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Edito La peau de chagrin

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Une fois de plus, les productions animales se retrouvent en panne. L'année qui s'annonçait correcte pour plusieurs secteurs risque de se révéler désastreuse. Et on aurait tort d'accuser Poutine et son embargo sur les produits alimentaires européens. Le reflux des cours et/ou de la production française date, la plupart du temps, d'avant cet embargo. Le responsable, c'est l'état de totale désorganisation de nos filières, l'individualisme des différents maillons de la chaîne alimentaire.

Ceux qui profitent de ce désordre et même le cultivent sont, par force, les entités les plus importantes : les distributeurs, dont deux enseignes, Auchan et Système U ont même annoncé qu'elles allaient coordonner leurs achats. On sait ce que cela implique pour l'amont ! Autre poids lourd sans beaucoup d'états d'âme et se moquant bien de toute notion contractuelle, le groupe Bigard qui a oublié qu'il doit une grande partie de son développement au rachat d'un groupe coopératif, la Socopa !

Tout cela est affligeant. Et s'ajoute à une évolution pitoyable sur le moyen terme : dans presque toutes les activités, la production a diminué, les exportations et la consommation également. Seuls les prix augmentent, mais pas pour tous. Ce n'est plus de la viande, c'est de la peau de chagrin. Mais attention : dans le roman éponyme d'Honoré de Balzac, cette peau de chagrin finit par se réduire à rien du tout et entraîne la disparition de son propriétaire.

Pour l'heure, ce sont les adeptes de la décroissance qui doivent se frotter les mains, ces écologistes qui accusent l'élevage de faire du tort à l'environnement. La décroissance, on y est bien, dans les filières viandes françaises. Mais pas du fait de la défense de l'environnement : à cause de la pusillanimité de bon nombre de ses acteurs.