Abonné

Charcuterie/Cession Monique Piffaut dépasse le milliard d’euros

- - 4 min

Monique Piffaut semble bien partie pour mettre, enfin, Madrange dans son escarcelle. Cette opération de consolidation ne devrait pas pour autant bouleverser le marché, qui restera sans doute très difficile.

« Il faut encore attendre la décision de l’autorité de la concurrence, qui ne devrait pas poser de problème. Avec Madrange, le groupe dépassera le milliard d’euros », a indiqué Monique Piffaut à Agra Alimentation. Madrange et Turenne Lafayette ont annoncé être entrés en négociation exclusive la semaine passée. Les discussions ont été menées dans le cadre du CIRI, preuve s’il en est du caractère sensible du dossier dans un contexte extrêmement difficile pour la filière porcine, notamment pour le producteurs, mais aussi pour les industriels. « Dans le secteur du jambon cuit, les industriels sont au mieux à l’équilibre », commente un spécialiste du secteur.

Une solution française ?
Le projet retenu dans le cadre des discussions est le suivant : « Le capital de FIMA serait acquis en totalité par La Limougeoise de Salaisons, société détenue à 100 % par Madame Monique Piffaut, propriétaire du groupe Financière Turenne Lafayette (William Saurin, Paul Prédault) », indique un communiqué. Le montant de l’opération s’éleverait à 18 M EUR, d’après le Figaro.
Cette solution française a certainement été défendue par Bercy, quand l’autre prétendant à la reprise de Madrange, le groupe Aoste, fait partie d’un groupe espagnol (Campofrio Food Group) que l’on s’attendait, jusqu’au 3 juin, à voir passer dans le giron de l’américain Smithfield, qui a finalement fait machine arrière. Christine Lagarde et Bruno Le Maire se sont d’ailleurs félicités de cette annonce dans un communiqué commun. « Tous les sites de production de Madrange seraient conservés et un ambitieux programme d’investissements est prévu sur les usines de Feytiat, La Valoine et Ablis », précise ce communiqué. Monique Piffaut avait estimé, il y a quelques mois, que 15 M EUR d’investissements étaient nécessaires chez Madrange. Quant à savoir si cette solution française le restera à long terme, on peut légitimement s’interroger. A l’époque, Monique Piffaut ne cachait pas son désir de vendre et parlait ouvertement de céder son groupe à un acteur étranger. Si elle semble depuis très active en affaires, son âge rend une transmission inéluctable à terme. Reste à savoir si le groupe sera vendu dans son ensemble, selon le souhait affiché de Monique Piffaut, ou par appartement. En attendant, la reprise de Madrange aura au moins une conséquence immédiate sur les projets du groupe, avec la décision de repousser d’un an la construction de l’usine de plats cuisinés frais de Laon que révèle l’Usine Nouvelle.

Un groupe proche du milliard d’euros
Après l’opération, la nouvelle entité dépassera le milliard d’euros, nous a indiqué Monique Piffaut. Les activités « frais », dont le jambon cuit constitue une grande partie réaliseraient un chiffre d’affaires avoisinant les 550 M EUR avec environ 1800 salariés. Roland Wolfrum, président du directoire de Madrange depuis l’automne dernier « resterait à la tête des activités Madrange au sein du nouveau groupe en tant que directeur, ce qui conforterait la continuité des projets de réorganisation initiés fin 2010 ».

Une opération qui ne suffira pas à redresser le secteur
Outre Leclerc et Intermarché, qui disposent de leurs propres outils de production en jambon cuit, les principaux acteurs du marché des MDD sont le groupe Aoste (avec notamment Jean Caby) et Madrange, suivis de Brocéliande et de Turenne Lafayette. Le marché, très bataillé, l’est du fait d’acteurs un peu trop nombreux, de capacités industrielles un peu trop importantes, mais aussi de prix d’autant plus tirés vers le bas que certains producteurs sont des distributeurs. La restructuration est donc nécessaire, mais sera-t-elle suffisante ? Rien n’est moins sûr selon les experts du secteur, qui soulignent qu’une partie du problème vient de la politique d’achat de la distribution. « Le marché va rester très difficile, avec des acteurs au mieux à l’équilibre », prédit l’un d’entre eux.
Le groupe Aoste, évincé du dossier, pourrait néanmoins profiter de la reprise de Madrange par Turenne Lafayette et gagner de nouveaux volumes. Des distributeurs pourraient en effet être amenés à revoir leur politique d’achat pour ne pas être trop dépendants d’un seul et même acteur. Mais la question de la rentabilité devrait demeurer, ainsi que les rumeurs récurrentes de désengagement du groupe Aoste de cette activité. Mais encore faudrait-il trouver un acheteur.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

concurrence
Suivi
Suivre