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Crise financière des « subprimes » Le Crédit agricole veut revenir à « ses fondamentaux »

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La crise financière née des « subprimes » américaines n’a épargné aucune banque. Plus exposé qu’il n’y paraissait à l’origine via sa filiale banque d’affaires Calyon, le Crédit agricole a dû supporter, plus que d’autres, des dépréciations d’actifs. Une augmentation de capital de 5,9 milliards d’euros a été annoncée pour améliorer les « ratios de solvabilité ». Les caisses régionales vont jouer leur rôle, notamment en garantissant la bonne fin de l’appel aux actionnaires. La Banque verte devrait également restructurer Calyon et donner la priorité au développement de la banque de détail, le cœur d’activité des caisses régionales. Un retour sur ses « fondamentaux » selon le mot de la banque.

Les agriculteurs vont-ils devoir compenser les dépréciations d’actifs du Crédit agricole dues à la crise des « subprimes » ? Le raccourci est audacieux et peut-être hâtif mais il témoigne d’une réelle préoccupation chez les actionnaires des Caisses régionales du Crédit agricole. Que se passe-t-il en fait ? Bien engagée dans l’activité financière outre-Atlantique via sa filiale banque d’investissements Calyon, la Banque verte, comme bien d’autres mais plus que d’autres, a subi des dépréciations d’actifs qu’elle a dû provisionner. Au premier trimestre 2008, son bénéfice était réduit à 892 millions d’euros (contre 1,3 milliard prévu par les analystes) en raison d’une dépréciation de 1,2 milliard d’euros. Des chiffres qui ont été dévoilés le 13 mai, tandis que l’annonce officielle des résultats devait être faite le surlendemain.

Ratio de solvabilité

Surtout, afin de retrouver un « ratio de solvabilité » correspondant aux normes internationales, Crédit agricole SA va lancer une augmentation de capital de 5,9 milliards d’euros. Normalement, les caisses régionales, qui sont actionnaires à hauteur de 55%, devraient y participer à cette proportion si elles veulent maintenir leur part de capital. Jusqu’à présent, un porte-parole a surtout indiqué que les caisses régionales garantiraient la bonne fin de l’opération. Reste à savoir ensuite comment les caisses elles-mêmes financeraient cette participation au capital. Il n’est pas sûr qu’elles doivent faire apppel dans tous les cas à l’épargne de leurs actionnaires ou sociétaires. Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’elles ont déjà été sollicitées en février pour financer des actions dites « de préférence » émises par Crédit agricole SA pour 3,6 milliards d’euros. Là encore, l’objectif était une amélioration de la solvabilité.

Privilégier la banque de détail

La pression des caisses régionales n’est sans doute pas étrangère, alors, à une remise en ordre des activités du groupe. Dans un communiqué publié le 13 mai, Crédit agricole SA affirme qu’elle mettra en œuvre un plan d’actions centré autour des mesures suivantes :

– « un recentrage de la banque de financement et d’investissement (Calyon) sur ses expertises et clientèles clés, avec un profil de risque réduit, une réduction de la proportion des fonds propres du groupe allouée à ces activités, et un programme de réduction significative des frais fixes » ; les coûts de Calyon devront être réduits de 10% a indiqué la direction générale de la banque le 15 mai. Objectif : dégager 150 milllions d’euros d’économie en 2008. Le directeur général du groupe, Georges Pauget, a refusé d’indiquer s’il envisageait de supprimer des emplois. « Ça reste dans ma tête », a-t-il dit lors d’une conférence téléphonique le 15 mai.

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– « un développement régulier et un accroissement du poids de la banque de détail et des métiers spécialisés, associé à un plan de maîtrise des charges » ;

– un gel des acquisitions envisagées, de même qu’un programme de cession d’actifs non stratégiques.

La banque évoque le retour à un développement reposant sur ses « fondamentaux » avec « des perspectives de croissance régulière dans la banque de détail et les métiers spécialisés ». C’est revenir, en somme, au développement axé surtout sur l’activité des caisses régionales.