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Produits laitiers/Acquisition Lactalis rachète le groupe Célia

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Le groupe Lactalis va s’offrir la laiterie familiale mayennaise Célia, en butte à la concurrence des géants internationaux et à un problème successoral difficile. Lactalis en profite pour se hisser à la deuxième marche du podium laitier mondial devant Danone et les américains Dean Foods et Dairy Farmers.

Deuxième groupe agroalimentaire français, le groupe laitier de la famille Besnier, Lactalis, vient d’annoncer la prise de contrôle des laiteries Célia, connues notamment à travers la marque Chaussée aux Moines.

Célia, dont le siège est à Craon, non loin du siège de Lactalis situé à Laval en Mayenne, a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 225 millions d’euros en 2005, avec deux usines et 740 salariés et il réalise 56% de ses ventes à l’étranger, principalement en Algérie et en Afrique de l’Ouest.

Une passe difficile

Lactalis, qui n’a pas communiqué sur le montant de la transaction, explique que « cette opération permettra de consolider le développement des marques et des produits spécialisés de Célia (beurre le Marin, laits infantiles Picot) ». Le groupe de Laval entend tirer de ce rachat des « synergies » qui lui permettront d’augmenter ses ventes. Il n’y aura pas de suppressions d’emplois. L’opération qui ne comprend pas les activités d’agrofournitures, dont le poids est négligeable en terme de chiffre d’affaires, est soumise à l’accord des autorités de la concurrence.

Célia qui collecte auprès de 1 500 producteurs 350 millions de litres par an, soit 1 % de la production nationale, selon Lactalis, traversait une période difficile depuis au moins deux ans du fait du contexte européen très défavorable à la rentabilité de son activité poudre à l’export, à quoi s’est ajoutée la perte d’un grand client du hard discount (entraînant la fermeture de l’usine du Maine-et-Loire, à Saint-Germain-sur-Moine). De plus, l’avenir de Celia est devenu plus incertain après le décès coup sur coup de deux de ses dirigeants familiaux, René Sallé et tout récemment son beau-frère Jean-Pierre Pasquier, qui présidait le conseil de surveillance.

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L’entreprise dirigée par Frédéric et Xavier Sallé réalise encore les trois quarts de son chiffre d’affaires avec des produits en poudre qu’elle a de plus en plus de mal à exporter sur les marchés africains du fait de la concurrence de l’Argentine ou de la Nouvelle Zélande. Et les produits à valeur ajoutée développés depuis le rachat en 2001 des Laboratoires DHN (nutrition hospitalière) restent relativement marginaux, de même que les aliments pour bébé issus de la société Picot acquise en 2003. Ils procureront toutefois de meilleurs débouchés pour le sérum déminéralisé que Lactalis extrait du lait.

Lactalis, du haut de ses 7 milliards et demi d’euros de chiffre d’affaires attendus au moins en 2007 et avec 27 000 salariés, poursuivait ses conquêtes à l’étranger et devait a priori se mettre à dédaigner les petites acquisitions en France. Ses dernières opérations étaient autrement marquantes, après Mc Lelland au Royaume-Uni, Lactalis a acquis en janvier le numéro un des fromages en Italie Galbani (1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires) puis négocié un joint-venture pour contrôler le développement des produits laitiers frais de Nestlé en Europe, un dossier certes un peu retardé actuellement par les demandes d’information des autorités communautaires de la concurrence mais qui devrait être dénoué d’ici peu.

Opportunités

Pourtant Lactalis n’a pas hésité à saisir l’opportunité représentée par Celia plutôt que de la laisser à d’autres. Ceci parce qu’il y trouve quelques compléments de gamme en fromage (8 500 tonnes) et des beurres spéciaux (4000 t) et une activité lait infantile qu’il n’avait pas, et parce qu’il pense avoir les moyens de valoriser ses litrages de lait. En particulier, au moment où chacun bâtit des projets d’envergure pour fabriquer de la mozzarella. La direction de Lactalis, qui a programmé des extensions de son outil de Pontivy dédié au fromage à pizza alors qu’Entremont Alliance en prévoit autant à Quimper, n’ignore pas l’accord conclu entre Eurial Poitouraine, Terrena, Ingredia et Celia pour financer une nouvelle usine de mozzarella dans l’Ouest (à Herbignac) ; le tout est de savoir si la présence de Lactalis au capital de Celia rend caduc ce partenariat comme l’ont déclaré dans un communiqué (voir encadré) les autres partenaires déjà désireux de modifier le tour de table de la société Pasta Filata Ingredients (PFI). En fait, selon Luc Morelon, son directeur de communication, Lactalis entend examiner plus avant les engagements pris par Celia dans cette nouvelle société – qui a quand même la promesse de 20 M EUR de concours publics, sur un investissement de 56 M – avant de se prononcer.