Après une année 2020 en recul de 8,3 %, les valeurs de l’agroalimentaire européennes réunies au sein de l’indice IAA 80 d’Unigrains affichent une belle hausse de 16,5 % sur 2021. Un mouvement qui a principalement bénéficié aux valeurs « Boisson », celles du sous-indice « Food » restant encore à la traîne, malgré un rebond au quatrième trimestre. Les experts d’Unigrains s’attendent à ce que l'année 2022 soit plus compliquée, en raison d’un contexte inflationniste tendu.
Le coup d’arrêt observé en Bourse pour les valeurs agroalimentaires au troisième trimestre 2021 a été sans conséquence sur leurs performances annuelles (Agra Alimentation du 27 octobre 2022). L’indice IAA 80 établi par Unigrains (1) a terminé l’année écoulée sur un rebond de 16,5 %. Il avait reculé de 8,3 % en 2020. « L’IAA 80 a rebondi avec l’économie en général et les bénéfices de ses entreprises en particulier, stimulés par les mesures de relance budgétaire au niveau européen, la forte amélioration du contrôle du risque sanitaire et un certain retour à la normale des dépenses de consommation », explique l’analyste d’Unigrains. La politique monétaire très accommodante de la BCE a en outre été favorable aux actions par rapport aux obligations.
Sur le seul quatrième trimestre, l’IAA 80 s’est fortement redressé (+11,3 %), faisant mieux que l’indice MSCI Europe (+7,8 %) sur la période. Mais sur l’ensemble de l’année, le MSCI Europe conserve son avance, avec une performance annuelle de 22,4 % soutenue par le redémarrage de l’économie qui a profité aux valeurs cycliques plus affectées par la pandémie. « La moindre croissance de l’IAA 80 est donc directement le reflet de son caractère défensif, et non d’une santé opérationnelle et financière moins solide », rappelle Unigrains. Le CAC 40 gagne quant à lui 28 % sur l’année passée.
Au sein de l’IAA 80, les valeurs du segment « Boisson » (1) se sont particulièrement bien comportées, soutenues « par la réouverture franche des lieux de consommation hors-domicile », est-il encore indiqué. La palme revient au sous-secteur Vins & Spiritueux qui progresse de 49,6 %, alors que celui des Brasserie reste atone, malgré un retournement positif sur les trois derniers mois de 2021.
Un quatrième trimestre 2021 inégal
Au quatrième trimestre, le sous-indice des valeurs « Boissons » (+14,3 %) a surperformé celui des valeurs « Food » (+9,4 %) en dépit d'un redressement en fin d’année, influencé « principalement par ses trois plus grosses valeurs ». Ainsi, si Nestlé, avec une hausse de 18,7 % sur ce trimestre « tracte l’ensemble », en revanche les performances de Danone (-6,1 %) et Unilever (+0,5 %) restent très médiocres. « Les investisseurs attendent toujours des deux géants qu’ils parviennent à relancer durablement leur croissance », souligne l’analyste.
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Du côté des valeurs françaises réunies dans le sous-indice FR13, et toujours sur les trois derniers mois de l’année, la bonne tenue de Pernod Ricard (+11,3 %) et Rémy Cointreau (+31,8 %) n’a pas permis de compenser les faiblesses de Danone (-6,1 %) et plus largement la morosité des valeurs « Food ». « Moins internationalisées, les entreprises du sous-secteur alimentaire pâtissent des inquiétudes des investisseurs quant à leur capacité à répercuter efficacement la hausse de leurs coûts de production sur leurs clients, dans un contexte de négociations commerciales avec la grande distribution électrisées par la forte pression inflationniste et la mise en œuvre laborieuses d’Egalim2 », explique l’analyste d’Unigrains.
Quid pour 2022 ?
Si 2021 a donc été une année particulièrement flatteuse pour la Bourse, l’année qui vient de démarrer pourrait être plus compliquée. Unigrains prévient que « 2022 devrait se montrer moins propice avec le changement de cap des politiques monétaires de part et d’autre de l’Atlantique, et une croissance économique revue à la baisse principalement aux États-Unis et en Chine, locomotives de l’économie mondiale ». Et l’analyste de constater que « les principales Bourses mondiales, États-Unis et Chine en tête, ont déjà entamé une correction à la baisse », la phase de rattrapage qui a suivi la crise touchant à sa fin.
Les valeurs européennes, y compris agroalimentaires devraient néanmoins continuer à profiter d’un environnement boursier plus favorable qu’outre-Atlantique. Si la Banque centrale européenne devrait durcir sa politique monétaire « pour juguler une inflation plus élevée et persistante que prévue, elle devrait cependant agir de façon plus lente et graduelle que la Fed ». Des éléments d’incertitude, tels qu’un conflit armé entre la Russie et l’Ukraine, et la persistance des prix de l’énergie élevés, pourraient toutefois « conduire la BCE à relever ses taux plus tôt et plus sévèrement que prévu, augmentant ainsi le coût de l’endettement ». Dans ce cas, seules « les entreprises agroalimentaires à même d’imposer leurs hausses de prix aux consommateurs pourront tirer leur épingle du jeu ». De même, « les entreprises de Vins & Spiritueux, qui sont pour la plupart très internationalisées et profitent d’une montée en gamme dans la consommation d’alcool, devraient faire partie des gagnants ».