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HUILES/ALIMENTATION Les huiles minérales dans les emballages alimentaires : un nouveau scandale ?

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En octobre 2015, Foodwatch, organisation à but non lucratif, avait tiré la sonnette d’alarme après avoir fait tester 120 aliments secs emballés dans du papier ou du carton (comme le riz et les corn flakes) et montré que plus de 80 % de ces produits, commercialisés dans 3 États membres, contenaient des traces d’huiles minérales. Leclerc s’en est fait l’écho récemment. Mais le sujet ne se résume pas à prendre position pour ou contre les huiles minérales…

Il convient de rappeler que les huiles minérales sont principalement obtenues par distillation, extraction et autres procédés de conversion des huiles minérales brutes et/ou de produits synthétiques dérivés du charbon, du gaz naturel ou de la biomasse.

Les consommateurs sont exposés à ces substances via l’alimentation, mais aussi via d’autres sources, comme, par exemple, les baumes pour les lèvres ou les lotions corporelles. Aussi la contamination des aliments par les huiles minérales est connue depuis longtemps, car on retrouve des traces d’huiles minérales dans presque tous les aliments, mais à des degrés divers. De surcroît, chaque huile minérale est un mélange complexe de chaînes hydrocarbonées différentes ce qui explique que leur profil technologique et toxicologique varie.

Ces substances complexes peuvent néanmoins être classées en deux catégories, les MOSH (« mineral oil saturated hydrocarbons » ou hydrocarbures saturés) et MOAH (« mineral oil aromatic hydrocarbons » ou hydrocarbures aromatiques). Dans un avis publié en 2013, l’EFSA a estimé que l’exposition aux MOSH était potentiellement problématique, ces huiles pouvant, en effet, être absorbées et induire des effets indésirables pour le foie. Concernant les MOAH, l’EFSA a conclu que l’exposition à ces substances pouvait être « potentiellement préoccupante », aux motifs que certains MOAH peuvent être mutagènes et cancérigènes.

Mais aucune conclusion quantitative générale n’a été prise et les données d’analyse semblent, encore aujourd’hui, insuffisantes pour déterminer des seuils. Il faut encore ajouter à cela, les difficultés à détecter ces traces d’huiles.

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Par suite, les huiles minérales continuent à être largement utilisées dans l’industrie alimentaire. Leur présence dans les aliments peut être accidentelle (due à des migrations de certains matériaux d’emballage, des pertes de lubrifiants, ou encore à l’utilisation de pesticides en contenant), mais elle est également intentionnelle, par exemple, l’usage d’auxiliaires technologiques ou d’additifs, comme le E 905 ou cire microcristalline, utilisée comme agent d’enrobage de certains fruits tropicaux). Les huiles minérales autorisées comme additif alimentaire sont des huiles minérales blanches de haute viscosité, exempte de MOAH, pour lesquelles une dose journalière acceptable (DJA) de 12 mg/kg de poids corporel et par jour a été établie par l’EFSA en 2009.

Il n’existe pas encore de législation limitant la présence des huiles minérales dans les aliments. Seules quelques initiatives, et au stade de projet peuvent être citées.

Ainsi, le Ministère fédéral allemand pour l’alimentation, l’agriculture et la protection des consommateurs travaille depuis plusieurs années sur deux projets de textes législatifs, l’un sur des limites maximales pour les MOSH et les MOAH dans les matériaux d’emballage à base de papier recyclé, l’autre sur l’interdiction de l’utilisation d’encres contenant des huiles minérales sur les matériaux d’emballage.

De son côté, la Commission européenne, dans le but de mieux cerner l’ampleur du problème, travaille sur une recommandation concernant le monitoring des huiles minérales dans les aliments et les matériaux d’emballages. En d’autres termes, la problématique de présence d’huiles minérales dans l’alimentation, ne relève pas d’une fraude ou d’une mauvaise volonté des industriels. C’est, certes, un sujet « à suivre ». Mais, dans le contexte ainsi décrit, l’initiative de Leclerc qui crie au loup, apparaît davantage comme un « coup marketing » plutôt qu’un « scoop santé ».