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Mauvais moment pour négocier

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La marmite sociale qui, cette fois, épargne l’entreprise ou la fonction publique, devrait cesser de bouillir, promet-on, puisque le couvre-feu sert à en refermer le couvercle. On compte sur l’oubli peut-être pour n’avoir pas à changer de cap. Déjà, les orientations avant et après le 29 mai n’ont guère été infléchies malgré le signal donné par le dernier référendum. Divers Sommets européens et autres G8 se sont pourtant succédés, et la nouvelle Commission de Bruxelles, même privée des espoirs mis dans le projet de Constitution, ne fait pas plus de cas de ses mandants. Car à quoi a servi le rappel à l’ordre de 13 Etats-membres acquis aux arguments de la France sur la manière d’aborder le dossier agricole à l’OMC ?

La question se complique maintenant parce qu’on ne sait pas bien si nous forgeons notre isolement en criant casse-cou à l’approche de Hong Kong ou si cet isolement se nourrit surtout de notre malaise social, de la dégradation d’image et du surcroît de mauvaise conscience qu’il nous donne : pensons-nous que l’avenir des territoires et des activités en milieu rural qui sont en jeu dans le volet agricole soit une plus mauvaise cause que le sort futur des banlieues (qui flambent aussi au Danemark, en Angleterre, en Allemagne,…) pour dramatiser la négociation ? L’ennui est que l’on n’est sûr de rien ; le consensus fait défaut, même chez nous et avec nos alliés naturels, pour promouvoir un modèle agricole et alimentaire alternatif face aux modes anglo-saxonnes. Ainsi, on salue haut et fort nos futurs vins de pays parce qu’ils seront au goût du Nouveau Monde – une goutte d’eau qu’il aura fallu des années à concevoir à côté de nos AOC, et un leurre si les amateurs reprennent le dessus – mais on ne dit pas qu’on s’est surtout laissé imposer les règles des autres dans les accords internationaux au lieu de valoriser notre patrimoine.