Fondateur de MerAlliance (ex-Armoric), société qu'il avait reprise à la famille Ortiz en 1994, lors de la vente de Miko à Unilever, Gilles Charpentier a construit en quelques années un groupe aujourd'hui numéro un français du saumon sous marque distributeur. Ce bâtisseur revient sur les raisons de la cession de MerAlliance à Thaï Union Frozen (TUF) qui va acquérir d'ici à la fin de l'année 100 % du capital auprès de Gilles Charpentier (65 %), le fonds Azulis Capital (34 %) et les managers (1 %).
Pourquoi avez-vous décidé de vendre MerAlliance ?
Les raisons pour lesquelles j'ai vendu à TUF sont doubles. Je voulais d'une part assurer la pérennité de l'entreprise. J'ai 61 ans et ma priorité était de l'adosser à un industriel. Je voulais être sûr que ce que j'avais construit pendant une vingtaine d'années, c'est-à-dire un réseau de production et surtout de distribution en frais, avec lequel nous couvrons les principaux marchés du saumon fumé en Europe, continue d'exister et surtout de se développer. La deuxième raison est que le fonds Azulis, qui nous accompagne depuis plus de 10 ans, ce qui est énorme pour un fonds, souhaitait réaliser son investissement. J'avais le choix de continuer seul ou de partir avec les minoritaires. J'ai choisi de tourner la page et de passer à autre chose. Mais je suis content pour mon entreprise. Et l'ensemble des salariés a voté à l'unanimité en faveur de la reprise par TUF. C'est bien la preuve qu'ils ont compris qu'il s'agit d'un projet de développement et de pérennisation de l'entreprise. Lors de la reprise en 1994, la famille Ortiz m'avait demandé de favoriser le développement et l'emploi. C'est encore ce que je fais aujourd'hui.
Et pourquoi à TUF ?
MerAlliance représente une réelle opportunité pour MW Brands (filiale européenne de TUF NDLR) un groupe très présent sur la conserve, qui va pouvoir lancer des marques en frais sur l'Europe. Quant à moi, je sais que MerAlliance, tel que je l'ai construit, va servir de rampe de lancement à un nouveau projet. Ce rapprochement n'entre pas dans une opération de consolidation avec des concurrents, où il risquait de disparaître. Il existe de grandes complémentarités entre les entreprises, l'une ayant des marques et l'autre un réseau de distribution et les outils de production. Nous étions faits pour nous marier à terme.
Et pourquoi maintenant ?
Continuer à croître sans avoir accès à la matière première était une des faiblesses de MerAlliance. N'ayant ni marques, ni accès à la matière première, il fallait que je m'adosse à un groupe comme TUF. J'ai fait une offre au printemps dernier pour reprendre les anciennes fermes de Morpol, qui a échoué. J'ai alors pris conscience que les investissements pour accompagner la stratégie que j'avais choisie étaient sensiblement supérieurs à mes capacités. J'ai donc décidé de vendre à un groupe qui avait déjà une bonne sensibilité matière première. Je rappelle que MW Brands a des bateaux pour la pêche aux thons et TUF des fermes d'élevage de crevettes. Ces opérateurs connaissent bien l'un comme l'autre la matière première. Et leur schéma est simple : bien maîtriser la matière première, la transformer et la commercialiser sous des marques connues dans chacun des pays.
Où en est votre projet de ferme d'élevage de saumon ?
Ce projet n'est pas entré dans les négociations avec TUF, mais nous en avons parlé dans la mesure où cela fait partie des projets qu'a MerAlliance dans ses cartons. C'est un projet dans lequel je crois beaucoup, mais qui nécessite des capitaux importants, pas moins de 12 millions d'euros et une bonne maîtrise de l'amont, que je n'ai pas.
Qu'allez-vous faire maintenant ?
Ni TUF, ni MW Brands ne sont encore dans les murs de MerAlliance. Le closing de l'opération devrait avoir lieu d'ici à la fin de l'année, une fois obtenus tous les feux verts. En attendant, tout le monde ici continue de travailler comme avant. Pour ma part, je reste jusqu'à fin mars 2016 chez MerAlliance, en charge du développement de l'activité à marques distributeurs, une activité que les repreneurs ne vont pas arrêter même s'ils ont des marques très fortes. Dans le même temps, les acquéreurs prépareront le lancement de leurs marques en frais à une échéance que je ne connais pas, et qui sera géré par un nouveau directeur général marques frais avec qui je travaillerai en tandem. Quant à mes projets personnels, il est encore un peu tôt pour en parler.