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L’humain passe avant l’économique, démontre GAEC et Société

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Le 22 juin, l’association GAEC et Société, dans le cadre de son congrès annuel à Laon (02) organisait des circuits de visites d’exploitations afin de mieux comprendre les facteurs humains, clef de la réussite de l’agriculture de groupe, avant même le côté économique. Confiance, complémentarité entre associés, délégation du travail, etc. les thèmes ont été abordés par les exploitants eux-mêmes. Extraits de conversation dans un GAEC laitier de trois associés, Laurent, Joseph et André (1).

⦁ Organisation du travail

Laurent : " Pour notre association, je ne me voyais pas aller traire les vaches chez lui ! "
Joseph : " Pour moi, aller chez Laurent, ce n’était pas un problème. Cela ne m’aurait pas beaucoup changé dans le sens où j’allais déjà traire chez mon frère qui était dans notre GAEC avant. "
Le conseiller : " L’important dans ce genre de situation, c’est que Joseph se soit senti chez lui quand il vient traire un week-end sur deux. Et que Laurent accepte de faire confiance. "
Joseph : " Oui, faire confiance, ce n’était pas facile. D’ailleurs, on m’a appris que la confiance n’excluait pas le contrôle ! Il a fallu mettre en place un système de communication pour passer le relais les week-ends. Surtout que Laurent venait traire un week-end par mois et qu’il n’était à la traite qu’une fois par semaine. On a alors mis un tableau, pour faire la transmission. Au début, on s’appelait le vendredi soir. Pas question de passer tout le samedi matin à expliquer ! Pour le tableau, cela a bien marché par contre il faut penser à écrire et surtout à écrire l’essentiel ! "
Laurent : " L’avantage aussi, c’est que nous avions planifié tous les week-ends de traite à l’avance. Cela ne nous a pas empêchés pas de nous filer un coup de pouce de temps en temps. Mais c’est plus simple pour l’organisation de chacun. "


⦁ Objectifs communs :

Joseph : " J’ai proposé à Laurent de faire un travail sur nos objectifs avec une personne extérieure quand nous avons réfléchi à notre association. Il a été preneur. On a travaillé sur ce que l’on ne voulait pas et sur ce que l’on ne supporterait pas. Bien que l’on se soit connu avant, à cause du matériel que nous avions en commun, il y a des questions que nous n’osions pas poser ou auxquelles nous n’aurions pas pensé. Laurent a été preneur. "
Laurent : " Pour moi, les épouses devaient être impliquées dans le projet. Même si elles ne travaillent pas avec nous, car elles subissent les conséquences des décisions que nous prenons dans la société. Et puis ce regard extérieur nous a bien aidés à verbaliser nos problèmes ou nos interrogations. Avec ce travail, nous nous sommes habitués à dire des choses que nous ne nous serions pas dites autrement. "
Joseph : " Le plus difficile, c’est de parler la première fois. Après, on peut avancer. Il faut un certain temps de réflexion après. L’idée mûrit. On avance ! Et puis, quand on a une idée nouvelle, il ne faut pas avoir peur du jugement de l’autre. "
Laurent : " Le conseiller nous a aidés aussi à savoir ce que nous ne voulions pas. C’était important. Savoir ce que l’on veut, c’est compliqué ! Mais on peut déjà savoir ce que l’on ne veut pas. Après, on ne pas attendre de quelqu’un quelque chose qui est dans la case : ne supporterait pas ou ne veut pas faire. Ce travail nous sert encore aujourd’hui. "
André : " Et puis quand on part en commun, il faut savoir faire le deuil de certaines choses. Ce travail ensemble nous a aidés à cela aussi. Nous nous sommes donné une direction commune et des objectifs. Quand on prend une décision, on s’y tient ! Et quand la décision est prise, il faut aussi accepter l’erreur de l’autre. "
Laurent : " Après ce premier travail ensemble, nous avons tenu à avoir une assemblée générale tous les ans avec un intervenant extérieur et nos épouses sont présentes. Elles comprennent mieux pourquoi parfois on arrive tard le soir. C’est plus simple, même à la maison ! "


⦁ Qui dirige ?

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Laurent : " Nous trois, c’est le bon, la brute et le truand ! Il n’y en a pas un qui soit plus chef que les autres. Nous sommes complémentaires. Moi c’est la compta, la PAC, l’administratif. "
André : " Moi les vaches, c’est mon truc. Mon frère aîné, il a le don de l’acier. Si mon père avait été encore là, il n’aurait jamais été agriculteur. "
Joseph : " Je parle plus facilement, mais ce n’est pas moi le chef. Je suis plus impulsif aussi. Mes associés, plus calmes. Laurent, il fait l’arbitre comme il est polyvalent. C’est lui qui va mettre de l’huile dans les rouages. "
Laurent : " Nous avons des réunions toutes les semaines. Et j’essaye de sortir des chiffres à chaque fois car celui qui a le nez dedans sait, mais pas les autres. Ce qui est important c’est que tout le monde soit au courant. Et pour les signatures, je me suis toujours débrouillé tout seul ! C’est moi le truand ! " (rires)


⦁ Prendre un salarié :

Joseph : " L’arrivée du salarié… On appréhendait tous les trois le changement de génération. Nous, on n’est pas loin de la cinquantaine, alors un jeune de vingt ans ! "
André : " Moi j’ai cru que là où il avait été formé, cela allait aller tout seul ! Benjamin a plutôt subi le troupeau au final. Et pourtant, je lui disais souvent "quand je ne suis pas là, c’est toi le patron ! C’est toi qui prends les décisions !" Et bien, ça n’allait pas. Je lui disais encore : "Ce que j’ai fait là, tu étais capable de le faire, alors pourquoi tu ne l’as pas fait ?". Au final, on était moins performant à 3 qu’à 4 ! "
Laurent : " Oui, on restait même plus tard pour être présent au cas où… ! C’était plus de boulot ! Au début, on s’est dit qu’il fallait lui laisser le temps et puis… il fallait quand même lui verser son salaire. C’était un coût ! "
Joseph : " Pour autant, il nous a obligés à relativiser aussi. C’est comme entre nous. Apprendre à déléguer, ce n’est pas facile. J’ai toujours tendance à vouloir imposer ma façon de faire. En fait, quelle que soit la méthode, c’est le résultat qui compte que le résultat soit atteint en réalité. Il faut se dire que le boulot ne sera pas fait comme moi je le fais. Mais il ne sera pas pour autant mal fait ! "
André : " Pour avoir un bon ouvrier, il faut déjà être un bon patron et nous, on ne nous a pas formés à être patron ! Il nous a beaucoup interrogés, notre Benjamin au final. "

(1) Laurent, Joseph et André sont des prénoms fictifs apposés à des personnes bien réelles.