Le ministre de l'Economie, des Finances et du Numérique Emmanuel Macron s'est rendu dans le Finistère,le 23 janvier, pour féliciter un industriel en plein redressement (Doux), et s'excuser auprès de salariés d'un abattoir fermé (Gad) des paroles maladroites qu'il a formulé en septembre à leur encontre.
Les nombreux médias présents sur place ont d'abord retenu la séance d'excuses du ministre auprès d'anciens salariés de Gad (un abattoir de porcs fermé en 2013 avec 889 licencements) qu'il avait qualifié d'illettrés, en septembre lors d'une interview radiophonique. Il y avait de la maladresse dans ces paroles, s'était-il excusé après le tollé suscité par ses dires, promettant de venir s'expliquer face aux intéressés. C'est chose faite, après une entrevue réalisée sans médias dans une salle municipale de la petite commune de Lampaul-Guimiliau.
Auparavant, Emmanuel Macron avait fait une halte au siège du groupe volailler Doux (Châteaulin) pour délivrer un satisfecit aux dirigeants. Ceux-ci ont annoncé la création de 200 postes (113 contrats à durée indéterminée, 85 à durée déterminée). Une bonne nouvelle pour un groupe industriel de 2 200 salariés sorti il y a tout juste un an d'une période de dix-huit mois de redressement judiciaire au cours duquel Doux avait dû fermer son pôle frais et licencier un peu plus de 1 000 personnes. Le groupe pèse aujourd'hui 450 millions d'euros de chiffre d'affaires dont 360 millions à l'export (marque Doux) et 90 en volailles élaborées pour le marché français (marque Père Dodu), pour 240 000 tonnes de volailles.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Ces derniers mois d'activité ont été périlleux, n'ont pas caché Didier Cal-mels, président du conseil de surveillance et actionnaire principal du groupe et son relais opérationnel, Arnaud Marion, président du directoire. Doux a dû, en effet, procéder à des réformes structurelles alors que les restitutions à l'exportation ont été mises à zéro en juillet 2013. « L'hiver 2013-2014 a été très difficile quand l'euro valait près de 1,40 dollar », a indiqué Didier Calmels. Les réformes structurelles engagées par Doux portent leur fruits, a précisé Arnaud Marion. « Notre chiffre d'affaires a progressé de 3 % en 2014 et nous prévoyons qu'il gagne cette année non pas 4 % comme nous l'avions prévu, mais 7 à 8 % ». Marion considère que l'entreprise entre dans une phase de développement. Ainsi Doux, après avoir avoir investi 25 millions d'euros ces deux dernières années, non seulement recrute cette année, mais va aussi investir encore « 100 millions d'euros sur les dix prochaines années ». Le business plan de Doux reposait sur un euro valant 1,23 dollar américain. La valeur monétaire de l'euro se situe actuellement à 1,13 dollar (lundi 26). « Pour nous, 1 centime d'écart sur douze mois, c'est 2,3 millions d'euros de bénéfice en plus en fin d'année », précise François Le Fort, directeur industriel du groupe. Dans cette phase de reconquête, « l'Etat interviendra dans l'entreprise par des aides aux investissements aux côtés des Régions », a expliqué Emmanuel Macron. Le premier groupe industriel volailler d'Europe et numéro 3 dans le monde attend par ailleurs une ligne de crédit de 5 millions d'euros de BPIfrance. Du côté des syndicats, si l'on se félicite de la trajectoire de l'entreprise Doux et de l'amélioration des conditions du dialogue social, on reste encore prudent. C'est notamment le devenir de la dette brésilienne de l'ancienne filiale de Doux placée depuis en location-gérance qui reste incertain. Franck Jourdain
Pour l'Institut technique de l'aviculture (ITAVI), le secteur lié à l'exportation de poulets entiers congelés hors d'Europe doit le retour de sa profitabilité à trois éléments. La diminution du coût des matières premières, le contexte international et la parité monétaire. « Fin 2013, il y avait 300 euros d'écart entre le coût de production sortie usine d'une tonne de poulet entier congelé et le prix sur le marché mondial pour une destination Proche et Moyen Orient », explique Pascale Magdelaine, directrice du service économie de l'ITAVI. Cet écart a longtemps été compensé par les restitutions à l'exportation auxquelles la Commission européenne a mis fin en juillet 2013. « Tout au long de l'année 2014, cet écart s'est considérablement réduit », poursuit cette dernière. L'embargo russe décrété l'année passée sur différents produits alimentaires dont la viande de volaille européenne et américaine a attiré les exportateurs brésiliens qui, dans le même temps, ont soulagé leur pression sur le Proche et Moyen-Orient. Un opérateur comme Doux qui détient 27 % des parts du marché du poulet entier congelé sur cette zone, en a bénéficié directement. Dernier élément, la parité monétaire sur un marché où la tonne de poulet se négocie actuellement entre 1 800 et 2 000 $. Maintenant, il ne faut pas oublier que la part des Européens sur le marché mondial s'est fortement réduite en un an, du fait des difficultés de Tilly-Sabco. Selon l'ITAVI, la production a baissé sur les onze premiers mois de l'année 2014 de 23 % en volume à 160 000 tonnes (statistiques des douanes) et de 29 % en valeur à 218 millions d'euros.