Abonné
Menacés par une offensive de leurs voisins bourguignons, les vignerons du Beaujolais (Centre-est) s’organisent pour conserver le droit de produire sous l’étiquette Bourgogne, une réponse à la crise de leur propre vignoble.
«Le Beaujolais appartient historiquement à la Grande Bourgogne. Il peut très bien faire comme le Mâconnais et le Chablis, développer une identité forte à l’intérieur de cet ensemble », plaide Olivier Bosse-Platière, président de la récente Association des producteurs de Bourgogne en Beaujolais (APBB).
Depuis un décret de 1937, les vignerons du Beaujolais peuvent revendiquer les appellations régionales bourguignonnes, correspondant à l’aire géographique la plus large, pour peu qu’ils respectent les cépages requis – pinot noir (rouge), aligoté et chardonnay (blanc).
« La question ne s’est quasiment pas posée jusqu’aux années 1980, puisque le succès du Beaujolais nouveau dopait les ventes de ce petit vignoble entre Rhône et Saône-et-Loire », rappelle Guillaume Willette, directeur du Syndicat des Bourgognes.
Mais lorsque la médiocre réputation du primeur a commencé à pénaliser le reste de la production, certains vignerons se sont mis à « replier » une partie de leur récolte en bourgogne rouge, blanc, aligoté, passe-tout-grains, bourgogne grand ordinaire ou crémant de Bourgogne. Le mouvement s’est accéléré ces dernières années avec le succès du crémant, qui a coïncidé avec la plantation de « 400 hectares de chardonnay en quelques années dans le Beaujolais, alors que la Bourgogne n’en compte que 800 hectares de son côté ! », souligne Guillaume Willette. Pour le représentant bourguignon, cette ruée vers l’or blanc « pose un problème économique majeur » à l’échelle de la région, puisque « les courtiers se fournissent en priorité dans le Beaujolais, à bas coût, avant d’aller voir en Bourgogne ».
Entre « usages » et « critère du sol »
D’où l’offensive engagée à l’été 2009 menée par les producteurs bourguignons, dans un courrier déplorant le rapprochement entre les deux vignobles. « Le paquebot (Bourgogne) se dirige tout droit sur l’iceberg Beaujolais au risque de noyer ceux qui ont payé leur billet ! », s’était emporté le Syndicat des Bourgognes. En février 2010, ces viticulteurs avaient obtenu que l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) engage une délimitation géographique des appellations bourguignonnes, une démarche prévue dans le décret de 1937 mais qui n’avait jamais été menée. Cette délimitation, dont la phase de consultation a pris fin le 11 juillet, a abouti à l’exclusion du Beaujolais des appellations « Bourgogne aligoté » et « Bourgogne rouge » à partir de pinot noir. De plus seules 34, contre 85 auparavant, sont désormais autorisées à produire du blanc dans le Rhône.
Créée début juin en réaction à ce changement redouté, l’APBB conteste principalement l’un des critères retenus par l’INAO, celui de « l’usage », qui écarte ainsi des communes au motif qu’elles ne peuvent justifier d’une production ancienne et constante en Bourgogne.
« Seul le critère du sol devrait être utilisé : c’est lui qui peut indiquer si un cépage est apte à être cultivé de manière satisfaisante », argue même le célèbre négociant bourguignon Louis-Fabrice Latour, dans une lettre de soutien aux producteurs du Beaujolais.
Le Syndicat des Bourgognes espère voir l’INAO entériner « dès septembre » la nouvelle carte. Les vignerons du Beaujolais, de leur côté, se disent prêts à « contester cette délimitation devant les tribunaux compétents ».