L'Union nationale des distilleries vinicoles (UNDV) a adressé le 4 février une lettre ouverte au ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll pour lui demander de maintenir l'obligation pour les vignerons d'apporter 100 % des sous-produits viticoles (marcs et lies) aux distilleries. Une remise en cause de cette obligation priverait les distilleries de leurs matières premières, et mettrait en péril leur pérennité, estime la lettre ouverte.
L'UNDV demande dans une lettre ouverte à Stéphane Le Foll l'abandon un projet de décret qui ouvrirait aussi d'autres voies de valorisation de ces sous-produits (épandage, compostage, méthanisation) : « En signant ce décret, Monsieur le ministre, vous priveriez les distilleries de leurs matières premières, vous supprimeriez 2 000 emplois non délocalisables ».
Paradoxe
En ce début d'année 2014, « vous défendez devant les parlementaires votre projet de loi d'avenir pour l'agriculture. Paradoxe lorsque l'on apprend qu'au même moment, vous vous apprêtez à tirer un trait sur l'avenir des distilleries vinicoles en portant un projet de décret dévastateur », s'indigne la lettre. S'il voyait le jour, « ce projet démantèlerait brutalement la filière et entrainerait la fermeture des 50 distilleries du territoire qui recyclent depuis plus d'un siècle les sous-produits viticoles » : les marcs de raisin et les lies de vin. « Vous prônez, Monsieur le ministre, une agriculture doublement performante sur les plans économique et environnemental. Nous l'approuvons sans réserve ».
Selon une étude commanditée par le ministère de l'Agriculture et publiée en novembre 2013, les analyses de cycle de vie comparant les voies de valorisation des sous-produits démontrent que la distillation est la plus vertueuse pour la qualité des écosystèmes, les ressources naturelles, le changement climatique et la santé humaine, rappelle l'UNDV à Stéphane le Foll.
Ces bio raffineries valorisent les marcs et lies en produits à haute valeur ajoutée qui sont ensuite en partie exportés : alcools de bouche, biocarburants issus de production non alimentaire, engrais organiques, ou encore dérivés cosmétiques Made In France.
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Incompréhension
« Nos distilleries sont donc l'outil de l'agriculture doublement performante que vous désirez tant. Alors pourquoi un tel décret, en contradiction avec vos convictions? », interroge l'UNDV. Celle-ci fait part de son incompréhension : « Pourquoi menacer une filière au service d'une économie circulaire, dont les projets s'inscrivent dans le développement de la bio-économie, avec notamment la méthanisation après la distillation? Pourquoi menacer une filière centenaire qui répond avec satisfaction aux besoins des viticulteurs en recyclant et dépolluant les sous-produits de l'activité viticole? ». L'UNDV insiste : « Nous ne pouvons pas comprendre dès lors, la logique qui vous inspire ».
Les distilleries « ont toujours fait preuve de grandes capacités d'adaptation, comme en 2008, lors de la réforme de l'organisation commune des marchés. Mais nous en sommes sortis fragilisés : 25% des distilleries ont fermé ». Aujourd'hui leur santé économique ne « permettrait pas de supporter les conséquences d'une si lourde décision ».
La lettre ouverte conclut en ces termes : « Vous voulez parler d'avenir Monsieur le ministre? Alors, abandonnez ce projet ! ».