On avait oublié ce genre de situation : la pénurie, celle qui semble devoir marquer aujourd’hui la filière laitière de l’Europe entière. À force de vouloir dissuader les éleveurs de produire, de vouloir réduire les stocks de beurre et de poudre, de faire des économies de gestion, l’Europe a trop bien réussi. Les industriels sont en passe de manquer de lait pour répondre aux marchés qui se présentent à eux. On n’a plus un kilo de poudre de lait à exporter alors que les cours mondiaux flambent ; on n’a plus de beurre à livrer à des conditions raisonnables aux industriels de la biscuiterie pâtisserie.

Certes, ce n’est pas la pénurie au sens de ce que nos aînés ont connu au lendemain de la deuxième guerre mondiale. On n’est, en Europe, pas près d’avoir faim. Le consommateur paiera les produits laitiers plus chers, c’est tout. Et puis, on importera plus et on exportera moins. C’est justement tout le problème.

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Les experts de Bruxelles ont cru devoir formater une nouvelle Pac pour une mondialisation synonyme d’abondance de produits agricoles. C’est tout le contraire qui semble se produire : du fait de la demande soutenue, c’est un monde de relative pénurie, encore accrue par le réchauffement climatique dans lequel on semble devoir vivre. Les cours des grandes cultures sont en hausse, ceux des produits laitiers et des viandes également. Les Bruxellois n’avaient tout simplement pas intégré la variable démographique, ni celle de la demande chinoise ou indienne, ni la variable du réchauffement climatique. Cela fait beaucoup d’oublis. Mais il est vrai aussi que les autres experts, ceux des pays membres de l’UE, n’ont pas été très convaincants ou ardents à vouloir rectifier le tir. Le problème, c’est que ce qui est vrai du lait pourrait l’être bientôt de la viande, des fruits et légumes, du vin, etc.