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Dans le feuilleton sur l’épandage aérien, le dénouement semble se rapprocher. Cette bataille contre une pratique qui ne concerne que 0,3 % des surfaces agricoles n’aurait-elle qu’une portée symbolique ? Les avis divergent.
Alors que la polémique agite depuis de nombreux mois les sphères agricoles et écologistes, le ministère de l’Agriculture a livré ses chiffres sur la pratique de l’épandage aérien : en 2011, 0,3% des surfaces agricoles seraient concernées. Le même chiffre était d’ailleurs déjà avancé pour la campagne 2008-2009 dans un rapport de la CGAAER de 2010, avant l’entrée en application de la loi française. « Au maximum 3% des surfaces de maïs en France sont traitées par voie aérienne », calcule de son côté Cédric Poeydomenge, directeur adjoint de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM).
La pratique semble si marginale qu’une interdiction totale et définitive n’aurait que peu d’impact sur la profession, pourrait-on penser. Les maïsiculteurs ne le voient pas de cet œil. Cédric Poeydomenge a indiqué que l’AGPM comptait rencontrer le ministre afin de lui expliquer les conditions dans lesquelles étaient réalisées ces traitements. Ils n’interviennent qu’en cas d’une impossibilité de passage dans les parcelles par voie terrestre lors de l’apparition d’un ravageur, précise Cédric Poeydomenge. Cependant, il trouve difficile de devoir déposer les demandes de dérogations dès la fin mars, « alors que l’on ne peut prévoir, à cet époque, les attaques de ravageurs qui auraient lieu au cours de l’été ».
Substituer l’aérien par le terrestre
Les prestataires de services, eux, ne semblent pas très inquiets d’un éventuel arrêt des épandages aériens. La société Leplatre dans le Loiret, par exemple, faute d’autorisation, s’est rabattue sur des enjambeurs, sans que cela n’ait le moindre impact économique sur l’entreprise. « On avait une dérogation jusqu’au 15 juillet, mais les produits à pulvériser n’étaient pas encore autorisés », raconte Joël Leplatre, directeur général de l’entreprise : « On a donc pris des dispositions pour passer par des enjambeurs. Pour nous ce n’est pas dramatique, on a juste perdu un peu de temps et d’énergie », explique-t-il.
Son de cloche concordant de la part de la Confédération paysanne : pour Philippe Collin, son porte-parole, cette méthode ne présente plus vraiment d’intérêt. « Le matériel terrestre a évolué, l’épandage aérien n’est plus nécessaire », explique-t-il. Le coût d’une telle technique serait en outre beaucoup plus important pour l’exploitant, avance-t-il.
Rappeler l’esprit de la loi
Le combat très médiatisé des environnementalistes pour interdire totalement l’épandage aérien n’est-il pas disproportionné au regard des surfaces concernées ? Pour Générations futures, l’enjeu est avant tout la santé de la population : « La dérive liée aux épandages aériens peut être importante et l’information n’est pas toujours bien donnée aux riverains », rappelle Nadine Lauverjat, sa porte-parole. Et de citer des études aux USA, des études sur les équipements de protection individuelle qui attestent de contaminations possibles par les pesticides. Autant d’études qui ne sont cependant pas spécifiques aux épandages aériens… « Le problème, pour nous, c’est cet arrêté du 31 mai 2011, note-t-elle. Ce que nous souhaitons, c’est coller à l’esprit de la loi européenne, qui pose le principe d’interdiction de l’épandage aérien ». Pour Générations futures, ces dérogations encore nombreuses « ne font que conforter un système intensif que nous combattons ».
Vers une victoire symbolique ?
En diffusant, en mars 2012, une note confidentielle du ministère de l’Agriculture, « nous avons été surpris de l’ampleur que la polémique a pris », reconnaît Nadine Lauverjat. Cet écho médiatique est sans doute aujourd’hui à l’avantage des écologistes. « Vu l’implication des apiculteurs, associations, élus…, il serait étrange que Stéphane Le Foll ne n’empare pas réellement du sujet », note-t-elle. Qu’apporterait une interdiction totale de cette pratique ? Plus qu’un impact environnemental significatif, elle serait une victoire symbolique pour les environnementalistes, et elle enverrai « un signal fort de l’importance accordée par le gouvernement aux questions d’environnement et de santé ».