Abonné

FROMAGES MÉDITERRANÉENS/BILAN Premier bilan du programme Lactimed sur les fromages méditerranéens

- - 4 min

Géré par l'association Anima Investment Network, le programme européen Lactimed, chargé de développer des filières de production et de commercialisation de fromages de plusieurs pays méditerranéens touche normalement à sa fin en mai prochain. L'occasion de dresser un premier bilan d'un projet qui rencontre de nombreux freins sur le terrain.

Lancé en novembre 2012, le programme Lactimed, qui se termine normalement en mai prochain, avait pour ambition de développer des synergies entre pays euro-méditerranéens dans la filière du fromage. À noter que la structure marseillaise souhaite prolonger l'opération jusqu'en novembre prochain, les 4,8 M€ du programme n'étant pas, à ce jour, pas entièrement consommés.

Pour atteindre son objectif, Anima Investment Network, le porteur du projet financé à 90 % par l'Europe, a décidé d'accompagner la création de clusters pour permettre aux acteurs locaux de structurer leurs filières entre la production, la transformation et la diffusion sur les marchés locaux puis européens. Mais le chemin est long, de la production de la soixantaine de fromages typiques répertoriés, aux rayons des hypermarchés européens. Anima a effectué un premier constat. Son étude, auprès de 400 acteurs locaux, fait apparaître des goulots d'étranglement multiples : un coût d'alimentation du cheptel, souvent en produits importés, qui peut atteindre quatre cinquième des frais fixes, de mauvaises conditions d'hygiène et sanitaires, l'irrégularité de la production, le manque de fonds propres des producteurs, mais surtout une concurrence forte des fromages européens, voire leurs clones, dans les circuits de commercialisation en ville. De nombreux consommateurs urbains ignorent en effet les produits de leur terroir. Quant aux exportations, aucun accord n'existe entre l'Europe, l'Egypte ou le Liban. Si un tel protocole lie l'UE avec la Tunisie, l'Europe ne reconnait pas ses règles de traçabilité sur ses fromages.

CLUSTERS

Anima a réussi a développé sept clusters, dont seuls deux en Tunisie, un en Egypte et un en Grèce sont réellement actifs. Près de Bizerte en Tunisie, la Banque nationale agricole (BNA) a créé un fonds d'investissement pour financer l'acquisition de cheptel, puis un concours en trésorerie pour passer les périodes de basse lactation. L'usine de transformation de fromages est caution morale de l'opération qui réunit 153 producteurs. « Seuls deux producteurs ont fait défaut à ce jour », souligne confiant Kamel Mabrouki, un des porteurs de projets à la BNA. La banque s'apprête à financer une coopérative. Toujours en Tunisie, le programme a permis d'accompagner un producteur à réaliser un détergeant naturel à partir de la microflore de résidus du lait.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

INNOVATION

En Egypte, Anima, grâce à un transfert de technologie et une aide au financement, a mis au point un système de bidons de lait réfrigérés sur motos, adopté par une centaine de producteurs d'un village qui maitrisent désormais leur logistique. Au Liban, Lactimed a organisé dans la Bekaa la formation et le coaching de 38 producteurs dans la gestion d'entreprise. En Grèce, l'opération a permis à la coopérative Voskos, située sur un site reculé de Thessalie, de développer des outils d'intelligence collective auprès de ses adhérents. En Sicile, une centaine de producteurs réalise un fromage bio exceptionnel avec une race de brebis unique sur l'ile et en voie de disparition, inconnue des habitants du continent. Anima a cherché à rassembler l'ensemble des producteurs pour réaliser des opérations collectives de marketing pour diffuser leurs produits sur la Péninsule. L'association s'est heurtée à la défiance des acteurs à travailler ensemble mais a néanmoins réussi à créer un premier un site internet marchand avec six d'entre eux.

Aurélien Baudoin, chef de projet Lactimed, espère une poursuite des clusters pour pérenniser les premiers efforts et intéresser des affineurs européens qui commercialiseront leurs produits. L'avenir appartient désormais aux acteurs de terrain. Emmanuel Brugvin