux de sel dans le pain menée en Finlande sur une trentaine d’années, laquelle s’est traduite par une réduction d’environ 22 % au bout du compte sans que les consommateurs ni l’industrie n’en souffrent outre-mesure. Il a donc invité les dirigeants de l’UEAPME à participer à la Plate-forme européenne d’action sur l’alimentation, l’activité physique et la santé pour enrichir le débat avec leurs suggestions.

(1) Union européenne de l’artisanat et des petites et moyennes entreprises.

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