Les industries agroalimentaires figurent parmi celles qui sont le plus en difficulté en raison de la crise actuelle, affirme Jean-René Buisson, président de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania). C’est pourquoi il faut, selon lui, qu’elles bénéficient largement des plans de soutien à l’industrie et notamment aux mesures annoncées récemment par Hervé Novelli.
Pourquoi les entreprises alimentaires sont-elles plus sujettes aux difficultés financières que celles du reste de l’industrie ? Est-ce spécifique à leur branche ou bien à leur taille ?
La fragilité financière qui caractérise les entreprises alimentaires n’est pas due à un manque de dynamisme de la branche agroalimentaire, mais au fait que ce sont essentiellement des petites entreprises. L’industrie alimentaire est un tissu de PME et de TPE TPE : très petites entreprises, composé à 90 % d’entreprises de moins de 250 salariés et à 70 % de moins de 20 personnes. Or, nous savons très bien que les PME et TPE souffrent de manque de fonds propres, ce qui est encore plus frappant en agroalimentaire. Un handicap qui se révèle actuellement avec plus d’acuité du fait de la crise du crédit.
Dans la branche agroalimentaire, quels sont les secteurs les plus vulnérables ?
Les secteurs les plus vulnérables sont ceux où la concentration des industries et où les marges sont les plus faibles. Certains secteurs souffrent de façon plus évidente comme par exemple la charcuterie et les plats cuisinés. Les critères de vulnérabilité dépendent ensuite du développement de l’entreprise à l’export, de sa capacité à innover, de sa productivité, etc.
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La situation financière actuelle est-elle inquiétante pour la branche agroalimentaire ?
Nous sommes particulièrement préoccupés de voir la façon dont les 22 milliards d’euros débloqués par le gouvernement pour faciliter l’accès des entreprises aux crédits la capitalisation des entreprises s’effectuera. Nous souhaitons que les crédits soient affectés de façon suffisamment précise, c’est-à-dire réellement aux PME, mais également qu’ils soient affectés de façon proportionnelle au poids des secteurs. Nous voudrions donc bénéficier de la représentativité correspondante à notre part : l’industrie alimentaire représente 19 % de l’activité industrielle française. Il serait logique que les sommes affectées à l’industrie alimentaire se rapprochent de ce ratio d’environ 20%. Des précédents nous inquiètent : Oséo, l’agence de valorisation de la recherche, consacre seulement 8% de ses interventions aux entreprises alimentaires.
Vous avez déclaré au début du mois que les faillites d’entreprises alimentaires s’accélèrent dangereusement. Or l’étude remise par Groupama Assurance-Crédit au Sial montre que jusque-là les faillites n’ont pas augmenté. Qu’en est-il ?
L’étude de Groupama n’a pas encore pris en compte la situation récente. Selon Euler Hermès, les défaillances d’entreprises alimentaires sont en hausse de 5 % sur le premier semestre de cette année. Nous pensons que malheureusement la branche alimentaire est en haut de tableau des entreprises qui connaissent des difficultés. Les entreprises agroalimentaires sont donc bien particulièrement touchées par l’augmentation des défaillances. C’est pourquoi nous serons particulièrement vigilants sur la façon dont les sommes prévues par le gouvernement seront mises à disposition des entreprises agroalimentaires.