Abonné

Produits laitiers Le retournement du marché de l’emmental en 2003 se prolonge

- - 4 min

En réaction au recul du marché de l’emmental, les industriels ont, en 2003, réduit leurs fabrications de 5,3 %. Une première depuis de nombreuses années, mais qui se prolonge au début de 2004. La vive concurrence que se livrent les opérateurs se traduit par un recul du prix de gros (PME) de 2,7 % entre janvier et mars par rapport aux mêmes mois de l’année précédente.

Comme nous l’avions annoncé il y a quelques mois, le marché de l’emmental français a connu en 2003 un retournement. Selon les statistiques annuelles que vient de publier le SIGF (Syndicat interprofessionnel du gruyère français), le recul atteint 3,5 % sur douze mois, et affecte tous les segments (-29 % pour les produits industriels, -1,8 % pour la coupe préemballée, -3,8 % pour les meules, -6,8 % pour l’emmental râpé en format égal ou supérieur à 1 kilo), y compris celui des produits préemballés commercialisés au consommateur, en retrait de 2,5 %. Selon Secodip, les achats d’emmental par les ménages se sont maintenus pour le seul râpé libre-service, tandis qu’ils ont diminué de 3,6 % pour les morceaux libre-service et de 11,8 % pour les morceaux coupe.

Hésitations

Interrogé sur les raisons de cette évolution du marché des ménages, Michel Roche, secrétaire général du syndicat, se montre perplexe, d’autant qu’au début de 2004, le panel fait état, selon les périodes, d’une forte croissance des achats ou de leur déclin. Le consommateur hésite, son comportement n’est pas stable, commente-t-il. En revanche, il souligne que l’une des raisons du revers de marché global en 2003 peut être trouvée dans un regain de concurrence de l’Allemagne.

Dans ce pays qui constituait l’un des principaux débouchés pour les exportations hexagonales, les transformateurs du cru ont reconquis leur marché intérieur. Ils se sont aussi montrés offensifs à l’extérieur, gagnant en France, avec des prix inférieurs à ceux des productions nationales, certains marchés industriels, et raflant en Espagne, des marchés de marques de distributeurs, autrefois confiés à des entreprises françaises. Du côté des pays tiers, la baisse de 7,6 % des restitutions des fromages, décidée à Bruxelles le 13 mai, ne devrait pas faciliter la tâche de la profession.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

concurrence
Suivi
Suivre

Dans ce contexte pour le moins morose, les fabricants français d’emmental ont réduit leurs productions de 5,3 % l’an passé à 243 398 tonnes, indique le SIGF, citant l’Onilait et le Scees. Le mouvement s’est poursuivi au premier trimestre 2004 avec un recul de 4,6 % par rapport aux trois premiers mois de 2003. Si donc les entreprises, dont certaines ont fortement investi dans leur outil pour en accroître les capacités, ont fait le choix de maîtriser leur offre, elles ne s’en sont pas moins livré une rude concurrence.

Celle-ci n’a jamais été aussi forte, constate Michel Roche. Après trois années de progression, le PME (prix moyen de l’emmental en euros HT la tonne) s’est inscrit en légère baisse (-0,2 %), sans que celle-ci n’apparaisse toutefois au niveau des prix aux consommateurs. Seul l’emmental coupe a vu son prix reculer de 0,7 %, quand le produit morceau libre-service affiche une hausse de 1,4 % et le râpé libre-service une augmentation de 0,9 % (Secodip). Au début de cette année, le recul du PME s’est accentué, puisqu’en mars, le repli atteint 2,8 % par rapport au même mois de 2003, et sur l’ensemble du premier trimestre, 2,7 %.

Images positives

La recherche du prix bas, et donc la guerre des prix, est « un piège à éviter », plaide Michel Roche. L’une de ses craintes est qu’une telle stratégie puisse déboucher sur des problèmes de qualité. Et d’appuyer son propos sur une affirmation du spécialiste des marques Jean-Noël Kapferer, selon lequel c’est un problème de qualité qui a éloigné le consommateur du camembert. Or, certains se demandent aujourd’hui si l’emmental ne court pas le même risque de dérive qualitative, souligne le secrétaire général du syndicat. Parmi les raisons d’espérer, il met en avant le décret « sérieux » sur l’emmental français, qui a été revu en 2002 et qui donne satisfaction aux professionnels, mais aussi aux consommateurs. Alors que l’Allemagne envisage de pouvoir intégrer dans le fromage râpé 3 % d’amidon de pomme de terre ou de maïs, en France, le fromage « nature » est privilégié. Des images positives doivent être réanimées sur le marché français, fait valoir Michel Roche.