Naguère, on disait que la presse évoquait davantage les trains qui n’arrivent pas à l’heure plutôt que ceux qui sont ponctuels. Aujourd’hui, nous dirions plutôt que les médias évoquent l’exceptionnel plutôt que la vie ordinaire. L’exceptionnel ne veut pas seulement dire un malheur ou une catastrophe mais aussi une « forte gueule » qui s’affronte ou conteste le quotidien. Voilà un des enseignements de l’enquête que l’équipe d’Agra vient de mener auprès de la presse et des médias généralistes pour essayer de comprendre comment ils traitent l’agriculture.
Les représentants du monde agricole ont toujours été anxieux de connaître les critères de traitement par les médias du métier d’agriculteur. Ils ont souvent été angoissés à voir les contestataires de l’agriculture bénéficier d’une audience supérieure à ceux qui en reconnaissent les bienfaits. C’est que, justement, les contestataires d’aujourd’hui correspondent mieux aux paramètres des médias (même si ceux-ci sont, globalement, plutôt conservateurs) : ils décrivent des affrontements, sont parfois des grandes gueules, s’attaquent au terrain, provoquent l’exceptionnel. L’institutionnel rebute, le quotidien lasse, l’exceptionnel séduit.
Aux agriculteurs, alors, de créer l’événement, de provoquer l’exceptionnel, le rare, s’ils veulent que les télévisions, les journaux, évoquent leurs difficultés ou leurs succès. En se demandant aussi, qu’ont-ils, eux, envie de voir et d’entendre de la vie citadine ? Non pas l’histoire quotidienne du « métro boulot dodo » mais tout au contraire le fait d’exception.