Selon le rapport 2017 de l’OCDE sur les politiques agricoles, le soutien octroyé aux producteurs par les pays membres de l’organisation a représenté en moyenne 39 % de la valeur ajoutée du secteur en 2014-2017. Les auteurs formulent une série de recommandations pour une « révision » des régimes en vigueur, notamment le remplacement des aides qui faussent la production et les échanges par la fourniture de services d’intérêt général et le développement d’outils de gestion des risques n’excluant pas les « solutions privées ». Dans l’UE, calcule l’OCDE, le soutien total à l’agriculture équivalait sur la période à 0,7 % du PNB.
Présenté le 21 juin à Bruxelles, le rapport 2017 de l’OCDE sur le suivi et l’évaluation des politiques agricoles estime à 442 milliards € (519 Mrd $) par an le soutien moyen apporté dans les 52 pays étudiés (dont onze grandes économies émergentes) aux producteurs du secteur sur la période 2014-2016, soit 16 % de leurs recettes, contre 21 % il y a vingt ans. Le recul observé en la matière chez certains des 35 membres de l’organisation contrastant avec l’augmentation constatée dans une partie des nations émergentes.
Dans les pays membres de l’OCDE, ce soutien équivalait en moyenne à 39 % de la valeur ajoutée du secteur (contre 60 % environ en 1995-1997), proportion dans laquelle se situent l’UE et les États-Unis, et dont s’écartent notamment la Suisse (163 %), le Japon (89 %) et la Corée (74 %) ainsi que, dans le sens inverse, l’Australie, le Chili et la Nouvelle-Zélande (moins de 10 %).
« Bien cibler » les paiements directs, miser sur les services d’intérêt général
Le rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques recommande une « révision » des politiques agricoles et alimentaires selon une approche « cohérente avec la politique économique générale ».
C’est ainsi que les régimes de paiements directs devraient être « bien ciblés sur les ménages agricoles qui en ont le plus besoin » et les aides liées à la protection de l’environnement et des animaux ou d’autres objectifs d’ordre sociétal soigneusement adaptées à « l’ampleur du problème ».
Mais surtout, les auteurs considèrent que de « plus grands efforts » doivent être consentis pour soutenir les services d’intérêt général mis à la disposition des agriculteurs (infrastructures, formation, innovation, contrôles « adaptés » au secteur).
Dans ce domaine, regrette l’OCDE, le soutien n’a atteint en moyenne annuelle que 77 Mrd€ (90 Mrd $) en 2014-2016 dans les pays étudiés, alors que le soutien aux producteurs atteignait « plus de cinq fois et demi ce montant ». Et, selon le rapport, « rediriger » ce dernier vers les services d’intérêt général « peut aussi ouvrir la voie à une transition du secteur loin des formes de soutien qui faussent la production et les échanges ».
Ces services, assurent les auteurs, contribuent à créer des conditions propices permettant à la production agricole et alimentaire d’être réactive, durable et résiliente face aux chocs externes.
Gestion des risques : laisser sa place au secteur privé
Les outils de gestion des risques sont « importants dans un monde qui devrait devenir plus volatil en raison des chocs, de marché, climatiques et autres », souligne d’ailleurs le rapport. Toutefois, précise-t-il, ces outils doivent faire la distinction entre les risques commerciaux normaux, ceux qui se prêtent à des solutions marchandes, tels que les systèmes d’assurance et les marchés à terme, et les risques catastrophiques nécessitant l’intervention de la puissance publique.
Et ce en « prenant soin que le soutien public n’évince pas les solutions privées basées sur les outils de marché ».
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Éliminer à terme les soutiens à l’origine de distorsions
Les auteurs recommandent enfin la réduction du soutien des prix de marché et, à terme, leur élimination, ainsi que la diminution des paiements à la production et subventions aux intrants, « en particulier celles accordées sans contrepartie ».
« Environ 60 % de tout le soutien agricole est fourni en maintenant les prix sur les marchés intérieurs à un niveau plus élevé que ceux sur les marchés internationaux », constatent-ils. « D’autres formes de soutien aux producteurs qui faussent fortement la production et les échanges, tels que les paiements basés sur les quantités produites ou sur l’utilisation d’intrants, jouent un rôle nettement moindre en général, mais restent importants sur certains marchés ».
0,7 % du PNB dans l’UE
Dans l’UE, le soutien au producteur atteint « environ 20 % des recettes agricoles depuis 2010, légèrement au-dessus de la moyenne de l’OCDE », selon le rapport 2017 de l’organisation internationale sur les politiques dans ce secteur.
Les aides « potentiellement le plus porteuses de distorsions (basées sur la production et, sans contrepartie, sur les intrants) ont représenté 27 % » de ce soutien en 2014-2016, bien au-dessous de la moyenne de l’OCDE », tandis que « le soutien des prix de marché et la protection aux frontières ont décliné dans le temps ».
En moyenne, sur cette période, « les prix reçus par les agriculteurs étaient supérieurs de 5 % à ceux sur le marché mondial ». « Les prix intérieurs du riz, du bœuf et du veau, de la volaille étaient supérieurs de plus de 20 % aux prix mondiaux », le prix d’autres produits étant « pratiquement alignés sur les prix aux frontières ».
Les dépenses dans l’UE pour les services d’intérêt général « équivalaient à 5 % de la valeur ajoutée agricole » en 2014-2016, et étaient principalement consacrées aux « investissements dans le savoir et les infrastructures ».
Finalement, le soutien total au secteur agricole de l’Union, « qui était de 2,6 % au produit intérieur brut en 1986-1988, a baissé à 0,7 % en 2014-2016 ». Et « plus de 85 % de ce soutien a été octroyé aux producteurs individuels ».
Par ailleurs, l’OCDE estime qu’une « révision complète de toutes les mesures affectant la performance environnementale du secteur agricole dans l’UE, parallèlement à une évaluation des conditions environnementales locales, aiderait à assurer la cohérence des mesures de soutien du 1er pilier de la Pac (paiements directs) et des mesures volontaires de soutien agri-environnementales du 2e pilier (développement rural) ».