L’ouverture vers l’Europe et la ruralité sera le thème principal du prochain congrès de la Fédération nationale des Cuma (FNCuma) les 5, 6 et 7 juin à Bourg-en-Bresse. Le président de la fédération, Jean-Pierre Carnet, et le directeur, Pierre-François Vaquié, évoquent l’avenir des Cuma et font un bilan des récentes mesures liées à la loi d’orientation agricole sur les prêts bonifiés, les groupements d’employeurs et le Haut conseil de la coopération. Lors du congrès, une nouvelle organisation du réseau devrait être avalisée ainsi que la réduction du conseil d’administration. Sauf surprise, Jean-Pierre Carnet devrait conserver sa fonction de président.
Comment vont les Cuma et la FNCuma depuis 2006 ?
Jean-Pierre Carnet : 2006 a été une année riche en événements pour les Cuma. Nous avons eu, grâce à la loi d’orientation, des avancées significatives sur certains dossiers. Des aspects de la gestion du statut coopératif ont été reprécisés avec la mise en place du Haut conseil de la coopération. Nous avons par ailleurs obtenu la reconduction des prêts bonifiés, dont les taux ont été abaissés, à 2,4 % en zone défavorisée et à 2,8 % en zone de plaine.
Pierre-François Vaquié : Aujourd’hui, il y a 12 700 Cuma, contre 13 300 en 2001. Mais le chiffre d’affaires par Cuma a augmenté par rapport à 2001. Nous observons un phénomène d’agrandissement des coopératives avec des fusions ou des augmentations d’activités et des volumes d’investissements beaucoup plus importants. On assiste à un phénomène de restructuration des Cuma où il y avait peu d’adhérents, même si cela reste minime. Globalement, le nombre d’adhérents progresse depuis 2003. Par Cuma, on est passé de 18 adhérents par Cuma en 2003 à 21 en 2005. On observe une augmentation des Inter-Cuma (ndlr : des Cuma qui se prêtent des équipements) et des Cuma intégrales (ndlr : l’agriculteur a 80 % de son matériel dans la Cuma). L’emploi dans les Cuma évolue fortement, avec 6 550 salariés en 2005 contre 5 000 en 2001. Le décret paru il y a un an sur les groupements d’employeurs a permis de faire progresser les choses Voir Agra Presse Hebdo n° 3059 du 5 juin 2006.
Vous affichez donc à la veille de votre congrès un bon bilan sur 2006-2007, avec plusieurs mesures favorables aux Cuma…
Pierre-François Vaquié : Il a fallu transpiré pour cela. On ne nous aurait rien donné sinon.
Jean-Pierre Carnet : Il a y eu une mobilisation très importante. La relation de terrain que nous avons eue avec les députés et sénateurs a permis de faire avancer certains aspects où nous n’étions pas assurés d’avoir un appui total du gouvernement. La loi d’orientation permet de gérer différemment le domaine coopératif. Mais cela nous amène aussi un regret car ce qui était supporté financièrement par l’administration comme le contrôle du fonctionnement des coopératives revient à la charge de la coopération elle-même, c’est-à-dire de l’exploitant. Cette charge nouvelle n’a pas été compensée par un accompagnement financier. Nous le regrettons. Mais c’est aussi l’occasion pour un réseau comme le nôtre de gérer complètement le contrôle des coopératives. Il y a une responsabilisation qui nous incombe. Cela rentre dans le schéma d’organisation du réseau que nous mettons en place. Nous déléguons cette mission aux fédérations départementales ou de proximité en liaison directe avec les Cuma. Outre ses fonctions juridiques et de révision, le Haut Conseil de la coopération comporte une fonction innovante sur l’économie et les statistiques avec des prospectives par rapport à ce que veut la coopération.
P-F.V. : Pour nous, l’incidence de cette évolution est forte. Nous avons chaque année 500 dossiers de demandes de modifications des statuts entre les fusions, les demandes d’extension de zones ou de dissolution. C’est 20 à 30 fois plus que les autres coopératives. Les Cuma sont le secteur coopératif le plus concerné par les modifications statutaires. Le désengagement de l’Etat en termes de responsabilités et de moyens pose un problème. C’est donc un gros challenge pour nos fédérations.
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Quel est le thème de votre congrès ?
J-P.C. :Notre congrès se veut le reflet de l’ouverture des Cuma, notamment vers les pays européens. Nous recevons de nombreuses sollicitations de la part des nouveaux pays entrants. La coopération peut relever certains défis et apporter sa pierre à l’édifice. La mécanisation dans ces pays-là peut passer par des actes collectifs ou associatifs. Nous avons mis certaines fédérations départementales en lien direct avec les pays. La Mayenne est en relation avec la Pologne et le Loir-et-Cher avec l’Estonie. Nous avons souhaité à ce prochain congrès amener ces différents pays à participer à nos travaux et avoir du temps pour parler de certains cas concrets.
P-F.V. :Les fédérations départementales développent des liens privilégiés et des actions avec certains pays de l’Est. La fédération nationale travaille plutôt sur des projets thématiques européens, notamment avec la Cogeca. L’idée du congrès est de poursuivre notre travail sur l’agriculture, mais de s’ouvrir aussi au rural, avec le bois énergie, le co-compostage ou les petites transformations. La coopération joue un rôle sur l’agriculture mais doit ouvrir son champ vers des actions plus diversifiées. Nous proposons d’ailleurs le 6 juin des visites de Cuma montrant des voies de diversification nouvelles. Le 7 juin, nous organisons une table ronde sur le thème « Coopératives et ruralité en Europe » avec la présence de délégations européennes, le président de la Cogeca, Donald Cashman et l’ancien ministre de l’Agriculture Henri Nallet, entre autres.
J-P.C. :Le congrès marquera également la phase finale de l’organisation de notre réseau pour renforcer nos actions de proximité. Afin de coordonner nos actions, nous avons dessiné 5 grandes zones en France regroupant 2500 Cuma environ avec les mêmes moyens humains. Ce sont des pôles de coordination appui : Ouest, Centre-Ouest, Sud-Ouest, Nord-Est et Sud-Est. La fédération nationale assurera la coordination de l’animation de ces pôles avec des techniciens et des ingénieurs sous la responsabilité de la fédération nationale, même si cela évoluera ensuite. Nous allons par ailleurs mettre en place un nouveau schéma d’organisation interne avec un conseil d’administration plus restreint qui va passer de 36 à 26 membres. Cela correspond à l’évolution des effectifs en agriculture. Cela sera approuvé au congrès en même temps que sera élu un nouveau bureau.
Comment voyez-vous l’avenir de la coopération et des Cuma en particulier ?
J-P.C. : La coopération dans son ensemble a tout intérêt à se mobiliser et à se serrer les coudes pour défendre ses statuts. L’agriculture peut en tirer profit si les domaines de la coopération sont relativement larges. Si on ne défend que l’angle de la coopération dite agricole, on va se heurter aux mécanismes d’ouverture libérale qui sont en train de se mettre en place. On s’aperçoit que ce qui apparaît comme des avantages au niveau de la France est sérieusement attaqué au niveau européen. Si on veut que nos statuts coopératifs puissent accompagner de nouvelles activités, il faut que la notion de la coopération ait une définition globale qui permette d’assurer des missions élargies. Il n’y a pas que l’économie. Le côté social avec l’organisation autour des hommes est aussi fondamental dans le cadre de la coopération. Mais nous sentons bien que le statut de la coopération va devoir évoluer, à cause de plaintes déposées à Bruxelles. Nous ne sommes cependant pas les seuls, il y a aussi l’Italie et l’Espagne. En France, ce n’est même pas la coopération qui est attaquée mais le gouvernement. Cela nous paraît donc primordial de s’inscrire dans une réflexion d’ensemble, comme nous le faisons, parce que nous n’avons pas seulement une action agricole de terrain.