Les puissants mouvements stratégiques insufflés ces derniers mois par Unicopa dans ses structures lui donnent un tout nouveau périmètre d’entreprise. Du fait de la consolidation de ses productions d’amont, le chiffre d’affaires du groupe coopératif breton bondit à 1,483 milliard d’euros contre 1,193 milliard en 2003.
Si ce chiffre ne constitue que l’introduction d’une histoire à écrire, il n’en traduit pas moins « une nouvelle vision d’entreprise », a expliqué le directeur général, Rémy Létienne. L’ensemble de son approvisionnement, assuré depuis les années 1960 par 8 coopératives sociétaires, transite désormais par des pôles constitués et structurés.
Eolys collecte 90 % du lait d’Unicopa (près de 700 millions de litres), Pigalys ramasse la totalité de ses besoins en porcs (1,650 million) et Univol pilote la production de volailles. Pour réduire ses coûts et offrir à ses 12 500 adhérents le meilleur coût de revient, Unicopa a créé dans l’Ouest la société Nutréa avec Evialis qui représente
1,7 million de tonnes réparties dans 8 usines.
Enfin en aval, Entremont a annoncé en juin son projet d’alliance (société « Entremont Alliance ») dans le secteur laitier avec la Compagnie Nationale à Portefeuille, actionnaire majoritaire d’Entremont. « Il manquait dans chacun des métiers un effet de taille », a expliqué Rémy Létienne. Toutes ces décisions stratégiques et industrielles ont été prises en moins de 18 mois. Un virage pris à vitesse rapide qui a nécessité des restructurations en 2004.
La création du pôle beurrier Beuralia (janvier), avec Entremont et Sodiaal, a demandé la fermeture de deux des quatre usines des trois partenaires. Unicopa y a participé. Le groupe de Morlaix a financé la fermeture d’un outil obsolète de la société Semap, rachetée à Coralis en nutrition animale. Il a achevé, en produits élaborés de volailles, la fermeture de quatre petites unités réunies dans une usine moderne dans les Côtes d’Armor.
Selon M. Létienne, « ces coûts de restructuration, estimés à 5 ou 6 millions d’euros, ont pesé sur le résultat net d’Unicopa, négatif pour 4,5 millions d’euros ». Conséquence, la marge brute d’autofinancement s’est légèrement érodée, passant de 27 millions à 22 millions d’euros.
Viser le podium sur ses marchés
Pour autant, le groupe coopératif de 5 600 salariés n’a pas cessé d’investir (27,8 millions d’euros en 2004) « dans les domaines porteurs ». En salaisons par exemple, Unicopa a poursuivi la spécialisation de ses deux sites, le plus grand et le plus moderne (Villers-Bocage, Calvados) dédié au libre-service (20 000 tonnes), et celui de Bécherel (Ille-et-Vilaine) à la coupe et à la rôtisserie.
Une part des investissements programmés en 2005 (25 millions d’euros au total) sera consacrée à la poursuite de ces travaux. Unicopa s’attaquera en plus, sur 2005 et 2006, à des projets lourds en informatique : interconnexion des outils de fabrication d’aliments du bétail, et mise en œuvre du système SAP d’optimisation des fonctions de l’entreprise. Unicopa travaille par lot : d’abord les fonctions achats et finances, puis le commerce et la gestion de production, le plus gros morceau.
L’articulation de ce plan stratégique doit permettre à Unicopa de renforcer ses positions sur ses marchés. Son objectif consiste à se placer systématiquement parmi les trois premiers intervenants. L’objectif est d’ores et déjà atteint en nutrition animale, puisque Nutréa, avec 1,674 million de tonnes occupe la première place dans l’Ouest.
Dans les produits laitiers, « Entremont Alliance » deviendra aussi un poids lourd des fromages à pâte pressée cuite (138 000 tonnes d’emmental, des AOC, des fromages fondus : au total 195 000 tonnes) en Europe, avec 30 % des parts du marché (46 % en France). « Les producteurs attendaient une décision forte de ce type », a souligné le président d’Unicopa, Jean-Yves Le Barzic.
Selon lui, la formation de ce groupe, désormais quinzième des plus grandes entreprises laitières d’Europe – au même niveau que Bel –, « va participer activement à la réorganisation laitière de la filière bretonne et assurer la pérennité des débouchés du lait des adhérents».
Interrogations
Si Unicopa et Entremont collaborent depuis la mi-juin pour dessiner le plan stratégique à la rentrée, les salariés s’interrogent pour leur avenir dans une structure qui sera pilotée, dans un premier temps, majoritairement par CNP à 63,5 %.
« Nous ne chercherons pas à développer les volumes en emmental, mais souhaitons améliorer les performances industrielles et intégrer la recherche et développement dans toutes les composantes du lait », a précisé le président le Barzic. De fait, des licenciements ne sont pas à exclure.
Autre sujet d’inquiétude, l’évolution de CNP dans le capital. Selon le pacte des deux actionnaires, tenu secret, la montée d’Unicopa dans Entremont Alliance à 50 % est prévue, ainsi que l’échéance. Mais CNP pourrait très bien vendre sa participation, et Unicopa se retrouver face à un autre partenaire.
Dans son giron industriel, il reste au groupe coopératif le porc, qui s’appuie sur une branche salaisons (Brocéliande) dotée de deux usines et qui pèse 30 % de son CA consolidé, et une branche volaille de 150 000 tonnes de viandes équivalent carcasse.
Bien qu’Unicopa ait procédé, ces dernières années, à plusieurs reconfigurations de son activité, des restructurations interviendront tôt ou tard, dans la mesure où près du tiers des tonnages, produits uniquement pour les marchés hors de l’Europe, dépendent fortement des restitutions à l’exportation, condamnées à terme.