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UE/OCM Sucre L’industrie sucrière sceptique sur le prétendu « succès » de la réforme

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« On ne peut raisonnablement parler de “succès” de la réforme du secteur européen du sucre que si l’on a, au bout du compte, un équilibre entre l’offre et la demande au sein du marché communautaire. Or aujourd’hui à l’issue de cette réforme, l’UE est tout simplement devenue importatrice nette de sucre ». Telle est la réponse de Stefan Lehler, le nouveau Directeur général du CEFS (Comité Européen des Fabricants de Sucre), suite à la déclaration de la commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer-Boel, qui se félicitait du « succès » de la réforme du secteur du sucre qui a conduit à l’abandon de presque 6 millions de tonnes de quotas sucriers, moyennant l’élimination de plusieurs pays producteurs et la disparition d’un grand nombre de sucreries et donc des pertes de milliers d’emplois.

« Je me réjouis d’annoncer que la réforme du secteur du sucre est un succès. Cette réforme était l’un des dossiers principaux de mon mandat actuel et il est gratifiant d’avoir quasiment atteint l’objectif ambitieux que nous nous étions fixé. Notre secteur du sucre avait désespérément besoin d’être réformé. Une production et des prix plus durables assureront un avenir compétitif à nos producteurs. » Cet enthousiasme de la commissaire Fischer-Boel n’est pas tout à fait partagé par le dirigeant du CEFS, Stefan Lehler, qui a tenu à préciser à Agra alimentation que, certes l’objectif d’abandon de 6 millions de tonnes est en passe d’être atteint mais que cela n’a été possible qu’au prix de la fermeture de nombreuses sucreries. « Dans les trois ans qui ont suivi la réforme, 79 sucreries ont dû fermer, passant ainsi de 183 avant la réforme à seulement 104 après la réforme. Et qui dit fermeture d’entreprises dit perte d’emplois que nous estimons à plus de 10 000 postes ». Il a dû reconnaître que le Fonds de restructuration du secteur sucrier a bien fonctionné dans la mesure où il a été assez attractif pour permettre d’atteindre l’objectif de l’abandon de 6 millions de t de quotas de sucre. « Les sucreries qui restent se trouvent dans une nouvelle situation et ont beaucoup moins de visibilité. Les restructurations au sein des entreprises, les rachats par les concurrents, tout cela demande un peu de temps, peut-être un an, avant d’y voir plus clair », nous a confié Stefan Lehler.

Si le dirigeant du CEFS ne voit pas de gros problème à court terme, il estime néanmoins que les décisions de la Commission européenne pourraient avoir des conséquences sur l’industrie européenne, conséquences difficiles, selon lui, à évaluer pour l’instant. « La Commission a décidé d’éliminer les droits de douane pour les importations de sucre provenant des pays les moins avancés (PMA) à partir d’octobre 2009. On verra d’ici là les quantités que ces pays pourront exporter sur l’Europe et on pourra aviser à ce moment-là », s’est-il contenté de dire. Ce qui est plus important à ses yeux, est de voir si le volume de ces importations sera suffisamment grand pour assurer ou pas un équilibre entre l’offre et la demande de sucre au sein du marché intérieur.

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Le « retrait préventif » n’est plus à l’ordre du jour

En mars et en octobre 2008, la Commission a estimé que les fondamentaux du marché communautaire du sucre étaient suffisamment sains et qu’il n’était pas nécessaire d’imposer un retrait obligatoire de sucre pour l’actuelle campagne de commercialisation 2008/2009. Une pré-évaluation pour la prochaine campagne de commercialisation (2009/2010) lui a permis de conclure qu’un retrait préventif ne serait pas nécessaire pour cette période non plus. Cette évaluation se fonde sur des estimations tout à fait provisoires, notamment pour les importations. Elle sera révisée en octobre 2009 sur la base d’estimations actualisées pour la production de betterave et de sucre ainsi que pour les importations. En février 2010, la situation sera de nouveau analysée afin de décider s’il y a lieu de procéder à un « retrait préventif » pour la campagne 2010/2011 ou à une « réduction finale », c’est-à-dire une nouvelle réduction des quotas.