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Interview « Le marché des arômes se prépare à de grandes manœuvres »

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Actuellement très atomisé, le marché français des arômes, qui représente près de 300 millions d’euros, est en passe d’entamer une phase de concentration. Sur un marché mature, il s’agit pour les producteurs de trouver de nouveaux relais de croissance, en se tournant également vers les marchés émergents.

Hervé Lecesne, p.-d.g. de Nactis Groupe :  

Située sur un marché mondial qui pèse plus de 6 milliards d’euros, la production française d’arômes affiche pour 2004 un chiffre d’affaires de près de 300 millions d’euros, selon le Syndicat national des industries aromatiques alimentaires (SNIAA). Hervé Lecesne, fondateur du Club PAI et p.-d.g. d’Aralco, société du groupe Nactis (voir encadré) revient sur l’évolution d’un marché qui cherche de nouveaux relais de croissance pour faire face à l’atonie de l’agroalimentaire hexagonal.

Agra alimentation : Tout d’abord, comment définir rapidement votre cœur de métier, ses particularités, sec contraintes…?

Hervé Lecesne : C’est un mix d’innovation, de proximité et de réactivité. Tout d’abord, notre cœur de métier, c’est la formulation et le mélange. On utilise des concentrés de légumes, des extraits de fruits, des huiles essentielles, des essences d’épices et bien sûr des molécules de synthèse pour produire des arômes. Notre palette de matières premières est très large : plus de 500 différentes. Ce qui implique d’avoir de très nombreux fournisseurs répartis dans le monde entier et spécialisés dans l’extraction d’épices ou de végétaux, comme Naturex.

D’autre part, il s’agit de travailler en flux tendu. Nos clients, principalement de grosses PME, se retrouvent dans toutes les branches agroalimentaires, du poisson à la salaison en passant par les conserves de légumes et les plats cuisinés. Leurs besoins peuvent être très variables, et nous devons être capable de répondre rapidement aux commandes, parfois livrables sous quelques semaines ou quelque jours. Notre outil de production se doit donc d’être flexible pour pouvoir répondre à des commandes allant de quelques kilos à quelques tonnes.

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A.a. : Alors que le marché de l’alimentaire français n’est pas en grande forme, stagnant autour de +1 à –1%, votre secteur est-il condamné à suivre cette évolution ?

H. L. : La naissance de notre secteur s’est faite dans les années 70 avec l’explosion de l’industrie et des produits élaborés. En France, la croissance a été continue pendant 30 ans, mais aujourd’hui, le marché est mature. Nous travaillons à 90% avec des industriels, et forcément, notre activité suit l’évolution des ventes des produits alimentaires. Pour trouver de la croissance, il faut aller la chercher à l’international. Des fournisseurs comme nous doivent accompagner le développement de nos clients sur de nouveaux marchés. Nous devons adapter la formule de nos produits aux marchés locaux des pays émergeants d’Asie, d’Amérique latine… Il y a là un travail d’adaptation des formules. L’idéal est d’apporter des solutions à nos clients avant même qu’ils ne soient confrontés à un problème. Il faut mettre en œuvre une démarche commerciale et de recherche/développement tournée vers ces pays-là. A titre d’exemple, notre groupe réalise aujourd’hui 20% de son chiffre d’affaires à l’export : notre objectif est de faire passer ce chiffre à 50% d’ici 5 ans.

A.a. : Une évolution du secteur est-elle à prévoir ?

H. L. : Le secteur, en voie de concentration au niveau mondial est encore très atomisé en France (ndlr : Selon le SNIAA, presque 80% des producteurs d’arôme de l’Hexagone sont des entreprises de moins de 50 salariés). Originalité du marché français : toutes les entreprises mondiales, américaines ou japonaises, et beaucoup de grosses PME étrangères y sont présentes. Il faut être en France, c’est comme ça. Je pense que c’est surtout dû à l’image du pays en terme de gastronomie, d’agroalimentaire. Et de grandes concentrations sont inévitablement à prévoir. Des géants ont déjà commencé à se regrouper, et ce mouvement va également concerner à terme les PME. Le rachat de Degussa par Cargill est un bon exemple. L’Irlandais Kerry ou encore le danois Danisco procèdent depuis quelque temps à des opérations de croissance externe. Le secteur, en voie de réorganisation, se consolide.

A.a. : Les seuls gains de parts de marché ne peuvent donc se réaliser qu’à coup d’opérations de croissance externe ?

H. L. : L’innovation permet également au secteur d’avoir une croissance légèrement supérieure au marché de l’alimentaire. Par exemple, on travaille beaucoup actuellement sur les arômes encapsulés, pour protéger le produit du vieillissement et de l’oxydation. Mais l’innovation est longue et coûteuse. Il faut compter cinq ans de travail pour mettre au point un nouveau produit.

A.a. : Alors que la lutte contre l’obésité prend de l’ampleur en Europe, les producteurs d’arômes peuvent-ils trouver un nouvel axe de développement dans les produits de substitution alimentaires ?

H. L. : Ce n’est pas encore assez développé en France. La nutraceutique des extraits de plantes finira par s’accroître en France, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis. Mais pour l’instant c’est encore assez marginal. On y réfléchit, mais c’est encore un peu « pionnier » comme démarche.