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Capital-développement Nouvelle ambition de l’IDIA et du Crédit agricole sur l’agroalimentaire

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Depuis un an, le groupe Crédit agricole a donné un tour concret à sa volonté affichée alors de se positionner en financier leader de l’agroalimentaire. En novembre 2004, en effet, était annoncée la nouvelle stratégie de reconquête bâtie autour des compétences de l’IDIA, que dirige Hervé Delachaume.

Les moyens de cette ambition, le groupe les a mis en œuvre, depuis, à tous les échelons. Tout d’abord, au niveau des structures centrales, une direction nouvelle a été créée chapeautant l’agriculture et l’agroalimentaire et confiée à Michel Clavé début 2005. De plus, un comité d’orientation agroalimentaire réunit régulièrement des présidents et directeurs de caisses régionales et des responsables du groupe central particulièrement tournés vers l’agroalimentaire : c’est, avec ses quatre groupes de travail organisés par filière, une instance de réflexion et de repérage des entreprises-clés qui cherche à « harmoniser nos positions mais sans se substituer aux différents échelons d’intervention», précise Hervé Delachaume. Depuis l’entrée du Crédit lyonnais dans le giron de la Banque verte, l’effort des structures du groupe qui apportent des financements en haut de bilan vise à un meilleur ancrage avec l’ensemble de ce réseau bancaire élargi, « car il y a encore des synergies à développer ».

Autre travail qui est pratiquement achevé : les anciennes lignes qui ne méritaient pas d’être conservées ont été liquidées, et une nouvelle équipe dédiée de 7 personnes s’est mise en ordre de marche sous la houlette d’Hervé Delachaume, leur objectif étant d’asseoir un leadership du Crédit agricole sur le métier de l’apport de fonds propres et de quasi-fonds propres aux entreprises agroalimentaires.

Une équipe dédiée et quatre fonds

Pour ce faire, l’IDIA peut compter sur les moyens financiers mobilisables aux différents étages du groupe, au cas où il voudrait s’engager sur un dossier plus gros que la moyenne. Pour les deux réseaux bancaires et pour l’ensemble Crédit agricole Private Equity (CAPE) qui dispose de plusieurs fonds, y compris des FCPI ou des comptes de tiers, l’expertise agroalimentaire du pôle IDIA permet de se positionner sur des investissements désormais plus importants. Le pôle fonds propres dédié à l’agroalimentaire se compose désormais de quatre éléments : deux fonds de capital-développement, IDIA Participations et Sofipar, et de deux sociétés de patrimoine Grands Crus Investissement (environ 25 M EUR investis dans Domaine Brumont, Santenay, Tour de Mons, Les Laurets,…) et Crédit agricole Grands Crus (80 M EUR pour détenir au côté de caisses régionales les six châteaux de Domaines Cordier-Mestrezat). Au total, 600 ME d’actifs sont ainsi gérés par le pôle agroalimentaire.

160 M EUR pour IDIA Participations

Pour l’heure, IDIA-participations, qui intervient sur les PME familiales surtout, dispose de 160 millions d’euros, dont une centaine déjà investis, ce qui ne laisse pas beaucoup de marge pour faire de gros deals. Néanmoins, puisqu’il peut solliciter les autres structures du groupe, IDIA Participations a pu se positionner par exemple pour la reprise de Nutrition & Santé (en prenant le risque de syndication) que Novartis vient de céder finalement à ABN Amro. Il est d’ailleurs possible que dans un deuxième temps, le fonds néerlandais lui fasse une petite place dans le tour de table définitif. De même, sur d’autres dossiers supérieurs à 100 millions d’euros, le groupe Crédit agricole n’exclut pas de répondre présent – et les opportunités ne vont pas manquer cette année – dans la mesure où il n’agirait pas seul mais pourrait quand même être leader s’il le fallait.

En dix-huit mois, le portefeuille d’IDIA Participations a été complètement remodelé avec la sortie des lignes qui ne relevaient pas de l’agroalimentaire et qui avaient été acquises depuis 2000, ainsi que des nombreuses petites lignes qui restaient de l’époque de Guy Nébot. L’objectif était en effet de se polariser sur l’accompagnement véritable de quelques opérateurs – une quinzaine à présent – qui soient d’importance stratégique dans leur secteur. Ce sont : Biscuits Bouvard (participation à la veille d’être cédée), Comapêche, Quartier Français (sucrerie de la Réunion), CVBG Modus Vin, Georges Duboeuf, Ackerman-Rémy Pannier, Père Magloire, Dune-Listel (aux côtés maintenant de la holding de P.F. Vranken), Glon Sanders, Darôme (Darégal), Groupe Ducatel (notamment charcuterie Argoat Le Hir), Neuhauser, Fromagerie Guilloteau, LGR (pâtés en croûte), et des lignes renforcées ou nouvelles comme Grimaud La Corbière, Norac, le groupe de presse ATC et les semences Desprez. Des participations ont été cédées cette année dans Holder, Panivest (Panzani, détenu en majorité par PAI mais revendu à l’espagnol Ebro Puleva). Au titre du capital-développement et transmission le pôle Crédit agricole Private Equity détient aussi des parts de Charly Guennec, Salins, Eaux de Saint-Amand et Groupe Le Duff.

130 M EUR dans des coopératives et leurs filiales

Dans le monde coopératif, les engagements du groupe central Crédit agricole passent par Sofipar, dont les lignes totalisent quelque 130 M EUR. Certaines des plus importantes remontent aux années antérieures, comme Tereos, pour le rachat de Béghin Say, ou Epis-Centre pour celui de Boortmalt. Le portefeuille de Sofipar comprend donc des lignes dans ces deux groupes, ainsi que dans Euralis, dans la Société des caves (roquefort), dans Soleco (Florette), Lesieur (Sofiprotéol), Louis Gad (partenariat avec le groupement de producteurs Prestor), etc.

En 2005, il y a eu peu de mouvements pour Sofipar mais les grandes alliances annoncées par certaines coopératives (Unicopa, Coopagri, …) et les gros investissements programmés dans le biocarburant font prévoir des engagements importants pour bientôt. Il y a eu quand même la sortie complète de la CLE, au profit du groupe Bongrain, autrement dit le dernier avatar de l’histoire de l’ULN. Sofipar a aussi couvert des besoins de fonds propres à la Fromagerie de l’Ermitage, ainsi qu’à La Dauphinoise qui développe des magasins Gamm Vert. D’ailleurs, pour le réseau de filiales de coopératives qui disposent de l’enseigne en franchise, l’IDIA vient de créer un fonds d’une quarantaine de millions d’euros, afin de les accompagner et de concourir à la cohérence du réseau et des politiques commerciales mises en œuvre.