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Bio-raffinerie végétale Le XXIe siècle remplacera le pétrole par le végétal

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Technique très prometteuse, la raffinerie végétale, consistant à valoriser la plante entière pour fabriquer une multitude de molécules aujourd’hui fabriquées à partir du pétrole, est en pleine effervescence. C’est ce qui ressort des rencontres Agro-bio lors du forum Innovact qui s’est tenu à Reims début octobre. La région Champagne-Ardenne est très mobilisée sur ce dossier.

La bio-raffinerie, ou raffinerie végétale, qu’est-ce que c’est ? Il s’agit de reproduire pour le végétal le schéma du raffinage du pétrole. C’est-à-dire qu’à partir d’une matière première unique, en l’occurence la plante entière, on fractionne les composants par type de molécules (tensioactifs, solvants, polymères, agro-matériaux...), on les purifie et on les modifie pour différents usages et différents débouchés. La bio-raffinerie en est aujourd’hui à ses balbutiements. Ce thème a été largement développé lors des rencontres Agro-bio d’Innovact, le forum européen de la jeune entreprise innovante, qui s’est tenu du 5 au 7 octobre à Reims.

Près d’un siècle pour substituer le végétal au pétrole

La bio-raffinerie doit être souple, elle doit permettre, à terme de produire du carburant, mais aussi des plastiques, des parfums, de la lessive ou des médicaments. Mais il faudra des investissements très importants. Et il faudra aussi du temps pour substituer les produits d’origine agricole aux produits d’origine pétrochimique. « Il faut compter 50 à 80 ans pour développer la totalité des produits issus, par exemple, d’une plante entière de maïs », considère Régis de Baynast, co-président du CNRT Alternoval CNRT Alternoval : Centre national de recherche technologique, pôle d’excellence sur les nouvelles valorisations industrielles du végétal associant Europol’Agro en Champagne-Ardenne, Alternatech en Picardie, et le réseau Agroressources et biotechnologies de Midi-Pyrénées..

Convaincre les chimistes de la fiabilité des filières agricoles

Le premier frein est aujourd’hui économique. C’est pourquoi on peut s’attendre à ce que les premières molécules issues de la biomasse soient des produits hauts de gamme, tels que les résines ou les produits pharmaceutiques. « Mais ce frein est en train d’être levé dans la mesure où le prix du pétrole augmente, précise-t-il. Nous avons toujours considéré que la bio-industrie devient rentable quand le pétrole dépasse la barre des 40 dollar le baril. Nous sommes aujourd’hui à 50 $ ». Autre verrou à lever : « Le scepticisme des chimistes sur la fiabilité des approvisionnements en produits agricoles », souligne Yvon le Henaff, directeur d’ARD, société privée de recherche financées par des coopératives agricoles. C’est d’ailleurs exactement ce qu’a exprimé le chimiste Jean-Luc Guillaume, de la société américaine Dow Chemical : « La difficulté en terme d’approvisionnement en biomasse est d’avoir un produit constant en qualité et en volume». A cela Yvon le Henaff répond qu’à l’usine de Bazancourt, qui transforme 22 000 t de betteraves, on fabrique un sirop de sucre qui peut alimenter des usines toute l’année. « Même chose pour l’unité de transformation du blé qui travaille 360 jours par an et transforme 350 000 t de blé en glucose, en gluten ou en amidon », rassure-t-il.

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La biodégradabilité ne suffit pas pour vendre

Bref, pour l’instant, la bio-raffinerie n’emballe pas vraiment les chimistes. « La biomasse peut devenir un cauchemar car les molécules sont horriblement compliquées », illustre Jean-Luc Guillaume. On pourrait croire que l’image « environnementale » des bio-produits les avantage à coup sûr. Mais ce n’est pas vraiment le cas. « Même si les bio-produits se dégradent en CO2 et en eau au bout de quelques semaines, ce n’est pas suffisant pour vendre, insiste Yvon le Henaff d’ARD. Il faut que les bio-produits apportent un atout technique supplémentaire ». Il donne l’exemple des détergents biodégradables qu’ARD a développés dans le cadre de sa filiale Bioattitude : « Ces détergents sont plus efficaces que les détergents pétroliers pour les surfaces dures», illustre-t-il. La société les a notamment développés pour le nettoyage des nez d’avion.

Les Etats-Unis ont une longueur d’avance

La France et l’Europe ne doivent pas manquer le train des bio-raffineries. Bien que les Etats-Unis n’aient pas signé le protocole de Kyoto, ils sont déjà largement engagés dans la course, tant par les grandes sociétés privées, telles que Cargill, Dow Chemical et DuPont, que par les filières agricoles, notamment la filière maïs. La recherche est soutenue financièrement par les pouvoirs publics. Espérons que l’Europe prenne conscience de l’enjeu.