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Le droit à la transparence des citoyens ignoré

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Pour Yannick Le Bourdonnec de l’agence ylc conseil, agence de communication stratégique, cette crise n’a pas été gérée avec un égal bonheur par les divers intervenants mis en cause mais elle met au grand jour une absence de réponse à ce que les citoyens sont en droit d’attendre.

Quel enseignement majeur retenez vous de cette crise ?
YLB : Sur la crise elle-même, j’ai été très frappé par son ampleur alors que si je puis dire il n’y avait pas mort d’hommes comme dans l’affaire de la vache folle. En fait, elle heurte les exigences actuelles de nos concitoyens : transparence, traçabilité, simplicité des circuits. Elle met à jour la complexité des réseaux et donc les risques de tromperie et en conséquence d’atteinte à la santé publique.

Les entreprises mises en cause ont-elles su réagir face à cette attente des consommateurs ?
YLB : De ce point de vue, Findus a « tout faux », pourrait-on dire. Le modèle que ses dirigeants ont laissé apparaître au grand jour montre un industriel déconnecté de ses sources d’approvisionnement, voire qui se repose sur un fournisseur qu’il ne contrôle absolument pas. Lui renvoyer la faute montre que les process de contrôle interne ne fonctionnent pas, ce qui vide le contrat de marque de sa substance. Je pense que la première réaction aurait dû être le retrait et un discours sur le thème « nous procédons à tous les contrôles nécessaires en collaboration avec les pouvoirs publics ». C’est à dire une réponse mêlant bonne volonté et réassurance. La réaction de Findus heurte toutes les valeurs d’un contrat de marque : confiance solidarité sécurité, etc. Et la révélation ultérieure d’un entrelacs de réseaux d’approvisionnement anéantit la signature. Il leur sera difficile de remonter la pente.

Cependant, la société Spanghero s’est rapidement retrouvée au rang de premier accusé ?
YLB : Du côté de Spanghero, je trouve personnellement que la situation a été mieux gérée. On a senti que la communication était prise en mains. Il subsiste toutefois un doute dans l’esprit du citoyen sur leur rôle exact : ont ils été dupés eux-mêmes ou sont ils des escrocs? La dernière décision du gouvernement de revenir partiellement sur le retrait des agréments semblerait accréditer la première thèse.

Les Roumains n’apparaissent-ils pas comme les dindons de la farce ?
YLB : Finalement ce sont eux qui ont apporté la meilleure réponse car ils ont été très réactifs, en mettant en place en 48 heures des contacts avec les chaînes de télévision. Ils ont de plus été habiles et astucieux en faisant visiter leurs abattoirs ultramodernes aux journalistes de télévision. Les arguments avancés, expliquant que tout cela s’est fait avec l’aide de l’Europe et sous son contrôle, ont fini de les disculper.

Que dire du rôle de la grande distribution dans cette affaire ?
YLB : Le silence de la grande distribution est éloquent effectivement. Il permet de laisser les industriels et les négociants dans un face-à-face sans que soit évoquée la pression sur les coûts et les marges. Mais personne ne peut sans risque évoquer ce sujet.