Grâce à son concurrent Lenôtre, Fauchon vient de trouver une issue à l’épineux problème de ses boutiques parisiennes.
Lenôtre et Fauchon ont annoncé la semaine dernière leur intention de conclure un protocole d’accord aux termes duquel neuf boutiques parisiennes ainsi que le laboratoire de production de Fresnes seraient cédés à Lenôtre.
Les nouveaux dirigeants de Fauchon se rangent donc à la raison en avouant l’échec de leur tentative de multiplier les points de vente à Paris alors qu’ils avaient repris les boutiques du groupe Flo fin 2002. Le traiteur de luxe cédera à Lenôtre (groupe Accor) neuf des douze boutiques ex-Flo Prestige acquises en novembre 2002 afin de se recentrer sur son site historique de la Madeleine.
« Tous les personnels concernés, à savoir 330 personnes, seront repris par Lenôtre, sans exception, avec la reprise intégrale de leurs avantages sociaux et leur ancienneté », a précisé Michel Ducros, président de Fauchon, lors d’une conférence de presse commune avec le p.-d.g. de Lenôtre, Patrick Scicard.
Cette opération représente « un recul significatif» et signifie « un recentrage sur nos sites historiques de la place de la Madeleine », a concédé M. Ducros. Alors que Fauchon avait déboursé 38 millions d’euros pour acquérir Flo Prestige, incluant l’activité plateaux repas reprise depuis par Fleury Michon, son accord avec Lenôtre va se traduire par une « moins-value importante », selon M. Ducros.
« Une fusion, c’est toujours difficile. Nous avons été désarmés devant cette masse de magasins que nous avons eu du mal à gérer et à rentabiliser. Je n’ai pas honte de dire que Lenôtre est plus capable de les gérer que nous », a-t-il reconnu.
Un rachat mal digéré
Après le rachat des boutiques du groupe Flo, Fauchon était devenu le leader français de l’épicerie fine. Mais cette absorption a été mal digérée par le groupe et a engendré 3,5 millions d’euros de pertes.
Fauchon reconnaissait être allé « un peu trop vite » en remplaçant les produits Flo par les produits Fauchon « sans crier gare », désorientant la clientèle. Certains magasins n’étaient pas rentables également en raison de leur emplacement. Deux ont ainsi été fermés (rue Saint Honoré et rue Lecourbe) tandis que celui de la rue d’Auteuil est en passe d’être vendu.
En dépit de cet « échec , cette opération va permettre à Fauchon – présent dans 27 pays, surtout au Japon – de « donner un coup d’accélérateur sur son développement à l’international », et de poursuivre la « rénovation des magasins de la place de la Madeleine que tout le monde attend ». L’investissement pour en doubler la surface d’ici 2007 devrait être d’environ 4 millions d’euros.
Fauchon espère revenir à l’équilibre d’exploitation et à un léger profit dès cette année grâce à cette cession, contre des pertes de 8 à 9 millions d’euros en 2004/05.
Belle opportunité pour Lenôtre
Le passage des boutiques à l’enseigne Lenôtre devrait intervenir au début de l’été, a précisé de son côté M. Scicard. « Notre vœu, c’est de prendre les clés le 1er juillet, de fermer les boutiques pendant 15 jours à trois semaines pour effectuer les travaux de rénovation et de décoration, de faire suivre aux salariés des programmes de mise aux standards de Lenôtre, et de rapidement redémarrer», a-t-il dit.
Au total, cette acquisition devrait permettre au chiffre d’affaires annuel de Lenôtre, avec désormais 17 points de vente à Paris, en plus d’une quarantaine à l’étranger, de passer de 91,6 millions d’euros en 2004 (avec un résultat courant de 2,5 M EUR) à 115 millions d’euros cette année, a-t-il assuré.
« Il a fallu à peine 15 minutes au comité d’entreprise » de Lenôtre pour donner son feu vert à la transaction, s’est félicité M. Scicard, assurant avoir « le soutien de Jean-Marc Espalioux (p.-d.g. d’Accor) et de Gérard Pélisson », co-président fondateur du groupe hôtelier français.
La maison Fauchon, créée en 1886, a été reprise en 1998 par Laurent Adamovicz, majoritaire, et divers investisseurs (dont Michel Ducros) et des fonds financiers comme Barclays Capital, Matignon Investissement. En 2004, Laurent Adamovicz a cédé ses parts et Michel Ducros, devenu majoritaire à 51%, a été nommé p.-d.g. Avec l’arrivée de deux nouveaux investisseurs (Compagnie du Bois Sauvage et Gonset Holding) en mars 2005, la société a été recapitalisée à hauteur de 12 M EUR, Michel Ducros conservant 35% du nouveau tour de table.