La nomination d’un ministre délégué à l’Agroalimentaire s’avérera-t-elle, à terme, constituer un gage de soutien aux IAA ? Agra alimentation a rencontré Guillaume Garrot, qui, à peine entré en fonction, a été plongé au cœur de la crise Doux et de l’explosion du prix de certaines matières premières. Export et compétitivité font sans surprise partie des outils mis en avant par le ministre, qui se prononce par ailleurs pour une révision de la LME plus que pour une nouvelle loi. Reste à savoir quel peut être l’impact de l’action des pouvoirs publics quand la structure du marché est telle que les relations commerciales sont déséquilibrées et quand nombre de patrons atteignent un âge qui est davantage celui de la transmission de leur entreprise que des premiers pas à l’export.
AgraAlimentation : Les PME souffrent beaucoup de l’instabilité juridique et ne veulent pas d’une nouvelle loi sur les relations commerciales. Elle préféreraient améliorer l’application de la LME…
Guillaume Garot : Nous avons ouvert la discussion. Nous sommes attentifs aux signaux d’alerte, voire au cri d’alarme, de certaines filières. J’ai entendu ce que disent nos PME et des distributeurs comme Serge Papin, qui reconnaît qu’il y a un problème. Il est de la responsabilité du gouvernement de trouver des réponses pragmatiques. Il ne s’agit pas d’agir sur le mode d’un grand soir législatif. Nous devons trouver un cadre stable et efficace qui permettent à la fois que les PME créent de la valeur et de protéger le pouvoir d’achat des consommateurs. Il faut trouver un équilibre. Garantir le pouvoir d’achat implique d’avoir des emplois en France et pour cela il faut des PME prospères.
Mais quelle que soit la loi, il restera toujours une poignée de distributeurs face à des entreprises très nombreuses…
Si la loi n’améliore pas les relations commerciales, quel outil le fera ? Il n’y a que la loi qui puisse apporter cet équilibre et la loi de la République n’est pas la loi de la jungle. C’est pour cela qu’il faut améliorer la LME.
Les consommateurs sont-ils prêts à payer plus cher pour des produits de qualité ?
La qualité ne doit pas être l’apanage de quelques-uns. Je suis le ministre de la qualité pour tous. Et la qualité, ce n’est pas seulement le bio. Nous devons partager l’exigence de servir une assiette saine pleine de qualité. La qualité et la sécurité alimentaire sont au panthéon de nos valeurs. C’est une dynamique qu’il nous faut entretenir. La qualité alimentaire et la sécurité sanitaire sont des atouts formidables à l’exportation.
Justement, à l’exportation, n’a-t-on pas tendance à vouloir vendre des produits de la gastronomie française au détriment de produits cœur de marché, plus adaptés à une consommation mondiale de masse ?
Si on considère la valeur ajoutée des produits de la gastronomie française qui se révèle très importante, alors on doit soutenir ces produits à l’exportation. Il faut mettre l’accent sur les produits à valeur ajoutée. Le foie gras, c’est 35 000 emplois directs.
Mais le foie gras reste un produit de niche…
Je ne dissocie pas le foie gras de la Vache qui Rit. Le drapeau France est reconnu et respecté. La France est mondialement reconnue et respectée pour la richesse de sa gastronomie et de son alimentation. Cela doit servir les entreprises qui veulent exporter. Les rencontres régionales serviront à regarder concrètement comment les accompagner, comment lever les barrières techniques, tarifaires, sanitaires ou réglementaires.
Certains patrons d’entreprises ont plus de 50 ans et pas forcément envie d’exporter…
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C’est vrai, on ne va pas les forcer. Mais on peut les accompagner, susciter la dynamique, inciter. Les dynamiques locales sont très efficaces. Nous voulons monter une stratégie de conquête zone par zone et filière par filière. Il faut être volontariste, faire du sur mesure au plus près du territoire. Tout cela est l’objet du travail que nous engageons avec Ubifrance et Sopexa, en lien avec Nicole Bricq.
Il faut par exemple voir comment développer le portage, avec de petites entreprises qui s’arriment à un champion. C’est un prélude intéressant lorsqu’intervient la transmission.
Aider à développer l’export, c’est bien. Mais ne faire que cela, n’est-ce pas manquer d’ambition ?
Regardez, Danone a repris Unimilk en Russie. Danone y est reconnu comme une marque française, le drapeau français est une locomotive très forte. L’enjeu à long terme, ce sont les partenariats industriels. Un opérateur français qui investit sur une zone émergente, cela ne peut que renforcer sa valeur. Je ne choisis pas l’exportation plutôt que l’internationalisation. Mais l’agroalimentaire a un problème de marché intérieur. Les PME agroalimentaires sont 10 000. Si elles peuvent mieux exporter, cela aura un impact direct sur l’emploi, et c’est une préoccupation majeure du gouvernement alors que le pays compte 3 millions de chômeurs.
Comment comptez-vous améliorer la compétitivité des IAA ?
Ce thème doit être traité de façon générale et il faut notamment attendre le rapport Gallois. En termes de recherche, les IAA accusent un vrai retard. Elles investissent 0,7 % de leur chiffre d’affaires en R&D alors que ce ratio atteint 2,5 % dans le reste de l’industrie. Si nous n’investissons pas, nous ne créerons rien de très sérieux pour demain. Il faut stimuler la recherche via le crédit impôt recherche. Je plaide par ailleurs pour qu’une entrée filière spécifique à notre secteur soit traitée par la BPI (Banque publique d’investissement). Il faut soutenir ceux qui ont des difficultés d’accès au crédit.
Etes-vous inquiet pour la filière viande ?
Nous importons 40 % du poulet que nous consommons et nous avons perdu des parts de marché depuis 10 ans. La filière compte des opérateurs économiques très allants et d’autres en grande difficulté. Comme Doux, que nous surveillons comme le lait sur le feu. En tout état de cause, il faut reconstruire la filière.
Nous réunirons fin octobre une table ronde sur le porc pour anticiper et bâtir la stratégie de développement de la filière. En 2011, elle a généré 100 millions d’euros de déficit commercial. Il faut traiter la question des prix, et de celle des débouchés.
Dans la filière poulet, les salariés et les éleveurs payent un manque d’anticipation. Dans le porc, je ne veux pas connaître ce que nous voyons avec Doux. Je crois à une meilleure organisation des filières.
La contractualisation, qui représentait une priorité pour votre prédécesseur, en sera-t-elle un élément important ?
Elle fait partie des pistes de travail. Le manque d’organisation de certaines filières est un élément de fragilité insupportable. Cela fait partie des problèmes à traiter. Tout l’été je me suis battu sur le pôle frais de Doux, et là nous suivons le plan de continuation sur l’export et les élaborés avec beaucoup de vigilance. Nous traitons le dossier Doux dans l’optique plus large de l’avenir de la filière, tout en répondant à l’urgence.
Quel sera l’avenir de l’accord du 3 mai 2011 ?
Nous sommes pragmatiques. S’il faut l’améliorer, faisons-le. Il faut fédérer les acteurs pour que dans cinq ans, l’agroalimentaire ait retrouvé des parts de marché, contribué au développement de l’économie et recréé des emplois.