Ce qui fait la richesse et l’atout de l’agriculture est en même temps ce qui la plombe vis-à-vis du grand public : sa proximité avec la nature. C’est parce qu’il croit que la semence végétale est un produit naturel que le citadin ne comprend pas qu’il faille rémunérer, sous forme de cotisation, la matière grise qui s’y trouve. Or, une semence végétale contient plus de matière grise scientifique que de produit naturel.
C’est parce qu’il croit que la plante doit se contenter de l’eau de pluie qui tombe naturellement que le citoyen ne comprend pas qu’il faille utiliser de l’eau d’irrigation pour faire pousser du maïs, voire du blé.
C’est parce qu’il croit que, naturellement, le produit agricole est fait pour être mangé qu’il ne comprend pas qu’on puisse en faire aussi des carburants ou des bioproduits.
S’il y a quelque chose à expliquer aux citadins, au travers d’une campagne de communication comme certains en imaginent, c’est bien que l’agriculture n’a plus rien d’une activité « naturelle » ou tout au moins proche de la nature. Il ne faut pas rougir de s’apparenter plus à l’industrie qu’au jardinage. Ce n’est qu’à cette condition qu’on peut prétendre nourrir, vêtir et transporter les habitants de la planète. Ceci n’est d’ailleurs pas contradictoire avec une activité écologiquement correcte. C’est affaire de dosage et de technologie.
Cela signifie aussi et surtout rompre avec des décennies de communication où on croyait faire plaisir au consommateur – et se faire plaisir - en lui montrant des vaches buccoliquement installées sur des prairies à perte de vue pour vendre du fromage ou du lait. C’était sacrifier au principe de plaisir le principe de vérité. Place à la vérité : l’agriculture n’est pas loin de l’industrie.