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Le salon biannuel Vinisud (22-24 février), qui vient de se clore à Montpellier, consacre une nouvelle fois l’émergence d’une offre de vins à faible degré malgré ou à cause du réchauffement climatique qui facilite la production de vins à fort degré alcoolique.
Le phénomène n’est pas nouveau : des entreprises pionnières comme les caves de Plaimont et de Rabastens s’étaient lancées dans l’aventure des vins à faible degré. Cela s’était fait au grand dam de leurs œnologues éduqués pour élaborer des vins puissants et charpentés. Si cette gamme de vins baptisés « Vin de soif » n’a pas eu les lendemains espérés, elle a initié un segment et pointé un marché qui se développe principalement dans les pays où les taxes sur le vin sont fortes et assujetties au degré. Cette tendance de fond a été bien illustrée au salon Vinisud. Le mouvement est maintenant bien lancé. C’est ainsi que la grande distribution britannique propose dorénavant pléthore de vins partiellement désalcoolisés du Nouveau monde à 9°, 10° ou 11°, idem aux Pays-Bas où la demande porte sur des produits à moins de 9° et qui n’ont donc plus le droit de s’appeler « vin » selon les normes européennes.
Restrictions règlementaires
La France souffre de ce point de vue de l’interdiction de désalcooliser de plus de 2° ce qui réduit les possibilités du Languedoc-Roussillon, principal fournisseur de ce type de vins et dont le climat permet naturellement de produire des vins à plus de 13°. Le Domaine de la Colombette, pionnier de la désalcoolisation partielle, annonce néanmoins un objectif de 600 000 cols commercialisés cette année dont la moitié à l’export. Sa gamme Plume devrait d’ailleurs être augmentée d’un vin biologique si la réglementation sur la vinification bio en cours d’élaboration à Bruxelles le permet. Le challenger de ce pionnier est également une PME, PH Wines, fondée par l’œnologue Pierrick Harang, qui prévoit de commercialiser 100 000 cols cette année grâce à un référencement national Auchan et de très beaux commentaires de Jancis Robinson au Royaume-Uni. Sa principale différence consiste à proposer des vins naturellement faibles en alcool qui, avec 11°, restent proches de ce qu’est un vin et ce qu’il induit dans l’esprit du consommateur.
Les grands opérateurs encore peu présents
Paradoxalement, les grands opérateurs du vignoble n’avaient que peu investi ce segment à l’exception des Vignobles Foncalieu et de Chantovent dont les offres présentées lors de Vinisud 2008 ont dû être corrigées pour réapparaître à Vinisud 2010 sous une autre forme. Elles vont se confronter aux offres de nouveaux intervenants, les Domaines Auriol avec leur gamme So’Light qui s’annonce aussi faible en degrés qu’en calories, le Val d’Orbieu avec sa gamme Libellule à 10,5° et qui envisage une redéfinition du produit à 9° afin de répondre aux appels d’offres internationaux et la cave Anne de Joyeuse (Limoux) qui lance « Social Club N°10 » une gamme de trois vin de pays d’Oc à 10,5°.
Les vins à faible degré ne représentent encore qu’une très faible part de la production française, mais celle-ci pourrait progresser si, comme on le craint, l’étiquetage des calories devient obligatoire pour les vins en Europe.