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Multispécialiste/Résultats Nestlé, dopé par la vente d’Alcon, reste modeste pour 2009

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Le groupe Nestlé, n°1 mondial de l’alimentation, a dégagé un bénéfice record de 12 milliards d’euros l’an dernier, en hausse (en francs suisses) de 69,4 %, en partie du fait de la vente à Novartis de ses parts dans Alcon. Avec une croissance organique de 8,3 % et une amélioration de sa marge, qui a atteint 14,3 % en 2008, le groupe se montre prudent pour 2009 en s’engageant à réaliser une croissance « proche de 5 % ».

Nestlé a enregistré une progression de 69,4% de son bénéfice net en 2008 à 18 milliards de francs suisses (12 milliards d’euros), a annoncé le premier groupe alimentaire mondial. Le chiffre d’affaires a progressé de 2,2% à 109,9 milliards de francs suisses (74,3 milliards d’euros) par rapport à l’année précédente. L’augmentation du bénéfice net inclut le bénéfice de 9,2 Mds FS tiré de la vente à Novartis de sa participation de 24,8% dans le groupe américain d’ophtalmologie Alcon. Les ventes consolidées ont été en croissance organique de 8,3%. Avec des ventes de 102,4 milliards de francs suisses, les activités alimentation et boissons du groupe ont été le principal contributeur à la croissance, réalisant une croissance organique de 8,2%. Les résultats enregistrés, qualifiés de «supérieurs aux attentes», l’ont été malgré l’effet des taux de change qui a réduit les ventes du groupe de 7,8% en raison de la force du franc suisse face à la plupart des monnaies.

Gage d’une dynamique pour 2009

« La performance de Nestlé en 2008 reflète sa capacité d’atteindre un haut niveau de croissance organique avec une amélioration de la marge EBIT, même en des temps difficiles », a commenté Paul Bulcke, administrateur délégué de Nestlé. Les résultats 2008 « créent une dynamique » pour 2009 malgré « un contexte général qui sera difficile », a ajouté Jim Singh, directeur financier, qui considère que les opportunités demeurent « bonnes » dans les marchés émergents. Pour 2009, l’entreprise estime qu’elle sera « une fois encore l’une des entreprises de l’industrie à la croissance la plus rapide » et « s’engage à réaliser une croissance organique s’approchant de 5% », selon son communiqué. L’EBIT du groupe a progressé à 15,7 Mds FS, représentant une marge EBIT de 14,3%, en hausse de 30 points de base publiés (et de 50 points de base à taux de change constants). La marge EBIT des activités Alimentation et Boissons s’est améliorée de 20 points de base publiés (40 points à taux de change constants).

Des coûts maîtrisés

Le coût des produits vendus par Nestlé a augmenté de 120 points de base à 43,1% des ventes. Ceci reflète l’impact de la hausse des coûts des matériaux d’emballage et des matières premières, partiellement compensée par des mesures d’efficacité opérationnelle qui ont permis d’économiser plus de 1 milliard FS. Ces gains d’efficacité opérationnelle, réalisés à travers le programme « GLOBE », touchent la chaîne d’approvisionnement, les usines, les frais administratifs, la rationalisation de lignes de production et l’amélioration du retour sur les investissements commerciaux et de marketing.

L’innovation et la rénovation continues des produits et des marques de Nestlé sont restées le moteur principal de la croissance : 15% supplémentaires de produits Nestlé ont été testés avec succès comme étant supérieurs sur le plan des bienfaits nutritionnels et du goût par rapport aux produits concurrents. Les investissements en R&D Alimentation et Boissons ont été augmentés de 15 % et les dépenses marketing de 7,5 % à taux de change constants. Les « marques milliardaires » du groupe (de plus d’1 Md FS de ventes) ont contribué pour plus de 70% aux ventes de ces activités.

Le cash-flow d’exploitation de Nestlé a atteint 10,8 Mds FS (cash-flow libre 5 milliards), affecté qu’il a été par la baisse de la valeur de la plupart des monnaies face au franc suisse, de même que par un plus haut niveau de stocks, instrument de couverture face à la hausse des coûts de certaines matières premières. La dette nette du groupe s’est réduite à 14,6 Mds, grâce également au produit de la vente des parts d’Alcon, ainsi qu’à la génération de cash-flow.

Répartition géographique

En 2008, la croissance organique de l’ensemble des activités Alimentation et Boissons de Nestlé, y compris les affaires gérées au niveau mondial telles que Nestlé Waters, Nestlé Nutrition, Nespresso, les joint-ventures, … s’est élevée à 5,3% en Europe, à 8,8% dans les Amériques et à 13,1% en Asie, Océanie et Afrique.

Dans les trois Zones, la marge EBIT s’est améliorée malgré la pression significative des coûts des emballages et des matières premières dans de nombreuses catégories et malgré la force du franc suisse. Les éléments-clés de cette amélioration de performance ont été la croissance plus rapide de catégories et de marchés plus profitables, en ligne avec la stratégie nutrition, santé et bien-être de Nestlé, les efficacités opérationnelles et les effets positifs de la rationalisation des lignes de production peu rentables.

Un succès inégal selon les métiers

– Nestlé Waters, avec 9,6 Mds FS de chiffre d’affaires, affiche une croissance organique négative de -1,6% et une croissance interne réelle de -3,9%. La baisse des ventes reflète le ralentissement continu de la catégorie des eaux embouteillées, particulièrement en Europe occidentale et en Amérique du Nord, alors que dans les marchés émergents, Nestlé Waters a réalisé une croissance organique proche de 20%. Malgré des économies de coûts significatives, la marge EBIT a chuté de 220 points de base à 6 %, l’impact de la baisse des ventes ayant été aggravé par des coûts en hausse, le PET et la distribution.

– Nestlé Nutrition, dont les ventes ont atteint 10,4 Mds, a été en croissance organique de 7,7% et en croissance interne réelle de 1,8%. La marge EBIT s’est améliorée de 10 points de base à 17,3%, grâce notamment à l’intégration réussie de Gerber et de Novartis Medical Nutrition.

– Autres alimentation et boissons : ventes de 4 Mds, croissance organique de 23,5%. Les trois activités de ce segment, Nespresso, Cereal Partners Worldwide et Beverage Partners Worldwide, ont toutes obtenu de bons résultats. Les ventes annuelles de Nespresso ont pour la première fois dépassé 2 milliards de FS.

– Boissons en poudre et liquides : 18,9 milliards de CA (+12,8% en organique et +7,4 % en croissance interne réelle). La marge EBIT a diminué de 30 points de base malgré le dynamisme des marques milliardaires (Nescafé, Milo, Nespresso, Nesquik et Nestea) qui ont lancé des produits enrichis nutritionnellement, y compris une nouvelle offre de « Popularly Positioned Products » pour les plus bas revenus. En Asie et en Australie, le café soluble a profité de ses produits au profil nutritionnel amélioré (Nescafé Body Partner, Nescafé Protect et Nescafé Greenblend). Le déploiement réussi de Nescafé Dolce Gusto s’est poursuivi et a permis des gains de part de marché en Europe sur le segment à croissance rapide du café en portions. Après un lancement réussi au Mexique, Nescafé Dolce Gusto a été introduit au Japon et aux Etats-Unis. Nespresso a enregistré plus de 30% de croissance organique. La baisse de la marge EBIT résulte ici du soutien au lancement de Nescafé Dolce Gusto, et des coûts des matières premières.

– Produits laitiers et glaces : CA de 20,6 milliards, croissance organique de 9,2% et croissance interne réelle de 1,2%. La marge EBIT a augmenté de 40 points de base. Les produits laitiers ont profité d’une stratégie multi-niveaux avec des produits adaptés à différents degrés d’accessibilité et de besoins nutritionnels, comme le Nestlé Nido Nutrition System. L’abandon des produits et les canaux de distribution peu rentables a affecté la croissance organique des glaces mais le portefeuille très haut de gamme (Mövenpick of Switzerland et Häagen Dazs) a obtenu de bons résultats, de même que la gamme orientée santé Skinny Cow aux Etats-Unis.

– Plats préparés et produits culinaires : CA de 18,1 Mds, + 6,1 % en organique (+1,1 % en interne réelle). La marge EBIT n’a été qu’en baisse légère (-20 points de base) en raison d’une forte reprise au second semestre, en particulier des surgelés. Les produits culinaires en Asie et en Europe de l’Est ont réalisé une croissance organique à deux chiffres, et en premier la marque Maggi. Aux Etats-Unis, les trois marques milliardaires Hot Pockets, Stouffer’s et Lean Cuisine ont accéléré durant le cours de l’année. En Europe, les affaires de pizza Wagner et Buitoni ont poursuivi leurs bonnes performances, comme Herta en France, grâce à des lancements de produits offrant des avantages nutritionnels.

– Confiserie: CA de 12,4 Mds (+8 % en organique de 8,0%, +1,4 % en croissance interne réelle). La marge EBIT a gagné 150 points de base, grâce à la réorientation des affaires européennes : relance de « Best Ever » Kit Kat, lancement de Kit Kat Senses en Europe occidentale. Les performances ont été fortes sur les marchés émergents. La catégorie a continué à se concentrer sur le segment des produits premier prix et sur le haut et très haut de gamme. Signe de la montée en gamme, du chocolat noir, et une nouvelle gamme conçue par Pierre Marcolini vendue exclusivement dans les boutiques Nespresso en Suisse et en France.

– Pet foods : CA de 12,5 Mds. La forte croissance organique (+12,1 %) a été portée par les grandes marques haut et très haut de gamme qui ont bénéficié de lancements de nouveaux produits comme Fancy Feast Elegant Medley’s, Cat Chow Healthful Life et ONE Natural Balance.