Abonné

Surgelés/Acquisitions « L’avenir de McCain est désormais clair et visible »

- - 6 min

McCain, le géant canadien des pommes de terre, devrait bientôt annoncer de nouvelles acquisitions. Après celle du hollandais CelaVita et celle du belge Lutosa qu’il devrait finaliser dans les prochaines semaines, il pourrait enfin dévoiler l’implantation de sa future usine russe. Celle-ci devrait selon toute vraisemblance se situer non loin de l’Ukraine et de ses fameux tchernozems. Elle lui permettrait de soulager son usine polonaise tout en fournissant le marché turc. Pour les producteurs, la réforme du Gappi réunissant l’ensemble des 875 livreurs, tout comme la mise à plat de l’ensemble des contrats, constituent les priorités de 2013.

Les affaires vont beaucoup mieux pour McCain, le géant canadien des produits transformés surgelés à base de pommes de terre. « L’avenir de Mc Cain est désormais clair et visible », déclarait d’ailleurs Jean Bernou, président de McCain Europe Continentale aux 200 producteurs réunis à Fresnes-les-Montauban (62) le 7 février dernier lors de l’assemblée générale annuelle du Gappi (1).
Après avoir connu un trou d’air dans les années 2006-2009, durant lesquelles le canadien a procédé à la fermeture de son site hollandais d’Hoofdorp en juin 2006 puis celle de l’une des deux usines de Beaumarais SAS en juin 2007, le N°1 mondial repart en phase de croissance et se montre plus que jamais ambitieux.
« Nous sommes dans un processus d’acquisition qui n’est pas fini », confirmait d’ailleurs Jean Bernou ce jour-là. Après avoir finalisé l’acquisition de CelaVita, filiale hollandaise du groupe allemand Wernsing, McCain attend le feu vert des autorités européennes pour finaliser l’acquisition du belge Lutosa.
« Ce n’est plus qu’une question de semaines », expliquait Jean Bernou confiant dans l’issue de la décision. Dans les 3 mois qui viennent, le groupe canadien pourrait enfin annoncer officiellement son implantation russe dans la région de Briansk, une ville située à mi-chemin entre Moscou et Kiev. Les premiers contacts de McCain en Russie datent des années 2008-2009. Ces premières années ont permis au géant canadien de développer des variétés spécifiques adaptées à ses process de fabrication. Il semblerait que les choses soient désormais prêtes.
Pour McCain, cette nouvelle implantation est plus que vitale : les lignes de son usine polonaise de Strzelin, qui fournissent le marché russe, sont désormais saturées.

Une croissance de 6%

En mars prochain, McCain passera en 5 équipes dans ses usines françaises de Harnes et Matougues. Quand les deux usines de Lutosa viendront s’ajouter aux 8 sites industriels européens, McCain pèsera plus de la moitié de la production européenne de produits surgelés à base de pommes de terre (si on y englobe les 4 usines anglaises qui restent pour l’instant séparées de l’entité juridique McCain Europe Continentale). Mais d’autres acquisitions devraient aussi être annoncées dans les prochains mois.
« En Turquie, tout est envisageable », confie Jean Bernou en marge de cette assemblée, tant les marchés sont en plein développement dans ce pays. L’implantation de l’usine russe à Briansk pourrait d’ailleurs permettre dans un premier temps de livrer les marchés turcs.
Car, malgré la crise, les marchés de produits finis sont en fort développement. « Et même s’il y a une baisse de consommation des produits surgelés à base de pommes de terre de l’ordre de 20% en Grèce, -12% en Espagne et -10% en Italie et -10% en France, nous avons rencontré une croissance de 6% en 2012 contre 3% en 2011 », soulignait Jean Bernou.
Côté amont, les relations entre producteurs et l’industriel sont au beau fixe, bien différentes des tensions rencontrées en 2008-2009, époque où le prix des contrats baissait, ou au mieux stagnait.
Pour la campagne 2012-2013, l’industriel a montré la voie d’une hausse substantielle des prix des contrats. « Dès septembre 2012, j’ai lancé un appel d’offres pluriannuelles en hausse de quelque 20% sur la campagne précédente. La plupart des industriels du secteur ont dû suivre », rappelait Jean Bernou à l’ensemble des producteurs. De fait, les prix des différents contrats dévoilés aux agriculteurs le 7 février dernier sont en hausse de 15 à 22% selon les variétés.

Un Gappi européen

Jean Bernou s’est déclaré « extrêmement satisfait du niveau d’augmentation des contrats allant vers un meilleur revenu du monde agricole ». Quant à Eric Delacour, président du Gappi, il a déclaré que une telle hausse « était bonne pour le monde agricole ».
Plusieurs éléments peuvent expliquer un tel revirement : une production européenne de pommes de terre en forte baisse (-17%) au moment où la demande en produits transformés s’accroît. Mais l’industriel doit également montrer un signe fort à ses producteurs à un moment où certains d’entre eux pourraient être tentés d’abandonner cette production au profit des céréales, une culture moins contraignante et plus rémunératrice !
Enfin, les récentes acquisitions du canadien (CelaVita et Lutosa), renforcent sa position industrielle européenne sur ses concurrents.
Le contexte est donc beaucoup plus favorable pour dessiner les contours d’un nouveau Gappi qui doit « se mettre en conformité avec le droit de la concurrence » et tirer les leçons de l’épisode « endiviers ».
Les responsables du Gappi s’étonnent pourtant : « Nous avons été audité par Bercy et pris comme modèle d’organisation dans la filière, notamment pour jeter les bases du “paquet lait”, et aujourd’hui, nous devons proposer un nouveau schéma juridique pour le Gappi », s’est interrogé Eric Delacour ! Aux dires d’experts, « le Gappi ne peut plus négocier sans avoir au minimum un mandat de négociation ou alors changer radicalement son fonctionnement ».
Le prochain schéma juridique du Gappi sera donc le grand chantier de 2013. « Le groupement a un rôle fondamental à jouer dans l’avenir. Reconnu même par les autorités françaises, il est unique en son genre », prévenait Jean Bernou qui s’engage une nouvelle fois à revoir les contrats proposés à ses producteurs. Un rôle qui pourrait bien être stratégique dans l’approvisionnement des deux usines belges de Lutosa implantées à Leuze et Waregem. C’est ainsi que de part et d’autre on a entendu reparler de Gappi européen, une proposition qui avait déjà été faite en février 2009 aux dirigeants de McCain… mais qui n’avaient semble-t-il pas été entendue à l’époque !
Aujourd’hui, Jean Bernou reprend la proposition d’Eric Delacour à son compte : « Le Gappi doit devenir l’organisation européenne de producteurs pour McCain », a-t-il affirmé le 7 février dernier.

(1) Le Groupement d’Agriculteurs Producteurs de Pommes de Terre pour l’Industrie (Gappi) réunit les quelque 875 producteurs de pommes de terre français livrant les trois usines françaises du groupe canadien.

 

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.