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Profils nutritionnels Les PME de la boulangerie dénoncent le danger « d’uniformisation des traditions européennes »

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Henri Wagener, président de la Confédération européenne des organisations nationales de la boulangerie et de la pâtisserie (CEBP), a redit – lors de la dernière assemblée générale de son organisation – tout le mal qu’il pense du projet de profilage nutritionnel des aliments, prévu dans le règlement européen sur les « allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires ». « Stigmatiser le pain, comme source de tous les malheurs, me semble exagéré et tout-à-fait à côté du débat. La solution aux problèmes d’obésité réside dans une alimentation équilibrée en adéquation avec l’activité physique de chacun ». Le président de la CEBP en veut notamment aux dispositions relatives à la quantité de sel utilisée découlant des profils nutritionnels qui, dit-il, « limitent considérablement la liberté de créer du boulanger et portent une grave atteinte à la diversité du goût ».

« Tout est permis en alimentation, même les petites folies en pâtisserie, à condition toutefois de respecter les quantités et la bonne humeur. Ne nous laissons pas induire en erreur par des campagnes nutritionnelles éphémères, qui en fin de compte, ne profitent qu’aux seuls comptes en banque de leur instigateurs ». Visiblement remonté contre le projet de réglementation de Bruxelles sur les profils nutritionnels, Henri Wagener, le président luxembourgeois de la CEBP, explique à Agra Alimentation qu’avec des textes tels que le règlement relatif aux allégations nutritionnelles et de santé sur les denrées alimentaires, « la Commission européenne entend bien uniformiser la quantité de sel présente dans toutes les variétés de pain vendues aux quatre coins de l’Union européenne ». Selon lui, le projet des profils nutritionnels « va à l’encontre de la diversité des produits de boulangerie et des traditions culinaires européennes auxquelles les Européens restent attachés ». A ses yeux, il est clair que ce sont « les modes de vie sédentaires et la facilité d’accès aux produits alimentaires qui sont une des causes principales de l’excès de poids constaté dans nos populations et des difficultés pour la santé que cela entraîne ». Henri Wagener n’hésite pas à montrer du doigt « les principaux opposants aux traditions européennes » qui seraient, selon lui, « les fonctionnaires de la DG Sanco, dont les positions restent inchangées sur cette question depuis 2009 ! ». Et, à le croire, les boulangers ne seraient pas seuls dans la bataille car, précise-t-il, « une grande majorité des consommateurs amateurs de bon pain nous soutiennent dans nos démarches auprès des institutions européennes». Sans oublier aussi que la CEBP « représente les PME de la boulangerie etpâtisserie au sein de l’Union européenne avec plus de 195 000 entreprises qui emploient directement ou indirectement quelque 1 900 000 de personnes ».
 
Contre le « pain fade » de la Commission européenne...
En s’opposant au projet d’établissement de « profils nutritionnels », les PME de la boulangerie européenne disent refuser, au sens propre du terme, « le pain fade de la Commission européenne dont la généralisation sonnerait le glas de la tradition boulangère ». Les responsables de la CEBP citent l’exemple de l’Allemagne qui compterait à elle seule plus de 300 sortes de pain. « S’il devait respecter la quantité de sel imposée par le législateur européen, le boulanger traditionnel, qui se démarque par la qualité de sa recette originale, perdrait alors sa créativité et sa liberté individuelle. Alors que c’est justement en raison de la diversité de ses traditions boulangères et pâtissières que l’Europe est unique », s’insurgent les boulangers européens. Pire : ils estiment que l’utilisation de profils nutritionnels aurait pour principale conséquence « de dérouter le consommateur et de le tromper sur la qualité réelle du pain », car disent-ils, « du jour au lendemain, on lui présenterait comme suspect et nuisible à sa santé le pain qu’il achète et auquel il fait confiance depuis toujours ». Aux yeux des responsables de la CEBP il est impératif « d’éviter les pièges qui consistent à manipuler le goût des consommateurs et à manœuvrer les saveurs des produits européens » et que c’est une « consommation équilibrée et le choix de produits frais qui seraient les garants d’une alimentation saine ». Ils refusent toute atteinte aux traditions de panification séculaires du continent européen car, disent-ils, « le secteur de l’alimentation en Europe a survécu à toutes formes de pouvoir : monarchie, dictature et démocratie, mais durant tous ces siècles, aucun gouvernement n’a essayé d’abolir la liberté de création des boulangers avec autant de détermination que la Commission européenne.... ».

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