Le développement des légumineuses se heurte au « verrouillage du système », a souligné le 26 mai l’Inra, appelant à des évolutions dans les politiques publiques et la production. Si l’institut voit un « retour en grâce » des protéines végétales, des leviers d’action reste actionner.
« Il y a un verrouillage du système alimentaire » préjudiciable à la culture des légumineuses, a déclaré l’économiste Marie-Benoît Magrini. "Les politiques publiques doivent tenir compte du différentiel de compétitivité par rapport aux espèces majeures, afin que les producteurs diversifient leur assolement. »
Les légumineuses pèsent moins de 2 % des surfaces en grandes cultures, souligne l’Inra. Elles affichent une consommation de seulement 1,4 kilo par habitant et par an. Mais l’institut voit « un retour en grâce des protéines végétales », les haricots, lentilles ou pois répondant aux enjeux pour « une agriculture et une alimentation durable ». À condition de lever certains verrous.
Au Canada, les légumineuses sont « classées en éléments protéiques et pas comme féculents qui ont une connotation pas toujours positive d’aliments riches en sucre », a relevé l’économiste. Les règles françaises d’étiquetage représentent un obstacle, d’après elle. Exemple avec les pâtes alimentaires, dont la dénomination est réservée au blé dur, et en charcuterie, où ce qui n’est pas à base de viande doit s’appeler « préparation ».
Des leviers d’action existent aussi côté production. « Le premier frein à la culture des légumineuses est économique », a dit Marie-Benoît Magrini à partir d’une enquête chez les agriculteurs, en notant que leurs prix n’intègrent pas les bénéfices environnementaux obtenus.
Un problème de construction du prix
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L’Inra considère les très fortes interactions entre les différentes cultures. « La légumineuse permet d’économiser l’azote sur le blé par exemple, mais l’augmentation de marge est attribuée à la céréale, selon Marie-Benoit Magrini. Il faudrait plutôt faire une comptabilité analytique, avec un calcul interannuel à l’échelle de toutes les cultures. »
L’économiste soutient qu’il existe un « problème de construction du prix sur le marché ». « L’Europe a beaucoup investi dans les céréales après la seconde guerre mondiale, à l’inverse des États-Unis qui se sont tournés vers le soja. Les légumineuses sont ainsi confrontées à un écart de compétitivité avec les cultures majeures. »
Le débouché principal des légumineuses est constitué par l’alimentation animale, où une forte concurrence existe avec les céréales. « Ce qui décide de leur utilisation par les fabricants, c’est le rapport de prix entre le blé et le soja », expose Marie-Benoit Magrini. Un problème qui devrait être « une incitation à développer les légumineuses dans l’alimentation humaine où les débouchés sont plus stables et les investissements peuvent être relancés ».
Le 1er frein à la culture des légumineuses est économique, selon une enquête de l’Inra