Les scientifiques sont appelés de plus en plus à se pencher sur les possibilités d'utilisation des insectes dans la chaîne alimentaire, à usage humain ou animal. Leurs recherches commencent à déboucher sur des applications pratiques.
Près de 2 milliards d'individus dans le monde, essentiellement en Asie, Afrique et Amérique Latine consomment régulièrement des insectes. En Europe, l'entomophagie reste encore du domaine anecdotique. On mange des insectes plus par curiosité, que par nécessité, et de tout façon très, très peu. Mais un jour viendra peut-être, où il faudra vraiment s'y mettre… autant pour des questions économiques (voir graphique) et environnementales, que pour la qualité nutritionnelle des insectes, riche en protéines, en lipides, mais aussi en calcium et en oligo-éléments, fer et zinc, notamment.
En attendant ce jour-là, qui suppose notamment une évolution des lois européennes, mais aussi que tombent les préjugés des consommateurs, et surtout que leurs palais s'habituent à manger des vers et autres sauterelles, la culture d'insectes, encore au stade embryonnaire, se développe doucement à destination de la nutrition animale. « La communauté scientifique occidentale apparaît vivement sollicitée pour contribuer à l'approfondissement des connaissances scientifiques relatives aux insectes utilisés en nutrition humaine et animale », relèvent les experts du Crédit Agricole S.A. dans un dossier sur le sujet paru en septembre, dans leur note de conjoncture Prisme. De fait, « cinq laboratoires de l'Inra participent à l'aventure Desirable », comme on peut le lire sur le site de l'institut, « un projet de recherche de quatre ans d'une enveloppe de 990 000 €, pour imaginer l'ento-raffinerie de demain. Cet outil écoindustriel combine l'élevage de larves d'insectes sélectionnées et leurs transformations en ingrédients à haute valeur ajoutée pour alimenter les animaux d'élevage ».
YNSECT, LA START UP QUI MONTE
Un sujet, que celui de la bioraffinerie d'insectes, qui a donné des idées à quelque start-up. Ynsect est parmi celles-là. Créée fin 2011 avec le soutien de BPI France et la région Ile-de-France par 4 associés, l'entreprise (lauréate de nombreux prix et également coordinatrice du projet Desirable) a finalisé fin décembre 2014 une seconde levée de fonds, de 5,5 millions d'euros cette fois. L'occasion pour les fondateurs et les fonds d'origine, Emertec Gestion et Demeter Partners, d'accueillir à leurs côtés au capital, la société financière New Protein Capital, basée à Singapour. À noter qu'aucun des actionnaires ne souhaite communiquer sur le montant de sa participation.
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Après le lancement réussi du pilote de production en mars dernier, Ynsect lance donc une nouvelle étape industrielle. « Nous allons mettre en place le démonstrateur, une grosse bioraffinerie d'insectes, notre invention, qui est composé d'un atelier d'élevage et d'un atelier de transformation », explique Alexis Angot, un des quatre fondateurs. L'entreprise a choisi un petit scarabée, qui vit quasiment partout dans le monde et notamment en France. Déjà élevé pour nourrir des animaux insectivores dans les zoos, cet insecte connu pour sa très grande robustesse se nourrit de substrats secs, des co-produits céréaliers. La production représentera plusieurs centaines de tonnes à l'année, en terme d'insectes élevés.
À l'autre bout de la chaîne, les clients d'Ynsect sont des fabricants d'aliments pour poissons. « Ce marché nous semble le plus intéressant, parce que les poissons sont des animaux carnivores, et pertinent, puisqu'ils consomment naturellement des insectes, jusqu'à 90 % pour certaines truites par exemple », explique Alexis Angot. Outre une logique de naturalité, le choix d'Ynsect répond aussi à une démarche économique. « Aujourd'hui les principales protéines animales données aux poissons, sont des protéines de poissons. Or, les prix ont été multiplié par 3 en 10 ans, en raison de la surpêche et du développement de l'aquaculture », explique le spécialiste. Un phénomène dont l'Europe est particulièrement dépendante, puisqu'elle achète à l'extérieur plus de 70 % de ses besoins en farine animale pour ses animaux d'élevage. Un problème de dépendance, d'ailleurs au moins aussi important que celui de l'énergie si ce n'est plus, selon Alexis Angot. Aujourd'hui, Ynsect compte parmi ses concurrents des groupes comme le néérlandais Protix, le sud-africain Agri Protein ou encore le canadien Enterra.
PROCHAIN APPEL DE FONDS EN 2017
Une fois cette phase réussie vraisemblablement « courant 2016 », selon les fondateurs, Ynsect pourra passer à l'étape suivante. Cette ultime étape consistera en la mise en place d'une ou plusieurs unités commerciales, pour s'assurer de la viabilité économique du projet. « Le démonstrateur vise à démontrer que le projet marche, que la technologie fonctionne, l'unité commerciale servira elle à montrer que l'on peut générer du chiffre, de la marge, du business… », énumère le porte-parole d'Ynsect. Pour ce faire, la société devra trouver de nouvelles sources de financement. Si la production d'Ynsect ne concerne dans un premier temps que la nutrition animale, « le premier marché propice à notre développement », rappelle Alexis Angot, ce dernier ne cache pas regarder attentivement ce qui se passe du côté de l'alimentation humaine, qui « représente à moyen/long terme un enjeux certain ».