Entre 500 et 300 personnes se sont retrouvées le 6 février devant le siège européen de Coca-Cola pour manifester contre une restructuration annoncée par le groupe. Venus de Belgique, Luxembourg, d’Angleterre ou de Hollande, des syndicalistes européens se sont joints aux Français pour faire entendre leurs inquiétudes. Certains d’entre eux ont estimé que 600 emplois allaient disparaître en Europe. Dans l’Hexagone, deux sites de production vont être fermés, et la suppression de 142 postes ne devrait se traduire que par une quarantaine de licenciements. Par ailleurs, le numéro un mondial des boissons non-alcoolisées vient d’annoncer un bénéfice net quasi stable pour son exercice 2005 à 4,87 milliards de dollars.
Evènement sans précédent, la grogne des salariés de Coca-cola s’est transformée en mouvement européen. Belges, Anglais, Hollandais, Luxembourgeois ou Français, 500 personnes selon les syndicats – 300 selon la police – se sont retrouvées le 6 février à Issy-les-Moulineaux, devant le siège européen de la firme, pour protester contre les restructurations annoncées. Souhaitant réduire son parc industriel en Europe, le géant américain des boissons gazeuses annonce d’inévitables suppressions de postes, qui ne sont évidemment pas du goût des syndicats. Organisée par la fédération européenne de l’alimentation (EFFAT), cette « euromanifestation » a rassemblé des militants des syndicats belges CSC et FGTB, britanniques d’Amicus et TNG, luxembourgeois de l’OGBL, et aussi des Français à l’appel de la CGT, de la CFDT et de FO. Certains d’entre eux ont estimé que 600 emplois allaient disparaître en Europe à l’occasion de ces restructurations. « Nous avons des messages de Grèce ou d’Allemagne où l’on parle de la suppression de 4 000 emplois», a affirmé Marcello Ris, du comité d’entreprise européen de Coca-Cola.
2% de la masse salariale réduite en France
Coca-Cola Entreprise (CCE) avait en effet présenté le 1er décembre dernier en comité central d’entreprise un « projet de redéploiement logistique et commercial » qui « sera conduit de façon progressive sur une période de 2 ans et s’achèvera fin 2007 ». Concernant l’Hexagone, où la société réalise 1,4 milliard de chiffre d’affaires, ce plan prévoit la fermeture de deux sites de production, à Combs-la-Ville, en Seine-et-Marne, et à Salon-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône. 142 emplois devraient ainsi être supprimés, sur 2 330 salariés. Mais selon la direction du groupe, « le projet ne donnerait lieu à aucun licenciement sec, et n’impliquerait qu’une réduction nette de 42 emplois, soit moins de 2 % des effectifs totaux », puisque le groupe compte par ailleurs reconvertir une centaine de salariés sur de nouveaux postes. Coca-Cola indique s’être « d’ores et déjà engagé à ce que chaque salarié se voit proposer une solution », et aurait identifié 104 postes qui donneraient lieu à un reclassement en interne.
« Une logique purement financière »
Cette perspective ne satisfait pas pour autant les syndicats : « Il n’y aura pas d’effets mécaniques de redéploiement des postes», analyse Stéphane Lardy, délégué FGTA-FO pour l’agroalimentaire. « Vous ne pouvez pas proposer à un cariste de devenir commercial», renchérit Christian Jurcenoks, délégué CFDT.
Reste le fond du problème. La FGTA-FO souligne « le caractère injustifié de ce plan social » : « Un rapport d’expert-comptable déposé le 3 février en comité d’entreprise, sévère pour la direction, a démontré une logique de gestion purement financière », explique Stéphane Lardy. « La direction européenne cherche juste à donner des gages à la maison mère », ajoute-t-il. Pour sa part, Coca-Cola tient à souligner qu’en « 2006, le total de (ses) investissements en France sera d’au moins 30 millions d’euros », et que « sur les 3 prochaines années, les prévisions d’investissements en France sont de plus de 115 millions d’euros », précisant que « 95 % des boissons commercialisées en France par Coca-Cola sont produites localement ».
Les syndicalistes attendent désormais le prochain comité central d’entreprise exceptionnel, qui doit se tenir le 14 février prochain, pour « voir les nouvelles propositions de la direction ». Pour faire bouger les choses, ils entrevoient la possibilité de se rendre en mars aux Etats-Unis, à Atlanta, pour rencontrer la direction générale de Coca-Cola. Même si, comme le reconnaît Stéphane Lardy, « il y a une pression très forte sur les salariés, et nous ne cachons pas qu’il est difficile de mobiliser. »