À quelques jours de la date butoir pour signer des accords entre fournisseurs et distributeurs, les industriels et les agriculteurs déplorent la poursuite de la guerre des prix entre enseignes et l’absence de prise en compte de l’augmentation des coûts de production.
Alors que les négociations commerciales entre agriculteurs, industriels et distributeurs entrent dans leur dernière ligne droite (elles doivent être terminées le 1er mars), la pression sur les centrales d’achat s’accroît. « La DGCCRF a renforcé son action de contrôle. Ces contrôles sont plus précoces et plus ciblés cette année, avec notamment près de 200 contrôles en 6 semaines au cours des négociations commerciales, notamment intervenant pour la première fois en période de négociations commerciales sur l’utilisation des indicateurs, sur les pénalités logistiques et sur des prix signalés comme abusivement bas », ont indiqué Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, et Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’Industrie, après avoir réuni le 17 février le comité de suivi des relations commerciales. Selon eux, « une dizaine de filières ont fait appel à la médiation pour une intervention transversale, sans compter les sollicitations individuelles d’entreprises. »
Déflation en cascade
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Malgré la pression des pouvoirs publics et les dispositions de la loi Egalim, la situation ne s’est pas améliorée du point de vue des agriculteurs et des industriels. Pour la FNSEA, « une déflation en cascade […] s’impose aux producteurs dans de trop nombreux secteurs » alors que les agriculteurs doivent faire face à une augmentation de leurs matières premières (l’alimentation animale par exemple) ou à des débouchés qui se sont fermés depuis un an comme la restauration. La montée en gamme demandée par les distributeurs et attendue d’une partie des consommateurs se fait « sans la rémunération » des agriculteurs. « La guerre des prix est encore et toujours la règle ! » constatent avec amertume l’Ania, la Feef, l’Ilec et la Coopération Agricole, qui déplorent que les distributeurs ne prennent pas assez en compte l’augmentation de leurs charges, notamment en ce qui concerne le transport et les emballages. « Ces hausses ne sont toujours pas suffisamment intégrées dans les négociations alors qu’elles devraient en être le point de départ », soulignent-ils. L’Adepale (légumes en conserve et surgelés) « appelle solennellement la grande distribution à soutenir les travaux engagés par les entreprises alimentaires pour améliorer la qualité des produits, structurer des filières, décarboner leurs processus de production » mais elle constate une « pression déflationniste croissante des distributeurs ».
Toutefois, Richard Girardot, président de l’Ania, concède qu’« il y a eu des efforts de certains distributeurs, dans certains secteurs », tout comme Dominique Amirault, président de la Feef, pour qui « le discernement PME dans la négociation est au rendez-vous chez certaines enseignes ». Il y a « des prises de conscience qui se sont faites » même si elles « ne s’incarnent pas complètement dans la capacité à ne pas déflater », a déclaré à l’AFP Serge Papin, missionné par le ministère de l’Agriculture pour travailler sur la répartition de la valeur. « Ce qui est important, c’est que sur les produits frais agricoles, il y a généralement des augmentations de tarifs qui ont été signées », a souligné auprès de l’AFP Jacques Creyssel, président de la FCD, notant que les enseignes seraient prêtes à rouvrir les négociations « si les prix des matières premières réaugmentent ». Et si les partenaires n’arrivaient pas à se mettre d’accord à temps, le médiateur des relations commerciales agricoles a rappelé le 18 février que les discussions entre fournisseurs et enseignes pouvaient se poursuivre sous son égide après la date butoir du 1er mars, mais sous certaines conditions bien précises.