À l’occasion de la présentation des comptes semestriels, la meilleure performance depuis son arrivée en 2015, le P-.d.g. Alexandre Ricard a relevé les objectifs annuels de croissance du résultat opérationnel (ROC). Il table dorénavant sur une croissance organique du ROC de 6 % et 8 %, contre 5 % et 7 % auparavant. Le groupe a également annoncé un nouveau plan d’efficacité opérationnelle de 100 M€, alors qu’il achèvera le précédent avec un an d’avance en juin prochain. Le fonds activiste Elliott, détenteur d’un peu plus de 2,5 % du capital depuis novembre dernier, s’est montré très critique à l’annonce de ces chiffres et objectifs. Il continue de déplorer un manque d’ambition de Pernod Ricard " dans la résolution des problèmes d’efficacité opérationnelle de la société".
À l’occasion de la présentation des comptes semestriels, la meilleure performance depuis son arrivée en 2015, le P-.d.g. Alexandre Ricard a relevé les objectifs annuels de croissance du résultat opérationnel (ROC). Il table dorénavant sur une croissance organique du ROC de 6 % et 8 %, contre 5 % et 7 % auparavant. Le groupe a également annoncé un nouveau plan d’efficacité opérationnelle de 100 M€, alors qu’il achèvera le précédent avec un an d’avance en juin prochain. Le fonds activiste Elliott, détenteur d’un peu plus de 2,5 % du capital depuis novembre dernier, s’est montré très critique à l’annonce de ces chiffres et objectifs. Il continue de déplorer un manque d’ambition de Pernod Ricard " dans la résolution des problèmes d’efficacité opérationnelle de la société".
Alexandre Ricard a toutes les raisons d’être satisfait. À la tête de Pernod Ricard depuis trois ans, ce dernier a non seulement dépassé les objectifs qu’il s’était fixé à son arrivée en 2015, dévoilé le meilleur semestre depuis 2011 et relevé les objectifs à moyen terme. Autant de bonnes nouvelles qu’il a annoncées le 7 février, devant les analystes et la presse et qui étaient aussi implicitement un message adressé au fonds activiste Elliott. Depuis qu’il s’est invité au capital du numéro deux mondial de spiritueux en novembre dernier avec une participation supérieure à 2,5 %, ce dernier n’a de cesse de critiquer la stratégie et les résultats de Pernod Ricard, lui reprochant ainsi sa sous-performance par rapport à ses concurrents (lire ci-après). Mais Alexandre Ricard ne l’entend pas du tout de cette oreille. Il est vrai que les comptes semestriels et les perspectives lui donnent plutôt raison.
Ainsi, sur les six premiers mois de l’exercice 2018/2019 (clos le 30 juin), Pernod Ricard a dégagé un résultat courant opérationnel (ROC) de 1,654 milliard d’euros, soit une croissance organique de 12,8 %, (+ 148 points de base sur le premier semestre 2017/2018), pour un chiffre d’affaires de 5,185 milliards d’euros (+7,8 % en interne et +5 % en publié, en raison d’un effet de change défavorable). La marge opérationnelle courante passe ainsi à 31,9 % contre 30,3 % au premier semestre 2017/2018.
En conflit avec E. Leclerc
"Une forte croissance organique des ventes", a relevé Alexandre Ricard, tirée par les marques internationales Martell (+23 %) et Jameson (+ (8 %), mais aussi les scotch whiskies (+9 %) et le champagne (+12 % pour Perrier-Jouët), avec un bon effet prix (+5,9 %).
Globalement, ce dynamisme s’explique par une accélération des ventes de 16 % en Asie-reste du monde, essentiellement en Chine (+28 %) grâce à l’impact positif de l’avancée du Nouvel An chinois qui a eu lieu le 5 février 2019 (contre le 16 février en 2018) et en Inde également (+24 %). Et si la zone Amérique a enregistré une "bonne croissance", en revanche, l’activité en Europe, qui représente 29,5 % du chiffre d’affaires total (contre 31,4 % en 2017/2018) est plus contrastée.
En France, les ventes ont affiché un repli de 3 %, sous l’effet "d’une pression déflationniste sur les anisés et les scotchs", note le groupe. Et Alexandre Ricard d’ajouter que "compte tenu des tensions avec un de nos distributeurs, il y aurait une baisse probable des ventes au second semestre". Loin de rentrer dans les détails du conflit qui oppose le groupe à E. Leclerc sachant que les négociations commerciales en France ne s’achèvent que fin février, le dirigeant s’est contenté d’indiquer que "les litiges commerciaux font partie de la vie. Mais nous avons un point de vue clair. Nous sommes droits dans nos bottes et nos marques sont attractives". Rayons Boissons a révélé le 4 février que Pernod Ricard refusait de négocier ses prix à l’échelle européenne au niveau d’Eurelec, la centrale d’achat créée en 2016 par E.Leclerc et son principal partenaire allemand Rewe. À noter que ce litige concerne également l’Allemagne. Pour faire plier Pernod Ricard, E. Leclerc a donc sorti plusieurs marques du groupe de ses rayons (Ricard, Pernod, Aberlour, Ballantine’s, Suze… selon le magazine). Un litige dont le groupe n’a pas voulu chiffrer les conséquences sur les ventes du second semestre. Globalement, il est clair que la France est loin d’être un marché prioritaire de Pernod Ricard, puisqu’elle ne représente que 7 % environ du chiffre d’affaires total.
Un portefeuille de marques unique
Fort de ses 13 marques stratégiques mondiales (Absolut, Ricard, Ballantine’s, Chivas Regal, Royal Salute, The Glenlivet, Jameson, Martell, Havana Club, Beefeater, Malibu, Mumm et Perrier-Jouët), qui constituent son cœur de métier, de ses vins (Jacob’s Creek, Brancott Estate, Campo Viejo et Kenwood) et d’une quinzaine de marques de spiritueux locales, Pernod Ricard veut croire en ses atouts pour capter la croissance sur ses marchés. "Un portefeuille de marques premium unique, un réseau de distribution unique et surtout une culture et des valeurs uniques" sur lesquels Alexandre Ricard compte bien s’appuyer à l’avenir.
En réponse "aux besoins de consommateurs locaux sur des marchés sélectionnés", le groupe a en outre décidé de mettre l’accent sur des marques plus "artisanales", identifiées dans son portefeuille comme des marques de spécialités, à l’image de Lillet qui a enregistré une croissance de 38 % sur le premier semestre 2018/2019, tiré notamment par les ventes en Allemagne. Des marques "conçues à plus petite échelle, qui ont la confiance des consommateurs et sont vendues dans des points de vente spécialisés", explique le groupe, et qui représentent "2 % de la valeur de marché mondiale des spiritueux et 3 % des ventes de Pernod Ricard". D’ailleurs, toujours à l’affût d’acquisitions, le groupe s’est offert plusieurs de ses marques ces derniers mois : le gin allemand Monkey 47, le gin artisanal Ungava au Canada, le bourbon Smooth Ambler en Virginie-Occidentale et le mezcal Del Maguey. Une stratégie que devrait poursuivre Pernod Ricard, "tant qu’il y a des marques qui s’inscrivent dans notre stratégie, a confié Alexandre Ricard. Sur les marchés émergents (44 % des ventes du groupe sur le premier semestre 2018/2019, ndlr), les consommateurs ont un répertoire de marques auxquelles ils sont fidèles. Il y aura toujours les marques de spécialités avec une meilleure marge. La limite, c’est la création de valeur".
À noter que sur le premier semestre de l'exercice en cours, la dette nette de Pernod Ricard a baissé à 152 millions par rapport au 31 décembre 2017, à 7,223 milliards d’euros. Elle représente donc 2,6 x l'Ebitda sur le premier semestre 2018/2019 (contre 2,9 x un an plus tôt et 3,4 x fin décembre 2016).
Relèvement des objectifs et nouveau plan
Autant de développements et d’objectifs qui s’inscrivent dans le cadre de "Transform and Accelerate", un nouveau plan d’économies de 100 millions d’euros d’ici à 2021, dévoilé par le numéro deux mondial des spiritueux, non content d’annoncer l’achèvement en juin 2019 du précédent et ses 200 millions d’euros d’économies avec un an d’avance. Le nouveau plan englobe également une politique de dividende plus ambitieuse, avec un taux de distribution qui passerait de 41 % au titre du dividende versé en 2017/2018 à 50 % d’ici la fin de l’exercice en cours.
Alexandre Ricard n’a pas hésité à mettre tous ces points positifs en avant pour justifier le relèvement des objectifs pour l’ensemble de l’exercice en cours. Et ce en dépit d’un "environnement incertain". Ainsi, le ROC devrait enregistrer une croissance interne comprise entre 6 % à 8 % (1) et non plus entre 5 % et 7 % comme annoncé en août dernier, alors que marge opérationnelle gagnerait 50 points de base également en interne. À noter que les dirigeants anticipent un impact de change négatif de 30 millions d’euros sur la deuxième moitié de l’exercice.
Une révision à la hausse des objectifs que le patron a justifié par un bon alignement des étoiles sur ses quatre marchés. "Le marché mondial peut être volatil, mais si les étoiles sont bien alignées, on peut viser le haut de la fourchette", a-t-il même ajouté. A bon entendeur…
Pernod Ricard a dépassé sur le premier semestre 2018/2019 les objectifs fixés par Alexandre Ricard à son arrivée en 2015
" Les litiges commerciaux font partie de la vie", selon le président Alexandre Ricard
Une révision à la hausse des objectifs que le patron a justifié par un bon alignement des étoiles sur ses quatre marchés
Diageo : un concurrent de poids
Fin janvier, le britannique Diageo a publié les comptes semestriels de son exercice 2018/2019 (clos le 30 juin). Ceux-ci se soldent par une croissance de 11 % du résultat opérationnel à 2,43 Mrd £, pour un chiffre d’affaires de 6,9 Mrd £, en progression de 5,8 % (+ 7,5 % de croissance organique). Le numéro un mondial des spiritueux (marques Smirnoff, Johnnie Walker, Baileys, Guinness, etc.) a notamment enregistré une croissance organique de ses ventes de 20 % en Chine sur ce même premier semestre, battant en brèche les craintes du ralentissement de la deuxième économie mondiale. “Diageo possède la force des marques et une envergure mondiale lui permettant de prospérer dans presque tous les environnements. Diageo génère beaucoup de liquidités et le groupe a produit 1,3 Mrd £ supplémentaires au cours de ces six derniers mois”, a déclaré Steve Clayton, responsable de la société de gestion d’actifs Hargreaves Lansdown à Reuters. Ces dernières années, Diageo a rationalisé son portefeuille, ne gardant que les actifs stratégiques pour améliorer ses performances. Il a ainsi cédé 19 marques de spiritueux pour se concentrer sur le whisky et développer ses activités en Inde et aux États-Unis, rappelle encore l’agence.
Diageo maintient ses prévisions, d’une croissance organique du chiffre d’affaires de l’ordre de 5 % pour l’exercice en cours et d’une hausse de 175 points de base de sa marge d’exploitation durant une période de trois exercices s’achevant le 30 juin 2019.