En quelques mois, la demande chinoise est parvenue à désencombrer un marché européen du porc en pleine crise de surproduction. Le poids moyen des porcs est revenu à la normale, après une hausse historique fin 2015.
Le niveau des importations chinoises, qui s’est envolé sur les quatre premiers mois de l’année (+85,1 % depuis l’Europe ; +78 % depuis les États-Unis), a été au centre de l’assemblée générale de l’interprofession porcine (Inaporc), qui se déroulait, le 30 juin. « Personne dans la filière n’avait imaginé que les Chinois aspirent les surplus européens en quatre-cinq mois comme cela vient de se passer », résume Thierry Meyer, directeur de la filière porc du groupe Bigard et responsable du comité export de l’interprofession. Personne ne l’avait prédit, et personne ne sait combien de temps cela va durer. En tout cas, cela soulage le maillon production ! Depuis le deuxième semestre 2016, les éleveurs européens, en pleine crise de surproduction, avaient du mal à écouler tous les porcs qu’ils engraissaient. Cela se manifestait d’abord par des prix bas ; aujourd’hui ils sont largement redressés. Le 27 juin, le cadran de Plérin affiche une cotation de 1,399€/kg, à un dixième de centime du fameux 1,40€/kg que demandaient les éleveurs l’année dernière à la même période. Le surplus se manifestait également par une hausse historique du poids des porcs vifs dans les porcheries : 96 kilos en moyenne dans l’Ouest en janvier. « La pompe aspirante » chinoise est tellement puissante, constatent les professionnels, que le poids moyen des porcs bretons est revenu en quelques mois à son niveau de l’année dernière. Dans l’Ouest, il est revenu à 93,7kg mi-juin. De même en Espagne, où il est passé de 87,5kg à 82 kg sur la même période.
Au moins jusqu’au nouvel an chinois
Le « retour à la normale » se manifeste enfin dans les volumes abattus, explique le directeur du marché du porc breton (MPB) Jean-Pierre Joly ; au mois de mai, les abattages français de porc augmentent de 1,3 % en têtes et 1,5 % en volumes par rapport à l’année précédente, selon la dernière note de conjoncture du ministère de l’Agriculture parue le 27 juin. Le mois de mai suit la tendance des abattages depuis le début de l’année ; sur la période janvier-mai, ils progressent de 1,5 % en têtes et de 2,9 % en volumes. Selon Jean-Pierre Joly, cette hausse peut provenir des surplus d’animaux, en têtes, accumulés en fin d’année 2015 dans les porcheries. Combien de temps durera l’éclaircie ?, se demandent tous les acteurs de la filière. Le représentant d’Inaporc à Pekin, Fanye Meng, estime que ce niveau de demande devrait persister jusqu’au prochain nouvel an chinois, fin janvier 2017. Après quoi, la production chinoise pourrait commencer à combler le retard qu’elle avait pris sur la consommation. En dehors de cette embellie exceptionnelle, le directeur du département agriculture et bien-être de l’Allemand Tönnies, Jörg Altemeier, présent à Paris le 28 juin, prévoit que la croissance des exportations vers l’Asie devrait perdurer « pendant une dizaine d’années », mais au rythme, plus modéré, qu’elle suivait ces dernières années.
Le Porc français, une marque désormais « installée », selon l’interprofession porcine
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Un peu plus d’un an après son lancement en janvier 2015, le logo Porc français, qui remplaçait le logo VPF, est une marque « installée » auprès des consommateurs, a estimé Thierry Lirot, chargé de l’étiquetage de l’origine à l’Interprofession porcine, lors de son assemblée générale, le 28 juin. « La grande majorité des consommateurs reconnaît le Porc français, a-t-il expliqué. Nous avons réussi à installer une marque, maintenant, il faut y mettre du contenu ». En 2015, un peu plus de 61 % des références de produits à base de porc en GMS affichent une origine du porc (+9 %), 45 % indiquent une origine française (en hausse de 10 %) et 22,2 % affichent le logo porc français (en hausse de 7,5 %), selon l’Inaporc.
Budget de l’Inaporc : « des réserves suffisantes pour passer l’année » (G. Roué)
Si le départ de la Fédération des industries de la charcuterie (Fict) en janvier dernier « pose des problèmes budgétaires à notre association », a reconnu le président de l’interprofession porcine Guillaume Roué, lors de l’assemblée générale de la structure le 28 janvier, « les réserves d’Inaporc sont suffisantes pour passer l’année ». La Fict participait à la collecte d’une cotisation interprofessionnelle sur les produits de charcuterie par l’intermédiaire des factures qu’elle adressait à la grande distribution (pour un montant d’environ 3 millions d’euros). Cette contribution est remise en cause par le départ de la Fict. « Nous nous sommes donné jusqu’au mois de septembre pour définir une politique », a expliqué Guillaume Roué. Le président de l’Inaporc a de nouveau tendu la main à la Fict afin qu’elle revienne sur sa décision, tout en raillant cependant un penchant supposé de son président, Robert Volut, pour les porcs espagnols. Guillaume Roué insiste sur le fait que les dossiers de recherche et développement, de communication et d’exportation ne peuvent pas être menés individuellement par chaque entreprise.