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P.P. Mathieu (Agence spatiale européenne): vers une nouvelle sorte de démocratie environnementale

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Pierre-Philippe Mathieu est responsable du programme d'observation de la terre pour l'alimentation( EO4Food) à l'agence spatiale européenne. Il nous présente les liens entre son agence et le secteur agricole et en particulier les start-up:

Quelles sont les grandes applications pour l’agriculture des satellites de l’agence spatiale européenne?

Il y en a beaucoup mais je vais me limiter à quelques exemples importants.

Une application importante est l’agriculture de précision, au travers de la géolocalisation et de l’observation des sols et des cultures. Les satellites permettent aux agriculteurs de se localiser et d’optimiser leurs apports par la connaissance du stress hydrique ou de l’état des cultures.

Une deuxième application est la « transparence agricole ». L’observation à l’échelle du globe terrestre permet de connaître l’état de la végétation et des cultures au niveau global. Cette nouvelle forme de transparence environnementale permet notamment d’éviter des phénomènes de spéculation sur les marchés. C’est par exemple l’objet du programme Geoglam lancé lors du G20 en 2011.

Nous vivons une révolution de l’open Data donnant une nouvelle sorte de « démocratie environnementale ». Nous pouvons observer à l’échelle de notre planète les effets de notre espèce sur nos ressources et écosystèmes (voir la conférence récemment donnée par P.P Mathieu sur ce thème).

Une autre application est la prédiction de l’évolution des cultures. Toutes ces données permettent d’alimenter des modèles. Nous sommes fournisseurs de données pour de grands organismes, comme la FAO, le Programme alimentaire mondial, ou le fonds international de développement agricole, par l’intermédiaire d’entreprises qui traitent nos données.

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Comment travaillez-vous avec les start-up ?

Nous avons des programmes d'aide au développement d'idées et d'applications spatiales. Nous fonctionnons par appels d’offres. L’année dernière, nous avons lancé un programme doté d’un million d’euros. Une centaine de start-up ont postulé et une quarantaine ont été sélectionnées, dont beaucoup de start-up agricoles.

Il y aura d’autres appels de ce type à l’avenir. J’invite les start-up à consulter régulièrement le site de l’agence spatiale européenne.

Nous les aidons à développer des prototypes, en leur fournissant du conseil technique, business ou juridique. S’ils parviennent à développer un prototype, ils peuvent être accueillis dans nos centres d’incubation (voir liste).

Les start-up sont aussi vos concurrents. Elles envoient des constellations de satellites pour mettre à jour leurs images encore plus fréquemment que l’ESA.

De nos jours, il y a une accélération de la démocratisation de l’espace. Depuis quelques temps, des start-up composées de quelques personnes peuvent envoyer un satellite dans l’espace, comme les start-up Planet ou Spire. Et elles lancent des satellites dont les résolutions sont beaucoup plus grandes que les nôtres.

Il y a une vraie synergie entre le secteur public, qui produit des missions de type Copernicus pour le monitoring et le support aux décideurs (avec une politique de données ouvertes), et le privé qui produit des services d'information avec des produits commerciaux. Tous contribuent à augmenter la demande pour les produits spatiaux en démontrant la valeur de l'espace pour nos sociétés et nos économies.