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La tomate, entre crises conjoncturelles et recherche d’un nouvel élan

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Avec quarante jours de crise conjoncturelle cette année, et alors que la campagne 2020 n’est pas encore terminée, les producteurs de tomates souffrent régulièrement de prix excessivement bas. Face à cela, la filière se projette de plus en plus dans une diversification en poivrons et aubergines.

La tomate est à nouveau en crise conjoncturelle depuis neuf jours ouvrés, malgré une remontée du prix de première mise en marché ces derniers jours. En effet, le 31 août, le Réseau des nouvelles des marchés (cotation RNM, FranceAgriMer) relevait un prix anormalement bas à -41 % par rapport à la moyenne quinquennale, contre -21 % le 10 septembre. D’après Légumes de France (producteurs de légumes, FNSEA), l’AOPn Tomates et concombres de France a écrit aux enseignes de distribution le 27 août pour « alerter sur l’écoulement difficile des stocks », rapporte le syndicat dans son hebdomadaire Direct Légumes paru le 4 septembre.

Le magazine note que les volumes de tomates sur le marché sont « élevés » par rapport à 2019, bien que cela ne devrait pas durer car la fin de saison approche, et que « la forte production des jardins familiaux n’a pas aidé ». De plus, Direct Légumes rapporte que les prix dans les enseignes sont « globalement trop élevés (par exemple 1,99 €/kg en tomate grappe) » alors que les prix aux producteurs sont au-dessous des coûts de production.

Relevés de prix

En conséquence de cette crise et pour vérifier que les enseignes de distribution ont bien réduit leur taux de marge brute sur la tomate en baissant les prix de vente au détail (conformément aux accords de modération des marges de distribution, ndlr.), Légumes de France et l’AOPn ont mené une opération de relevé des prix en magasin du 28 août au 3 septembre. « On est en train d’analyser les données », a indiqué Laurent Bergé le 9 septembre. « Globalement, on voit que les produits français restent en grande majorité sur les étals. Il y a toujours des choses un peu décalées en termes de tarif, mais ce n’est pas la majorité des cas. »

C’est la deuxième fois que les voyants sont au rouge pour la tomate cette année, après une première crise conjoncturelle de trois jours mi-juillet, rappelle FranceAgriMer. Quant à la tomate petits fruits (cerise, allongée, cocktail), elle a également traversé deux épisodes de crise conjoncturelle : l’un de cinq jours à la fin du mois de mai, et un autre de vingt-trois jours entre le 17 juin et le 20 juillet. À date, les producteurs de tomates auront connu quarante jours de crise conjoncturelle en 2020. « C’est énorme », glisse le président de l’AOPn ajoutant que le contexte du coronavirus n’a pas arrangé les choses.

Marché mature

« Désormais, ce qui est assez inquiétant c’est la récurrence des crises qui s’amplifie depuis deux ou trois ans. Ça veut dire que nous sommes sur un marché probablement mature, avec des volumes qui sont au-delà de ce que le marché est capable d’accepter. » De son côté, FranceAgriMer rappelle que la tomate fait partie des produits les plus déclarés en crise (avec le melon et le chou-fleur), et que quarante jours de crise conjoncturelle cette année c’est plus qu’en 2019 à ce stade de la campagne mais moins qu’en 2018. « Si on compte les jours déclarés en crise conjoncturelle pour la tomate (dont petits fruits, ndlr) en 2018 jusqu’à fin août, on arrive à un total de cinquante-quatre jours. En incluant la période octobre/novembre, on arrive à soixante-six jours pour l’année entière », indique FranceAgriMer.

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Cela signifie-t-il que la France produit trop de tomates ? « Il y a certainement quelque chose qui fait qu’on a une offre trop importante », reconnaît Laurent Bergé. Même s’il fait remarquer au passage que « la production française reste toujours au-dessous de la consommation de tomates en France, qui est importante, donc ça veut dire que normalement il y a de la place pour la production française ».

Elargir le périmètre

Cela dit, l’AOPn tomates et concombres de France envisage depuis plusieurs années d’élargir son périmètre pour aider ses producteurs à se diversifier. Le 20 décembre 2019 par arrêté, l’AOPn a en effet obtenu une reconnaissance d’extension à l’aubergine et au poivron. Un premier travail de structuration de ce marché a été fait, reste encore à construire l’offre et que les producteurs s’engagent dans cette voie, explique Laurent Bergé. « Ça prend du temps, il faut qu’on travaille cette offre-là de façon à diminuer la pression de volume qu’il peut y avoir aujourd’hui sur un produit comme la tomate, et qui pourrait venir demain sur le concombre. »

En 2019, l’AOPn Tomate et concombre de France a produit 2 500 t de poivrons et 1 900 t d’aubergines, une quantité très faible par rapport à la tomate (250 000 t) et au concombre (72 000 t), a indiqué l’association d’organisations de producteurs par email. Son président Laurent Bergé estime que le volume sera « un petit peu plus important » dès l’année prochaine. « Je pense qu’on aura une offre sur le poivron et je l’espère sur l’aubergine – parce que l’aubergine c’est un peu plus difficile techniquement, qui commencera à être conséquente d’ici trois à cinq ans », conclut-il.

« Diminuer la pression de volume sur la tomate »

En Espagne, la tomate perd du terrain face aux poivrons et courgettes

Les poivrons et courgettes commencent doucement à se substituer aux tomates dans les exploitations espagnoles, à en croire un article publié le 8 septembre par AgriMaroc. Le magazine marocain rapporte les propos du directeur de production d’une pépinière « importante » de la province d’Almería, en Andalousie. « Il est vrai que la superficie plantée de tomates est un peu plus petite chaque année. Cette fois, elle a été réduite d’environ 8 à 10 %, tandis que d’autres produits, comme les poivrons et les courgettes, se sont développés », rapporte AgriMaroc. Cette baisse de la superficie plantée de tomates serait principalement due aux « coûts de production très élevés, de la semence à la manutention ». La production de poivron aurait particulièrement augmenté dans la zone du Poniente de Almería, tandis que la courgette aurait enregistré une forte croissance dans la zone du Levante.