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Viande porcine/Restructuration Pas de repreneur pour Gad, situation sociale tendue

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Le sort de Gad devrait être scellé très prochainement, faute de liquidité. Reste l’espoir d’un plan de continuation par Cecab. Si la fermeture d’un abattoir semble acquise, celui de Lampaul Guimiliau, cela ne garantit en rien la pérennité, à moyen terme, du site de Josselin, ni que la réduction des surcapacités d’abattage soulagera durablement la filière porcine. En attendant, les salariés du site de Lampaul ont décidé de durcir le ton. Une opération escargot a déjà été menée le 11 juin.

Cecab et les administrateurs judiciaires de Gad SAS ont, selon nos informations, à peine un mois pour finaliser un plan de continuation. Au-delà, c’en sera fini des liquidités disponibles. Presque bouclé, ce plan buterait encore sur les négociations concernant la dette avec les fournisseurs et les créanciers. C’est désormais la meilleure option possible pour Gad SAS (qui risque sinon la liquidation). En effet, aucune offre de reprise n’a été déposée auprès du tribunal de commerce de Rennes le 10 juin, et la trésorerie disponible ne permet pas d’allonger encore le délai (la date limite avait déjà été repoussée du 17 mai au 10 juin).

La fermeture de Lampaul Guimiliau semble acquise…

Rumeur persistante, la fermeture possible de Lampaul Guimiliau dans le Finistère (850 salariés) semble se préciser. De fait, largement surcapacitaire, Gad SAS ne pourra pas maintenir ses deux abattoirs. Et selon nos informations, les représentants de l’Etat ont évoqué ouvertement la future fermeture de Lampaul Guimiliau devant les élus locaux. Ce qui confirme les propos tenus par Georges Tigréat, président de la communauté de communes du pays de Landivisiau, dans les colonnes du Télégramme le 1er juin. « De source sûre, nous savons que la décision a été prise en haut lieu. (…) Pour éviter l’onde de choc sociale, il est prévu de mettre tout le monde au pied du mur le plus tard possible. La fermeture définitive sera donc annoncée en pleine période estivale», a-t-il déclaré.
FO, syndicat majoritaire à Lampaul Guimiliau, a décidé de durcir le ton contre cette fermeture annoncée. Plusieurs centaines de salariés de Gad (entre 400 et 500 selon les organisateurs) ont ainsi mené une opération escargot le 11 juin pour protester.

… mais elle ne suffira pas à assurer la pérennité de Josselin

À la CFDT, majoritaire à Josselin (56), on est plus nuancé. Et on s’inquiète déjà de la suite. « C’est vrai que des éléments laissent penser que le site de Lampaul Guimiliau pourrait fermer. Mais sa fermeture ne suffira pas à assurer la pérennité de Josselin, s’inquiète Patrick Piguel. Il faut sécuriser les approvisionnements, valoriser les débouchés et dégager une rentabilité suffisante, sans quoi le plan de continuation sera voué à l’échec compte tenu de la situation de la filière porcine. »
La direction de Gad SAS et Cecab (qui détient 65 % du capital aux côtés de Prestor, 35 %), restent pour l’heure muettes. Aucune information supplémentaire n’a filtré auprès des représentants des salariés.
Une chose est sûre, les concurrents n’ont pas attendu le 10 juin pour profiter de la situation, espérant sans doute que les difficultés de Gad pourraient remplir leurs abattoirs. Un sursaut de court terme qui ne suffira pas, tant que la production porcine ne repart pas à la hausse.

La solidarité coopérative en question ?

Les pertes de Gad SAS auraient atteint 20 millions d’euros en 2012 (pour un chiffre d’affaires de 453 M EUR et 2,4 M de porcs abattus, soit 12 % des abattages de la zone uniporc ouest, contre 15 % en 2007). La situation n’a donc fait que se détériorer depuis 2009 (3,5 M EUR de pertes, puis 11 M, puis 15 M puis 20, le tout dans un contexte de contraction de l’’activité). L’abattoir de Lampaul-Guimiliau a connu une baisse d’activité de l’ordre de 10% en 2012 et celui de Josselin un recul de 4,45%, selon les chiffres du Sniv-SNCP (industries de la viande). Certes, la production porcine française baisse. Mais pas à ce rythme. On peut donc se demander pourquoi Gad n’a pas réussi à limiter le retrait des approvisionnements, alors qu’il compte un groupement de producteurs (Prestor), à son capital. Prestor a bien sûr appelé, via un communiqué de presse, à porter les efforts sur la continuité de Gad. Mais la solidarité coopérative sort-elle grandie de ce dossier ?
De l’issue qui émergera pour Gad, dépendra en partie l’avenir à court terme de la filière porcine. Une vraie solution structurante serait une bonne nouvelle. Dans le cas contraire, rien n’empêchera chacun des maillons de la filière à agir dans son meilleur intérêt à court terme, et à mettre en œuvre des stratégies finalement destructrices de valeur pour la filière dans son ensemble.

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