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Ingrédients « Nous prévoyons de réaliser deux à trois acquisitions en 2013 »

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Le groupe Diana, détenu par Axa Private Equity depuis 2007, réalise plus de 400 M EUR de chiffre d’affaires, dont un peu plus de la moitié dans le food (et plus de la moitié hors d’Europe). Spécialiste des ingrédients naturels, le groupe recourt largement à la croissance externe pour se développer. Pas moins de trois opérations ont été signées par la division food en 2012. En 2013, elle pourrait s’implanter en Asie. Entretien avec Jean-Yves Parisot, président de la division food.

Agra alimentation : Dans le domaine des ingrédients, Diana est un acteur de taille modeste par rapport aux grands du secteur. Quelles sont les spécificités de votre positionnement ?

Jean-Yves Parisot : Notre principale spécificité, c’est notre maîtrise de l’amont et des matières premières. Nous apportons à nos clients des solutions à haute valeur ajoutée, issues d’ingrédients naturels avec une traçabilité totale. Nous pouvons garantir des produits sans pesticides et parfaitement contrôlés sur le plan microbiologique. C’est pourquoi nous sommes par exemple devenus un partenaire stratégique dans le domaine du baby food. Nous travaillons ainsi avec les grands acteurs du secteur.


Quel regard portez-vous sur le scandale de la viande de cheval ? Comment une entreprise comme Diana peut-elle garantir la maîtrise parfaite de ses approvisionnements ? Un faible nombre d’intermédiaires constitue-t-il une solution ?
Le scandale de la viande de cheval met d’autant plus en exergue le caractère indispensable d’une traçabilité totale et d’une forte transparence de tous les partenaires. Chez Diana division Food, la proximité avec nos fournisseurs est l’un de nos points forts puisque nos approvisionnements en matières premières carnées se font principalement auprès d’abattoirs et/ou ateliers de découpe qui sont localisés à 90% en France ; les 10% restants étant européens. Cette proximité nous permet d’entretenir des relations de confiance et une transparence avec l’ensemble de nos partenaires. Enfin, grâce à notre système de traçabilité et à cette relation mutuellement bénéfique avec nos fournisseurs, nous pouvons assurer à nos clients une traçabilité complète de l’élevage jusqu’aux produits finis livrés.

Quelles sont les perspectives de développement de votre activité ?
Notre métier évolue vers la création de valeur pour nos clients. Nous leur apportons des bénéfices sensoriels et nutritionnels à partir de matières premières naturelles comme les fruits et légumes ou encore les produits carnés et marins. Nous concentrons notre développement sur quatre axes stratégiques : le goût, la couleur, la nutrition santé et le baby food. Pour chacun de ces axes, nous tenons compte des habitudes alimentaires locales et nous répondons strictement aux exigences réglementaires en vigueur sur le marché considéré.
En 2012, nous avons réalisé trois acquisitions : deux en France avec Arômes de Chacé et les extraits naturels de légumes, vins et vinaigres de Givaudan ; une aux Etats-Unis avec Pacific Pure Aid. Ces opérations nous ont permis de compléter notre offre de notes culinaires intenses et authentiques mais aussi d’en développer rapidement de nouvelles. Nous avons ainsi développé et lancé Culinary’Touch, une offre de solutions culinaires « clean label ». Nous proposons une large palette de profils gustatifs avec, par exemple, une catégorie délicatement cuisinée, qui se caractérise par l’authenticité du goût et la fraîcheur, ou encore des accents culinaires avec des saveurs tels que sautés, frits ou rôtis.

Vous avez pris pied industriellement en Amérique du Nord en 2012. Pourriez-vous vous implanter sur de nouvelles zones ?
Nous sommes portés par une dynamique géographique forte et nous prévoyons de réaliser deux à trois acquisitions en 2013, potentiellement en Asie. Nous pouvons aussi étudier des opportunités de partenariats. Une implantation industrielle en Asie nous permettrait de nous rapprocher de nos clients asiatiques et de développer des produits adaptés aux exigences locales en nous appuyant sur des matières premières spécifiques.
Nous sommes déjà présents en Amérique latine où nous avons progressivement renforcé notre présence. Depuis l’acquisition de notre usine du Chili en 2007, nous avons énormément investi sur ce site en y installant nos principales technologies. L’implantation dans cette région nous permet de produire en contresaison par rapport à l’hémisphère nord, ce qui garantit un approvisionnement continu pour nos clients.

L’Europe connaît des difficultés économiques très importantes dans certaines zones. Reste-t-elle un marché d’avenir ?
L’Europe est historiquement le marché le plus porteur avec notamment la réglementation sur les colorants synthétiques qui a incité de nombreux industriels à les remplacer par des couleurs naturelles. C’est une tendance que l’on observe sur d’autres plateformes comme le goût ou la food protection: les entreprises recherchent de plus en plus des produits « clean label ». Le Japon est aussi un marché très porteur et les États-Unis sont de plus en plus demandeurs. Nous assistons à un « nivellement par le haut ». Globalement, le marché des ingrédients naturels est dynamique, même si l’Europe connaît une phase de ralentissement.

Le marché des ingrédients naturels va-t-il se développer plus vite dans les pays émergents qu’en Europe ? Va-t-il y avoir un phénomène de rattrapage ?
Des pays comme l’Inde, la Malaisie ou l’Indonésie connaissent un développement significatif sur le marché des ingrédients naturels. En Chine, 100 à 200 M de personnes ont un niveau de pouvoir d’achat équivalent à celui des Européens. Cela représente bien plus de consommateurs que sur le simple marché français ou allemand ! La Chine dispose en fait du potentiel d’un grand pays développé. Pour accompagner la croissance des principaux acteurs, notamment dans ces pays émergents, nous avons des laboratoires d’applications dans quatre zones : l'Europe, l’Amérique du nord, l’Amérique du sud et l’Asie Pacifique.

Vous venez du monde de la pharma. Des acteurs importants de l’agroalimentaire s’intéressent à ce domaine. Quelles sont les perspectives de la nutrition médicale ?
L’alimentation et la pharmacie sont deux mondes distincts et complémentaires. Diana propose une offre santé et nutrition, mais elle est différente des problématiques de la pharma. Par exemple, nous proposons des équivalences nutritionnelles en portion de fruits et de légumes ou encore des allégations comme les polyphénols ou anthocyanes pour leurs propriétés antioxydantes. C’est notre principal lien avec la santé.
Je suis convaincu qu’il existe des synergies possibles entre l’alimentation et la pharmacie mais le marché mettra du temps à se développer. Diana est un partenaire de confiance qui garantit la qualité sanitaire de ses produits mais nous n’irons pas seuls sur des démarches d’autorisation de mise sur le marché, qui relèvent clairement de la compétence des acteurs de la pharma. D’ici là, nous poursuivons notre investissement dans le développement de la gamme nutrition santé en restant dans le monde de l’alimentaire.

Les conditions de financement sont tendues pour un certain nombre d’entreprises ? Le ressentez-vous aussi ?
Quand le projet est bon, la plus grande difficulté n’est pas de le financer. Reste bien sûr la question de la négociation et des taux, mais cela fait partie de la vie de l’entreprise. Au-delà du financement, ce qui est important pour le développement de l’activité, c’est que nos actionnaires soutiennent notre projet d’entreprise et partagent une vision sur le long terme.