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Réflexion L’avis nuancé du comité d’éthique de l’Inra

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Le Comité d’éthique et de précaution de l’Inra, une instance composée de scientifiques, d’économistes et de philosophes travaillant dans plusieurs grandes universités françaises, s’est penché sur le dossier des plantes transgéniques courant 2004. Leurs réflexions viennent de donner lieu à un avis tout en nuance sur la gestion des OGM.

Pour ou contre les OGM ? Ceux qui attendaient une position tranchée en seront pour leurs frais. Les douze pages de l’avis sur les organismes génétiquement modifiés végétaux publié par le Comité d’éthique et de précaution de l’Inra (Comepra) n’entre pas dans cette grille de lecture binaire. Les universitaires Composition du comité : Jean-François Théry (président) membre du Conseil d’Etat. Les autres membres : Jean-Pierre Dupuy, philosophe (Ecole polytechnique) ; Hervé Le Guyader, biologiste (Université Paris VI) ; Jean-Didier Vincent, neurobiologiste (Institut universitaire de France), Patrick du Jardin, agronome (faculté des sciences économiques de Gembloux - Belgique) ; Olivier Godard, économiste (Ecole polytechnique) ; Guy Paillotin, biophysicien (président de l’Afsse) ; Jean-Michel Besnier, philosophe (université de Compiègne) ; Alain Parres, président du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (Paris). prononcent un certain nombre de recommandations pour gérer au mieux les enjeux et les incertitudes liés aux plantes transgéniques.

Débat public « caricatural »

Ils soulignent que le « débat public » sur le dossier des plantes transgéniques est fondé sur des arguments caricaturaux. Face à cela, « l’Inra ne doit pas épouser une posture d’observateur attristé, mais apporter à ce débat public des éclairages susceptibles de lui donner plus de contenu » estiment-ils. L’attention est attirée sur quelques points. Les universitaires rappellent que les OGM offrent la possibilité d’une appropriation juridique de matériel biologique par la voie des brevets. Ils soulignent également qu’il faut « nuancer l’affirmation » selon laquelle les OGM seraient la seule voie offerte à l’humanité pour résoudre le problème de la faim dans le monde. « Les biotechnologies perdraient leur crédibilité et leur efficacité si elles apparaissaient comme une solution miracle », ajoute le Comepra. Les universitaires ne cachent pas que l’introduction de la technique OGM favorise aujourd’hui « l’uniformisation des productions (engouement pour des spéculations à bon rendement économique immédiat), l’appauvrissement du nombre d’espèces cultivées (le soja prend un peu plus d’avance encore comme fournisseur de protéines en alimentation animale par exemple), et la fragilisation accrue de systèmes de production en marge de l’économie libérale mondialisée ».

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Des essais en plein champ sous conditions

De manière plus concrète, les membres du Comepra appellent l’autorité publique à organiser la coexistence des cultures OGM et non-OGM. A la question « comment justifier le passage du laboratoire ou de la serre au champ ? », ils tentent d’apporter quelques éléments de réponse : tout d’abord, l’essai en plein air « doit s’inscrire en confirmation d’un concept élaboré et validé en milieu confiné ». « Il ne peut consister en une recherche exploratoire, en une sorte de “pêche aux concepts” qui serait un criblage à moindre coût d’un matériel transgénique grossièrement défini ». Ensuite, les essais devraient contribuer à évaluer les impacts agronomiques et écologiques évoqués, estime le Comepra. Les membres du comité attirent l’attention sur le fait qu’en matière d’étude d’impact environnemental, une taille de parcelle « insuffisante » peut « compromettre toute évaluation sérieuse ». En conclusion, explique le Comepra, « l’essai devrait être conçu de telle sorte qu’il produise un maximum de données justifiées (biologiques, agronomiques et écologiques) à un coût acceptable et dans de bonnes conditions de sécurité environnementale ».