Finalisation du contrat socle avec la mise en place de l’assurance des prairies
Annoncé par Stéphane Le Foll en juillet 2014, le dispositif contrat socle d’assurance aura été finalisé à la fin de l’année 2015. Il vise à mutualiser les assurances récoltes à travers la généralisation d’un contrat d’assurance de base, non obligatoire, (critères : déclenchement des indemnisations à 30% de pertes, franchise de 30% pour toutes les productions sauf pour les prairies, 25%) financé jusqu’à 65% par les budgets européens. Une nouvelle venue dans l’assurance : l’assurance des prairies pour les éleveurs, qui indemnisera les déficits fourragers. Les céréaliers seront également concernés par cette réforme, le contrat socle présentant des caractéristiques différentes par rapport à l’assurance multirisques à laquelle ils pouvaient souscrire jusqu’alors.
Grands projets : Sivens rétréci, la ferme des 1000 vaches agrandie
Après deux années de controverses et de manifestations marquées par la mort de Rémi Fraisse le 26 octobre 2014, le projet initial de la retenue d’eau de Sivens a été annulé par arrêté signé le 25 décembre 2015 par le préfet du Tarn et son collègue du Tarn-et-Garonne. Cet acte officialise les recommandations émises par les experts du ministère de l’Ecologie courant 2015 de redimensionner, à la baisse, le projet. Les travaux du nouveau projet pourraient débuter d’ici deux à trois ans. A l’inverse, dans la Somme, le projet de Ferme de 1000 vaches – jusqu’ici bloqué à 500 vaches – est relancé. Le chef de projet a porté son troupeau à 800 vaches, mais sans l’autorisation de la préfecture, qui l’a mis en demeure de ramener le cheptel à 500 vaches. Une nouvelle bataille juridique débute, puisque le chef de projet s’estime dans son bon droit, et qu’il a par ailleurs déposé une demande d’extension de son autorisation à 880 vaches, pour laquelle une enquête publique vient de se terminer, et dont les conclusions sont attendues prochainement.
1er avril 2015, la fin des quotas laitiers
La fin des quotas laitiers au 1er avril 2015, un poisson d’avril ? Pas vraiment ! Mis en place en 1984, pour diminuer les excédents de production de lait en Europe, ils ont permis de contingenter la production durant près de trente ans et de maintenir un certain niveau de prix. La régulation avait également profité d’un accord interprofessionnel permettant aux trois maillons de la filière (producteurs, industriels, coopératives) de définir, chaque trimestre, la tendance d’évolution du prix du lait. Face à une demande mondiale en hausse et à une politique plus libérale de Bruxelles, avec la fin des quotas, l’année 2015 signe l’arrivée de la libre production de lait de la part des éleveurs. Seulement, en France, cette décision a été accueillie plutôt froidement par les producteurs dans un contexte de prix mondiaux excessivement bas, à l’inverse d’autres pays européens comme l’Irlande.
Les crises de l’élevage : le pays alerté
De premières manifestations dès le premier semestre, un mouvement amplifié durant l’été, un gouvernement mobilisé depuis le Palais de l’Elysée, un plan annoncé une fois puis renforcé le 3 septembre par Manuel Valls lui-même… les crises de l’élevage mais aussi d’autres productions agricoles auront marqué la France tout au long de l’été. LES crises, car il s’agissait tout autant des secteurs du lait, du porc que de la viande bovine qui étaient les plus touchés. De quoi susciter une grande surprise de la part des éleveurs à entendre les statisticiens annoncer une hausse moyenne de revenu lors de la commission des comptes de l’agriculture en décembre. Le plus préoccupant dans ces crises réside dans leurs causes. Il ne s’agit pas seulement des conséquences d’une baisse des prix de marché mais de l’impact d’un problème profond de compétitivité. Les produits de l’élevage dépendent de plus en plus de facteurs de production (main d’œuvre, intrants, énergie consommée ou produite, réglementations) pour lesquels les Français perdent chaque année du terrain. Si rien n’est durablement fait, ces crises risquent alors de se répéter.
L’exposition universelle de Milan : l’alimentation vedette mondiale
Du 1er mai au 31 octobre s’est tenu l’événement le plus considérable de la planète concernant la question alimentaire : l’Expo Universelle de Milan intitulée : « Nourrir la planète, énergie pour la vie ». L’occasion pour la France, via un beau pavillon tout en bois, de montrer son savoir-faire alimentaire, si ce n’est la diversité de son industrie agroalimentaire. Une industrie qui est restée relativement peu mobilisée par l’événement. Pour la France comme pour les autres pays, ces six mois auront surtout été l’occasion de réflexions multiples sur la conciliation entre deux objectifs : nourrir les populations de la planète en respectant celle-ci. Une recherche de développement durable qui préfigurait un des aspects de la Cop 21 tenue à la fin de l’année.
Elections MSA : Pascal Cormery prend la suite de Gérard Pelhâte à la tête de la CCMSA
31% des inscrits ont voté du 12 au 27 janvier 2015, à l’occasion du 18e scrutin de la Mutualité Sociale Agricole. Ainsi, 800000 adhérents de la MSA, qui pouvaient pour la première fois effectuer leur vote par internet, ont élu 24000 délégués cantonaux pour un mandat de cinq ans. Au 5 février, Gérard Pelhâte alors président en place de la CCMSA (qui ne se représentait pas), se disait satisfait de ce taux de participation et du caractère limité de l’érosion du nombre d’élus (25000 lors des élections précédentes). Le conseil d’administration de la Caisse centrale de MSA désignera ensuite, le 28 mai 2015, Pascal Cormery comme nouveau président de la CCMSA.
Le big data devient un sujet incontournable en agriculture
Bien que les experts du domaine s’accordent à dire que l’agriculture n’est pas encore entrée dans l’ère du big data, faute pour l’instant de données suffisamment abondantes, le sujet est sur toutes les lèvres depuis l’été 2015. Deux évènements auront contribué en juin et juillet à lancer les discussions : d’abord la levée de fonds de la start-up américaine Farmers business network (FBN), spécialiste de la collecte de données agricoles, qui fut marquée par la participation d’un fonds d’investissement du géant du numérique, Google. Le deuxième événement fut l’organisation en France, par l’Office parlementaire des choix technologiques (Opecst), d’une audition autour du «big data agricole» ; ce fut le premier événement public en France consacré à ce sujet. En fin d’année, la remise au ministre de l’Agriculture et à la secrétaire d’Etat chargée du numérique du rapport Agriculture Innovation 2025 a fini d’ancrer le sujet dans l’agenda agricole. Parmi les trente projets proposés dans le rapport, figurait la création d’une plateforme numérique, qu’Axelle Lemaire souhaite mettre en œuvre dès 2017.
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Réforme territoriale : les départements aligneront leur politique agricole sur les régions
La réforme territoriale va légèrement changer la façon de faire de la politique agricole en France. Le vote de la loi NOTRe, le 7 août, oblige, à partir de 2016, les départements à aligner leur politique agricole sur celle de leur région de rattachement. Le texte retire aux conseils départementaux toute possibilité d’intervenir financièrement dans le domaine de l’économie, à plusieurs exceptions près parmi lesquelles l’agriculture. Mais les départements qui veulent continuer de soutenir financièrement leur agriculture devront, à partir de 2016, en passer par une convention signée avec la région, ou venir en complément d’une action régionale déjà existante. Suite à cette décision, le Morbihan a décidé de ne plus consacrer d’argent à l’agriculture, à partir de janvier 2016. Par ailleurs, le deuxième volet de la réforme territoriale, la loi sur la nouvelle délimitation des régions – passage de 22 à 13 régions métropolitaines – modifie la hiérarchie des régions en agriculture. Aquitaine Limousin Poitou-Charentes devient la première région agricole de France, au regard de son PIB agricole, de la valeur de sa production, de l'emploi et du nombre d'exploitations présentes sur son territoire. Faute de s'agrandir, les régions Bretagne et Pays de Loire reculent dans ce classement.
2015 : l’année d’un accord sur le climat historique dans le cadre de la COP21
Le 12 décembre 2015, 195 pays de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques ont signé un accord historique sur le climat à Paris. Il prévoit de limiter le réchauffement de la planète « bien au-dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels » à l’horizon 2100. En outre, il prévoit même de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C ». Pour la première fois, l’accord oblige à communiquer et à réviser, tous les cinq ans, les contributions nationales aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre à partir de 2020. Néanmoins, il n’y aura pas de sanctions en cas de manquements aux engagements. L’accord, pour la première fois encore, met sur un pied d’égalité l’adaptation et l’atténuation. C’est une avancée majeure : l’adaptation étant jusque-là, l’enfant pauvre du financement des projets climat. En outre, le financement climat ne pourra pas descendre en-dessous des 100 Mrd de dollars par an. Enfin, l’accord reconnaît les puits de carbone. Autrement dit : il encourage la conservation de l’agriculture et de la forêt au titre de stockeurs de carbone.
Les prix encore bas des grandes cultures
Hormis le maïs, une offre abondante pèse sur les prix des grandes cultures. En blé tendre, la production française marque un record de 41 Mt, à l’image du niveau historique de la récolte mondiale à 735 Mt qui succède à deux années exceptionnelles. Du coup, les prix ont stagné sur l’année. Une bonne nouvelle pour les éleveurs aux animaux consommateurs d’aliments du bétail mais une mauvaise nouvelle pour les céréaliers. La situation paraît davantage nuancée côté oléagineux : « Les cours du tournesol et du colza sont mieux orientés que ceux du soja », note Agreste le 15 décembre dans un bilan conjoncturel 2015. Pour les betteraves, une éclaircie se profile après avoir touché le fond en 2014-15 à 23,2 euros/t de moyenne. Le prix mondial du sucre se raffermit en cette fin d’année, avec la perspective d’un déficit de production en 2015-16.
Elections régionales : la ruralité se sent abandonnée
Comme prévu, les élections régionales ont permis de constater une poussée de l’extrême droite dans le corps électoral. Mais cette poussée a été moins observée dans les milieux urbains sensibles aux problèmes de sécurité que dans les zones rurales peu concernées par le terrorisme ou l’immigration, les deux thèmes chers au Front National. Les habitants des zones rurales s’y sentent en effet délaissés par les citadins qui gouvernement le pays. Le chômage y est aussi présent qu’en ville, les services publics, le commerce, l’industrie y disparaissent tandis que les technologies modernes comme l’Internet à haut débit tardent à venir. La ruralité est sérieusement en manque d’une politique qui la réconcilie avec le pays.
Ecophyto 2 sur les rails
Le gouvernement a présenté le 26 octobre Ecophyto 2. Une nouvelle version du plan qui réaffirme l’objectif d’abaisser de 50 % le recours aux produits phytosanitaires en dix ans : -25 % d’ici à 2020 et -25 % supplémentaires à l’horizon 2025. Le principal défi est de diffuser largement les techniques et systèmes économes et performants qui ont fait leurs preuves chez quelques-uns. C’est aussi d’encourager la mutation des systèmes de production vers des alternatives aux phytos, notamment par le biocontrôle et les agroéquipements. Des Certificats d’économie de produits phytos seront expérimentés à partir du 1er juillet 2016.
La gamme étendue des logos « de France », argument favori de Stéphane Le Foll
Nouveaux logos et sur-médiatisation des sigles déjà créés, le « made in France » aura été au cœur de l’actualité en 2015. Avec le label « Fleurs de France » inauguré par Stéphane Le Foll à Rungis en mai 2015 et les logos « Fruits et légumes de France » et « Pomme de terre de France », officiellement présentés le 20 octobre, ce ne sont pas moins de quinze produits qui possèdent désormais leur tampon « de France ». Bon outil pour valoriser le savoir-faire français selon certains, ultime manœuvre communicationnelle preuve de l’impuissance du ministre de l’Agriculture pour les autres, les logos « de France » ont été promus par Stéphane Le Foll, qui n’effectuait plus aucune sortie médiatique sans ce badge au plus fort de la crise de l’élevage cet été. A tel point que la préférence communautaire a fini par poser question vis-à-vis du respect du droit européen. Stéphane Le Foll avait alors rappelé, le 30 juillet, que la démarche de promotion de la viande française à travers le logo « Viandes de France » visait à « valoriser » la production française, sans être en contradiction avec le libre échange au sein de l’Union Européenne.
FCO, grippe aviaire, Xylella : le retour des crises sanitaires
Après une année 2014 relativement préservée, les crises sanitaires ont fait leur retour en 2015 dans la ferme France. Xylella Fastidiosa, la bactérie qui sévit sur les cultures d’olivier de la région des Pouilles (Italie) depuis 2013, a été identifiée en Corse le 22 juillet, puis sur le continent (Alpes Maritimes, Var) à partir d’octobre. Heureusement, la bactérie identifiée est issue de la sous-espèce multiplex, qui ne touche que les polygales à feuille de myrte (arbustes), et pas les oliviers. Quelques semaines plus tard, le monde de l’élevage a vu le retour de deux maladies redoutées. La FCO, dont la France était déclarée indemne depuis 2012 est réapparue dans l’Allier, avant de s’étendre sur près de quinze départements du centre de la France. Pour la première fois, le Sommet de l’élevage de Cournon s’est tenu sans bovins. Fin novembre, c’est la grippe aviaire qui a fait son retour, dans un élevage de Dordogne. Une souche hautement pathogène mais non dangereuse pour l’homme, probablement issue d’une mutation, a été détectée dans un élevage familial. Depuis, 63 foyers, liés à des souches de la même famille, ont été détectés dans six départements du Sud-Ouest.