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Apiculture Les producteurs de miel se félicitent de l’interdiction du Cruiser

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« La décision du ministre de l’Agriculture de vouloir interdire le pesticide Cruiser est tout sauf une surprise pour nous, car ce pesticide avait obtenu jusqu’alors des homologations qu’il n’aurait jamais dû recevoir ». Bernard Saubot, directeur des achats et du développement apicole de la société familiale Famille Michaud, leader national du marché du miel, se félicite de cette décision, mais se veut toutefois prudent car le groupe suisse Syngenta, fabricant de ce pesticide a jusqu’au 15 juin, conformément à la procédure contradictoire réglementaire, pour faire part de ses observations et contester la décision du ministre. Ce qu’il fera, selon toute vraisemblance, car dans un communiqué du 1er juin, immédiatement après l’annonce ministérielle, il dénonçait « une décision qui prend pour prétexte une seule expérience non validée et très éloignée de la pratique agricole et s’emploiera à défendre ses Autorisations de mise sur le marché ».

Forte baisse de la production
Bernard Saubot fait également remarquer que cette suspension s’applique uniquement au colza et regrette cette demi-mesure qui devrait être étendue à toutes les cultures et à l’ensemble des pesticides de la famille des néocotinoïdes. « L’Italie a pris une décision plus radicale que la France en supprimant l’usage de tous ce type de pesticides ». Il ne conteste pas l’argument soulevé par Syngenta que les doses utilisées dans l’étude scientifique menée par l’Inra sont largement au dessus des normes rencontrées dans la pratique. Mais il juge que ces doses, même subléthales, « si elles ne prononcent pas un arrêt de mort immédiat, affectent considérablement l’état de santé des colonies et perturbent le travail de la reine ». En 15 ans, la production française est tombée de 34 000 tonnes à 17 000 tonnes. À quantité de ruches égale, la production a été divisée par deux. En conséquence, la part des importations qui était de seulement un tiers est passée à deux tiers, soit une inversion totale. La décision prise par le ministre ne devrait guère changer la donne pour cette année, « les abeilles ayant pris leur dose », constate, fataliste, Bernard Saubot. Les effets pervers du produit peuvent également perdurer car il est autorisé sur d’autres cultures et on ne peut présumer de sa rémanence. On pourrait encore le rencontrer pendant 3 à 4 ans dans les sols qui se lessivent peu. Pour lui, par delà le cas du Cruiser, c’est l’ensemble du process des homologations qui devrait être revu, car il comporte de nombreuses lacunes. L’Union nationale de l’apiculture française est sur la même longueur d’onde. Elle demande d’élargir cette interdiction au maïs et fait valoir que l’Italie qui l’a fait dès 2008 a vu le taux de mortalité de 37,5 % constaté sur la période 2007-2008, avant l’interdiction, tomber à 15% pour la période 2010-2011, sans que les rendements des maïsiculteurs ne diminuent. Dans le même temps, les mortalités d’abeilles sont de 30% en moyenne dans les autres pays de l’UE.