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Pays en développement et politiques agricoles Les recommandations de l’OCDE pour lutter contre la pauvreté

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Selon un rapport de l’OCDE, les politiques agricoles des pays en développement doivent, pour lutter contre la pauvreté, viser à améliorer la compétitivité du secteur, aider les ménages à diversifier leurs sources de revenus et faciliter la transition de la main-d’œuvre vers des emplois non agricoles mieux rémunérés. En revanche, les interventions sur les marchés ne devraient être que des solutions de dernier recours.

L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a présenté le 2 mars, à l’occasion d’un colloque tenu à Londres, un rapport intitulé Politiques agricoles et réduction de la pauvreté et formulant une série de recommandations à destination des gouvernements des pays en développement qui, selon elle, doivent accepter que la multiplication des opportunités conduira de nombreux petits exploitants à quitter le secteur agricole.
Ces pays sont ainsi invités à faciliter un tel ajustement au lieu de le freiner, plus précisément à renforcer les opportunités offertes aux agriculteurs aptes à développer une activité commerciale dans le secteur agricole tout en veillant à assurer un développement équilibré permettant « de tirer la main-d’œuvre – et non de la pousser – hors du secteur agricole ».

Le changement structurel peut aller très vite
Bon nombre des mesures nécessaires pour réduire la pauvreté sont extérieures au secteur agricole, soulignent également les auteurs de l’étude, qui citent en premier lieu l’amélioration de l’éducation et des soins de santé primaires dans les campagnes. Selon eux, tout aussi importante est l’instauration d’un climat général propice à l’investissement, qui implique une situation de paix et de stabilité politique, une saine gestion macroéconomique, des institutions fortes et une bonne gouvernance.
Il peut s’avérer difficile de créer des opportunités hors du secteur agricole, reconnaît le rapport, tout en affirmant qu’une fois les premiers obstacles à la diversification économique franchis, le changement structurel peut aller très vite.
Exemple : en Corée, la part de l’emploi agricole dans l’emploi total est tombée de 40 % à 16 % en à peine 14 ans durant la période 1977-1991, alors qu’il a fallu 53 ans aux Etats-Unis et 68 ans au Royaume Uni pour opérer une telle transition.
Les interventions sur les marchés, dernier recours
L’étude de l’OCDE indique que, en revanche, les interventions sur les marchés, par le biais de mécanismes de soutien des prix et d’aides aux intrants notamment, ne doivent être que des solutions de dernier recours car elles s’attaquent aux symptômes et non aux causes du sous-développement. En effet, ces interventions ne seraient jamais aussi efficaces que des programmes sociaux ciblés pour assurer la protection des revenus.
Cependant, admet le rapport, dans les pays les plus pauvres où les institutions sont moins développées, et où les marchés ne peuvent fonctionner faute de crédit et d’informations commerciales de qualité, de telles mesures pourraient parfois se justifier. Les gouvernements pourraient ainsi intervenir pour contenir les effets des fluctuations extrêmes de prix sur les producteurs et les consommateurs et pour stimuler les marchés agricoles en offrant des aides stratégiques aux semences et aux engrais.
Reste que, selon les auteurs, les interventions sur les marchés représentent souvent une contrainte budgétaire qui ne peut s’inscrire dans la durée. C’est pourquoi, précisent-ils, les gouvernements qui y recourent doivent simultanément mettre en œuvre des politiques potentiellement plus productives à long terme, notamment en renforçant les investissements dans des biens publics, tels que la recherche agronomique et l’infrastructure rurale, et en instaurant des dispositifs d’aide sociale ciblés pour protéger les revenus.